Telle est la contribution de Noël Kodia, essayiste et critique littéraire congolais, publiée en date du 27 mars 2010 sur afrik.com en collaboration avec Un Monde Libre. Je me permets de la publier en intégralité sur mon blog…J’ai mis en gras ce que j’ai retenu de l’article comme si le monsieur parlait à ma place….Nan j’rigole ! C’est juste que je ne peux m’empêcher de dire que je suis d’accord avec ce qui se dit…que je relève sur mon blog certains articles et pas d’autres ! Cette contribution parle de ce qui se passe en Afrique mais à mon sens, elle peut s’étendre partout où la Constitution n’est pas respectée, je veux dire Madagascar pourrait aussi suivre l’exemple colombien…Venons-en au fait…
La Cour constitutionnelle de la Colombie a statué voilà un mois en faveur de la démocratie en prenant une décision on ne peut remarquable dans un pays du Tiers monde où la démocratie a du mal à s’implanter. Elle a refusé un référendum au président Alvaro Uribe qui lui aurait peut-être permis de briguer un troisième mandat. Comme au Honduras en juin dernier la Constitution est respectée. Au Niger, la dernière tentative du président Mamadou Tandja d’aller contre la Cour constitutionnelle pour s’octroyer un troisième mandat, au même moment que les évènements au Honduras, s’est terminée par le retour au pouvoir des hommes en treillis. L’exemple de M. Bouteflika en Algérie a fait des émules. Mais pourquoi l’exemple de la Colombie ne serait-il pas possible en Afrique ?
En s’opposant à ce referendum qui pouvait remettre en cause la limitation des mandats imposée par la Constitution colombienne, la Cour constitutionnelle, dont les textes s’apparentent à ceux des Constitutions africaines, n’a fait que lire le Droit. Cette décision a peut-être épargné au pays d’éventuels malheurs qui proviennent souvent du non respect des Constitutions dans les pays du Tiers monde.
Depuis la décennie 90, les Africains, sommés de respecter les directives données par Mitterrand dans son fameux discours de la Baule, sont passés des dictatures sur fond de coup d’Etat aux démocraties consécutives à des élections pluripartistes. Mais quelques années après, la majorité des premiers présidents élus démocratiquement ont voulu garder le pouvoir par tous les moyens en bravant la constitution censée limiter leur pouvoir.
Ils remettent en cause de l’alternance au pouvoir qui pouvait naître des élections libres et transparentes inscrites dans toutes les Constitutions « démocratiques » imposées par le pluralisme démocratique. Et des confrontations interethniques, souvent avec destructions matérielles et morts d’hommes s’en suivent. Ce qui montre que la majorité des pays africains ne seraient pas prêts pour une véritable démocratie pluraliste, en dehors de quelques rares exemples tels le Sénégal, le Benin et le Mali où l’alternance au pouvoir s’est faite en respectant la Constitution en ce qui concerne la limitation des mandats. Sans doute pour deux raisons essentielles.
Seule l’alternance démocratique pourrait donner un autre visage à l’Afrique
Sur le plan social et politique le clanisme et l’ethnicité jouent un rôle très important et souvent négatif au moment des élections en Afrique. L’analphabétisme politique des « larges masses populaires » et l’achat de voix dont elles sont victimes pendant les campagnes électorales peuvent expliquer cela. Elles ne votent pas pour les programmes mais pour les candidats de leur ethnie qui leur ont promis l’amélioration des conditions sociales. Et comme en Afrique, le pouvoir est souvent entre les mains d’ethnies minoritaires comme en Côte d’Ivoire, au Congo, au Rwanda, au Gabon pour ne citer que ces quelques exemples, les dirigeants craignent une sanction de la majorité « oppositionnelle » si transparence il y avait dans les élections. Mais ce réflexe très manifeste en Afrique paraît moins prononcé en Colombie, en dépit de son passé violent. Une raison qui pourrait justifier l’attitude, et le pouvoir effectif, de la Cour constitutionnelle colombienne.
De manière complémentaire, les incitations économiques poussent les dirigeants africains à « s’agripper » au pouvoir en faisant fi de l’ordre constitutionnel. C’est justement leur gestion familiale et clanique des richesses du pays, en complicité avec certaines multinationales protégeant leurs contrats, qui ne permet pas la bonne gouvernance. Les rentes fournies par l’exploitation de ressources naturelles telles que le pétrole ou l’uranium dans certains pays comme l’Angola, le Congo, le Gabon et le Niger, expliquent donc in fine les fraudes aux élections et le tripatouillage des Constitutions pour éviter l’alternance au pouvoir. Il est probable que les rentes qu’offre l’exploitation des richesses naturelles intéressent aussi les politiques colombiens. Mais le fait que le pays ait déjà procédé à des réformes pour favoriser le climat des affaires (il est classé 37° par la banque mondiale sur ce plan) induit que les dirigeants y ont à rendre des comptes de leur gouvernance, parce que les rentrées fiscales reposent sur la dynamique des entrepreneurs désormais. Les institutions de l’état de droit peuvent alors s’ancrer plus facilement.
Seule l’alternance démocratique sur fond d’une bonne gouvernance politique et économique avec respect des limitations des mandats pourrait donner un autre visage à l’Afrique. Aussi les peuples sanctionneraient leurs dirigeants par les urnes. Mais se pose ici ce problème de bonne gouvernance, quand on sait que les hommes politiques africains ne vivent pas d’impôts prélevés pour des services aux citoyens, mais de l’exploitation éhontée de « leurs » ressources naturelles. Ils ne respectent même pas les principes élémentaires de leur Constitution dans la gestion politique et économique de l’Etat car n’ayant pas de compte à rendre à leur peuple.
Dans presque tous les pays africains, on remarque que les majorités présidentielles et les oppositions se regardent en chiens de faïence. Parfois, avant même que les résultats des urnes soient proclamés par les fameuses Commissions indépendantes mises en œuvre pour départager les candidats, les deux camps crient victoire chacun de son côté. L’opposition accuse souvent le pouvoir de fraudes pour gagner le scrutin : une situation avérée l’année passée au Gabon et aujourd’hui au Togo. Ces situations regrettables continuent à fragiliser le continent depuis que les Africains expérimentent la démocratie pluraliste. L’Afrique gagnerait en démocratie si ses dirigeants se faisaient violence en respectant leur Constitution.
Autres contributions de Noel Kodia concernant la Constitution (sur afrology.com) :
France-Afrique : Aider le président Nicolas Sarkozy à découvrir l’Afrique
[…] Les propositions que vient de faire le président Nicolas Sarkozy au cours de la dernière rencontre du G8 à Heiligendamm en Allemagne pourraient réconforter les Africains. Car pour lui, « il faut agir pour sauver les équilibres de la planète et (…) agir [encore] en termes de développement, de création de richesse et de santé pour aider l’Afrique à se construire un avenir ». Soit. Et si les dirigeants africains pouvaient aussi faire un effort de changer de comportement au lieu de se définir aux yeux du monde comme, à quelques exceptions près, des hommes incompétents politiquement, des présidents des pays en mal chronique de développement. Car ceux qui viennent mourir en mer à cause de leurs maladresses politiques et économiques, ne seront jamais leurs enfants ou leurs proches qui, eux, bénéficient du pétrole, des diamants, de la bauxite, de l’or et de l’uranium pour venir vivre en Europe sans problème, et sans même travailler. Alors que ceux qui tentent leur vie pour l’Europe, le font à cause des guerres qu’ils ont provoquées pour (re)prendre ou conserver le pouvoir, ou pour des besoins d’un travail que ne leur a pas pu donner le pays malgré toutes les richesses qu’on y trouve.
Togo : Condamner aussi les coups d’État constitutionnels en plus des coups d’État militaires
[…] L’Afrique vient de faire un pas énorme par l’intermédiaire de l’Union africaine qui a condamné avec vigueur toute la mascarade qui vient de se passer au Togo. Lutter contre les coups d’État militaires est une bonne chose qui fait réfléchir certains dirigeants africains qui y croient encore. Mais combattre aussi ceux qui tentent souvent à allonger leurs mandats politiques pourtant défini par leur Constitution en ne respectant plus celle-ci pour des fins égoïstes, est encore mieux. Et c’est le nouveau défi lancé à l’Union africaine par les peuples africains longtemps désabusés par une catégorie d’hommes politiques au pouvoir.
Pour rappel (billet publié sur mon précédent blog)
Refondation des institutions mondiales : en marche vers une meilleure gouvernance…
24 nov. 2009
Pour la traiter, il n’y a pas d’autre moyen que d’ouvrir le débat sur la gouvernance mondiale. La réforme des institutions, la correction des déséquilibres institutionnels manifestes qui conduisent à une sous représentation des questions sociales et environnementales dans les décisions internationales est un des volets de ce processus. …
La gouvernance ne peut plus être pensée comme l’ensemble des principes et des règles gouvernant une société d’Etats-nations et négociés par eux. Elle doit trouver une légitimité nouvelle qui fonde le choix des valeurs, la définition des préférences collectives, l’élaboration des règles communes sur de nouvelles formes de démocratie à l’échelle des enjeux. La révolution économique, technologique et culturelle qui s’opère nécessite cette refondation des objectifs du système international. Nous sommes à un tournant de la mondialisation et il faut inventer les formes politiques qui permettent de le prendre.