édit ce 15 avril 2012
Je corrige le titre de ce billet : ce n’est pas la journaliste Faranah Zahidi Moazzam qui a été élue Femme de Courage 2012, c’est Madame Shad Begum dont elle parle dans son article. Je suis confuse et présente mes excuses pour cette regrettable erreur, découverte par moi-même soit dit en passant.
Voici un article publié qui mérite particulièrement notre attention, enfin la mienne en tout cas et la vôtre si vous le voulez bien. Que je republie ici comme à mon habitude puisque la reproduction en est autorisée.
Vous pouvez lire par ailleurs les autres articles de l’édition du 13 – 19 avril 2012 ici
13 avril 2012
* Farahnaz Zahidi Moazzam est une écrivaine indépendante, journaliste et bloggeuse, qui traite principalement des droits humains, de la condition féminine et de l’Islam. Son blog se trouve à l’adresse suivante : chaaidaani.wordpress.com. Article rédigé pour le service de presse de Common Ground (CGNews).
Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 13 avril 2012, http://www.commongroundnews.org. Reproduction autorisée.
Karachi, Pakistan – Les bonnes nouvelles se propagent à grande vitesse depuis un pays encore rongé par le terrorisme, l’extrémisme, les luttes internes et la polarisation. Et leur source est surprenante. Ce sont en effet des femmes pakistanaises qui se battent pour bien plus que l’octroi de droits : elles se trouvent au cœur de la lutte contre l’oppression, la tyrannie sociale et l’extrémisme. Ces femmes incarnent le changement, et Shad Begum est l’une d’elles.
L’image de Shad Begum se tenant près de la Première Dame Michelle Obama et de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, arborant un sourire resplendissant qui témoigne d’une profonde satisfaction, est une des bonnes nouvelles tant espérées venant du Pakistan. Cette année, Shad Begum a été auréolée du Prix «Femmes de Courage», décerné chaque année par le département d’Etat américain aux femmes du monde qui ont fait preuve de volonté politique, de courage et de sacrifice envers autrui.
Shad Begum est originaire de la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa, où le système social est fortement patriarcal et où il règne un esprit tribal ; à l’inverse d’autres provinces, les femmes pakistanaises de la région ne sont pas même autorisées à travailler dans les champs.
A l’occasion de la remise du Prix «Femmes de Courage», le département d’Etat a décrit Mme Begum comme étant «une militante pour les droits humains et une porte-parole courageuse, qui a transformé le contexte politique dans le district extrêmement conservateur de Dir.»
La «Association for Women’s Welfare» (Association pour le bien-être des femmes), qui est par la suite devenue la «Association for Behaviour and Knowledge Transformation» (AKBT – Association pour la transformation du comportement et du savoir), fondée par Mme Shad en 1994, a été une institution pionnière dans le travail social au service des femmes dans le district de Dir. A l’origine, l’association se limitait à l’octroi de subventions, mais, avec le soutien de la société civile et de donateurs toujours plus importants, elle a orienté ses actions en faveur du développement et de l’autonomie des individus. Aujourd’hui, Mme Begum mobilise et sensibilise les femmes de la région en leur offrant une éducation de base, des connaissances politiques et en leur octroyant des micro-crédits, afin qu’elles puissent prendre en main leur destin et développer leurs capacités. Les infrastructures médicales, la construction de ponts, l’installation de pompes, la création de puits et de routes sont des exemples du travail de développement de l’association.
Shad Begum a décidé de s’engager dans une carrière politique en 2001, uniquement dans le but de confronter les dirigeants conservateurs qui s’opposaient à la participation des femmes dans les processus de prise de décision et au partage des fonctions dirigeantes par les deux sexes. Dans une région avec une population d’un million d’habitants, mais qui ne comptait que 150’000 femmes inscrites sur les listes électorales, sa tâche n’a pas été facile. Mme Begum s’est présentée en tant que candidate indépendante, car aucun parti politique ne voulait la soutenir.
On a tenté de détruire son image, elle a été accusée d’être une espionne financée par des services étrangers et a reçu des menaces de la part des talibans. Malgré cela, elle a poursuivi sa mission et a su gagner la confiance du peuple : elle a été la candidate à avoir reçu le plus de votes. Quatre ans plus tard, fruits de ses efforts et d’une campagne efficace qui a suscité l’intérêt des autorités, 127 femmes ont été élues à niveau local dans la même région. «Les hommes ont voté pour les femmes à l’occasion de cette élection, ce qui représente un changement majeur», a affirmé Mme Begum.
Lorsque les talibans ont gagné du terrain dans la région et lorsque les menaces à son encontre se sont multipliées, Shad Begum a déménagé les bureaux de l’organisation à Peshawar.
Grâce à des femmes qui, à l’instar de la lauréate, ont su s’imposer sur la scène politique, le gouvernement actuel a réalisé d’importants progrès dans la promotion des intérêts de la femme. Les dirigeants se sont vus forcés de prendre en compte ces questions, en raison des exigences et de la pression exercée par la société civile et par des groupes de femmes. La législation a déclaré le harcèlement sexuel au travail comme étant un acte criminel, et elle lutte contre la discrimination sexuelle. De plus, la législation reconnaît le droit de succession pour les femmes et a aboli le mariage forcé.
En janvier 2012, l’Assemblée nationale du Pakistan a accepté à l’unanimité un projet de loi en vue de la création d’une Commission nationale pour le statut des femmes, une institution avec du pouvoir et de l’influence. Il s’agit d’un pas dans la bonne direction que les militants des droits humains applaudissent, car il s’inscrit dans un mouvement en faveur de la femme.
L’importance d’une femme comme Shad Begum ne peut être suffisamment soulignée – des femmes comme elle donnent des ailes au changement dans le pays.
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