Et voici l’interview de Dambisa Moyo : « l’aide et l’Afrique » en réponse à l’article mis en commentaire sur le billet « Innovations financières pour le Développement »

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Pour élargir le débat sur les innovations financières pour le développement, Roger Rabetafika a mis en commentaire un article de Guillaume Vuillemey, analyste à l’Institut économique Molinari. Merki RR

Dead aid : sortir l’Afrique de l’impasse
Guillaume Vuillemey – Le 3 juillet 2009. Peu de sujets sont aussi tabous que celui de l’aide au développement. Mettre en cause le bien-fondé des milliards d’euros déversés chaque année en Afrique est sacrilège pour la grande majorité des dirigeants politiques occidentaux. Pourtant, une économiste zambienne – Dambisa Moyo – vient de publier un ouvrage à charge, dénonçant non seulement l’inefficacité de l’aide mais aussi ses conséquences néfastes. Elle appelle de ses vœux un modèle de développement fondé sur le commerce et le marché.
Au cours des cinquante dernières années, le montant total de l’aide au développement transférée des pays riches vers l’Afrique s’élève à plus d’un trillion de dollars (mille milliards). Ceci inclut des dons directs ainsi que des prêts à taux réduits. A l’heure actuelle, l’aide représente environ 15% du PIB de l’Afrique. Ceci a-t-il permis de faire reculer la pauvreté ? Non, répond l’auteur.
Au contraire, l’aide au développement encourage la corruption et permet à des régimes de se maintenir artificiellement. En raison des montants importants qu’elle engage, elle attise des convoitises et peut aviver des tensions ethniques, pouvant parfois conduire à la guerre civile. Sur le plan économique, l’aide nuit à la compétitivité des secteurs productifs, réduisant leur capacité à exporter. Elle contribue aussi au maintien de secteurs publics pléthoriques qu’il conviendrait de réformer en profondeur.
Ce n’est donc pas un hasard si, selon l’auteur, entre 1970 et 1998, c’est-à-dire durant la période au cours de laquelle l’aide au développement était au plus haut, la pauvreté a augmenté de 11% à 66%. Au fond, l’aide souffre d’un défaut essentiel : elle détruit les incitations à évoluer, à se réformer et à se développer. Pour autant, leur suppression n’aggraverait-elle pas la situation ? Au contraire, il s’agit d’une condition essentielle pour que l’Afrique trouve le chemin d’une croissance durable.
A la base de cette idée se trouve un constat simple : tous les pays qui ont connu un développement important, que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, doivent leurs performances non pas à l’aide extérieure mais à leur capacité à créer des richesses. « Il y a trente ans, rappelle Dambisa Moyo, le Malawi, le Burundi et le Burkina Faso disposaient d’un revenu par habitant supérieur à celui de la Chine ». Depuis des années, la Chine connaît une croissance soutenue, parce qu’elle a réussi à gagner en compétitivité et à attirer à elle des investissements étrangers. Ce n’est pas encore le cas de nombreux pays africains.
La moitié de l’ouvrage offre des solutions possibles pour l’Afrique. Première piste de l’auteur: s’ouvrir au commerce extérieur et aux investissements directs étrangers. A l’heure actuelle, l’Afrique ne représente que 1% des échanges mondiaux alors qu’elle est proche d’un marché de taille, le marché européen. Une réelle insertion dans le commerce international suppose un contexte politique et juridique stable, ainsi que des droits de propriété garantis.
Autre piste : supprimer les subventions massives que les gouvernements américains et européens accordent à leurs agriculteurs. . Les paysans africains pourraient ainsi accéder aux marchés mondiaux et vivre de leur production ce qui serait beaucoup plus efficace que de leur octroyer des aides au développement.
Enfin, plutôt que de se financer par des prêts à taux réduits, l’économiste suggère que les Etats africains se financent par émissions d’obligations sur les marchés de capitaux. Ceci les pousserait à respecter une discipline plus stricte : ils devraient convaincre les investisseurs de leur solidité financière.
Derrière l’ensemble des propositions avancées par Dambisa Moyo transparait une priorité unique : le respect des droits de propriété. Selon elle, cette recette fonctionne, ainsi que l’illustre le cas du Botswana, qui fait figure d’exception en Afrique. Entre 1968 et 2001, la croissance moyenne y a été de 6,8% en raison des politiques favorisant la liberté économique : ouverture des marchés à la concurrence internationale, politique monétaire non inflationniste, pression fiscale modérée. Il n’y a donc pas de fatalité concernant l’Afrique. Avec précision et clarté, Dambisa Moyo montre la voie à suivre pour permettre un réel développement.

Interview de Dambisa Moyo : l’aide et l’Afrique
Le 21 avril 2009 – Dambisa Moyo est l’auteur de l’ouvrage Dead Aid : Why Aid is not Working and How There is a Better Way for Africa (L’aide morte : pourquoi l’aide ne marche pas et comment il y a une meilleure voie pour l’Afrique) qui conclut que l’aide interétatique au développement est un échec. L’économiste zambienne défend un nouveau modèle de développement qui n’est pas fondé sur l’aide. Elle est interviewée par Caleb Brown du Cato Institute où elle a présenté son ouvrage il y a quelques jours.
Dambisa Moyo : L’hypothèse générale selon laquelle donner de l’argent gratuitement serait un aspect fondamental pour le processus de développement, n’a pas changé. Les détails derrière cette hypothèse ont changé bien sûr : dans les années 60 l’aide allait aux infrastructures, dans les années 70 vers la pauvreté, dans les années 80 vers l’ajustement structurel, et dans les années 90 vers la démocratie et la gouvernance. Mais le point fondamental ici est que ce système introduit des incitations perverses dans la société. L’Etat peut en effet récupérer l’argent de l’aide et le détourner dans une mauvaise direction. C’est un système qui introduit l’inflation, le fardeau de la dette et empêche en réalité les citoyens africains de tenir leurs dirigeants responsables. En ce sens il n’y a pas eu de véritable changement ces six dernières décennies, même si la manière dont l’aide a été présentée a elle-même évolué.
Caleb Brown : L’opinion américaine par exemple pense l’aide à travers des programmes rendus populaires par des campagnes d’aide telle que celle de Bono. Mais les méthodes de ces programmes n’ont-elles failli ?
DM: Les gens comprennent assez mal ce que ces campagnes peuvent et ne peuvent pas faire. Dans une certaine mesure elles permettent de fournir des solutions d’urgence, des solutions « pansement » : financer par exemple la scolarisation d’une petite fille africaine. Mais elles ne peuvent pas induire la croissance de l’Afrique à un niveau permettant de réduire de manière significative la pauvreté. J’ai l’impression que les gens confondent les problèmes en mettant dans le même sac l’aide des ONG et des associations caritatives d’un côté avec l’aide d’Etat à Etat de l’autre. Fondamentalement, nous essayons de bâtir un modèle de développement durable, avec des stratégies à long terme et qui ne se repose pas sur le système de l’aide. Nous essayons de bâtir un modèle qui crée des emplois et qui soit endogène et pérenne.
CB: Quel est le danger à confondre l’aide d’Etat à Etat avec celle des ONG ?
DM : Le danger est de se concentrer sur le mauvais standard de mesure. Par exemple mes critiques me rétorquent qu’il y a 30 millions d’africains scolarisés grâce à l’aide. Même si cela est vrai, elles oublient deux choses. D’abord, il n’est pas de la responsabilité des associations caritatives de s’occuper de la scolarisation des africains, mais de celle des Etats africains. Et deuxièmement c’est un modèle non pérenne : nous ne pouvons pas nous attendre à construire une société à travers l’Afrique et sur le long terme en nous reposant sur Bono et sa campagne The One. Que l’on soit de droite à gauche, d’une ONG ou d’une institution internationale, il me semble qu’il n’est pas possible de ne pas considérer que l’Afrique doit tenir sur ses deux jambes. Et cela ne sera pas possible en nous reposant sur les interventions caritatives.
CB : Avez-vous espoir que la nouvelle administration américaine avec Obama à sa tête ait une meilleure compréhension des défis des Etats africains en termes de développement ?
DM : J’ai espoir que le Président Obama et sa nouvelle administration soient innovants. Après tout ils sont arrivés au pouvoir en faisant campagne sur l’innovation. Il y a bien sûr des choses qui m’inquiètent puisqu’il y a déjà eu des demandes pour doubler l’aide à 50 milliards par an. Je pense que cela ne fera que renforcer l’ancien modèle de développement qui a démontré qu’il ne marche pas. J’espère ainsi que le Président Obama sera plus innovant dans son approche à promouvoir un progrès endogène de long terme en Afrique. J’espère par ailleurs qu’il comprend la différence fondamentale entre des interventions de type « sauvetage » temporaire et un objectif de long terme consistant à atteindre le développement. Je pense que si l’on regarde les objectifs de développement de long terme et l’importance de l’implication de l’Etat, on ne peut soutenir un modèle fondé essentiellement sur l’aide.
CB : Quelles sont pour vous les « success stories » de l’Afrique ?
DM : Sans surprise, je dirais l’Afrique du Sud et le Botswana, qui ont réussi sans reposer sur l’aide. Il faut noter que le Ghana a bien progressé. Il a été traditionnellement dépendant du modèle dominant de l’aide mais a réussi à s’en séparer peu à peu, notamment grâce à l’accès aux marchés de capitaux. Il y a encore beaucoup à faire bien sûr et j’espère d’ailleurs qu’il y aura plus de dialogue sur ce type de questions.
CB : Vous dites que le Ghana a réussi à se débarrasser de l’ancien modèle de l’aide. Quelles sont les incitations qui fonctionnent au Ghana et pas dans d’autres pays ?
DM : Le Ghana est assez proche d’un pays comme le Rwanda où le président Kagamé fait entendre son opinion contre l’aide qui selon lui ne peut être le fondement d’un développement économique de long terme. Il me semble que pour lui aussi, il ne peut y avoir de culture d’entrepreneuriat – menant au développement – si la structure des incitations n’est pas favorable à l’initiative privée. En l’absence de telles incitations favorable, il ne peut y avoir que du vol, de la corruption et de la bureaucratie rampante, qui ne font que perpétuer l’inflation et le fardeau de la dette.

Dambisa Moyo : Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.
Dambisa Moyo est une économiste zambienne, née à Lusaka en Zambie. Docteur en sciences économique de l’Université d’Oxford, elle est master de l’Université de Harvard. Elle a également un MBA en finances et un baccalauréat en chimie de l’Université de Washington.
Dambisa est membre de l’Université de Cambridge Centre for International Business and Management (CIBAM), et le Royal Institute of International Affairs (Chatham House). Elle est également patron de Absolute Return for Kids (ARK), un hedge fund soutenu, et siège au conseil d’administration de la Lundin Charitable Foundation.
Elle a travaillé pour la Banque mondiale comme consultant de 19931995 et à Goldman Sachs de 2001 à 2008, où elle a été la chef de la recherche économique et de la stratégie pour l’Afrique subsaharienne.
En mai 2009, le TIME Magazine classait Dambisa Moyo parmi les 100 personnes les plus influentes du monde.[1]
Travail
Elle est l’auteure du pamphlet Dead Aid: Why Aid is Not Working and How There is a Better Way For Africa – La mort de l’aide publique au développement: pourquoi elle ne fonctionne pas et comment une meilleure solution est possible pour l’Afrique,[2] publié au printemps 2009 aux Etats-Unis. Le livre propose des solutions alternatives à la dépendance systématique des pays pauvres à l’aide publique. Dead Aid analyse et offre des nouvelles perspectives à la réflexion sur l’efficacité de l’aide au développement en relevant les impasses économiques vers lesquels celle-ci conduit l’Afrique, selon cette économiste. Dans ce livre des propos comme : « qu’aucun pays au monde ne s’est développé avec l’aide uniquement » sont réguliers, n’en déplaise son ancien professeur Jeffrey Sachs, fervent défenseur de l’aide. Lesquels elle les tient partout[3]. L’essentiel du livre, après une critique acerbe sur l’inefficacité de l’aide publique porte sur les instruments et outils plus durables qui devraient être préférés à celle-ci en raison de leur performance.
Le livre est classé parmi les meilleures ventes par le New-York Times depuis sa parution [4] et a acquis en très peu de temps une notoriété plus que relative parmi les essais politiques et économiques aux Etats-Unis.[5] . Juste après avoir lu son livre, le président rwandais Paul Kagamé a fait venir à Kigali l’économiste zambienne pour un exposé devant l’ensemble du gouvernement rwandais[6].
References
http://www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1894410_1893209_1893459,00.html [archive]
http://www.penguin.co.uk/nf/Author/AuthorPage/0,,1000073998,00.html [archive]
Crise financière est une opportunité pour l’Afrique [archive]
[1] [archive], Dambisa Moyo dans le collimateur des partisans de l’aide au développement [archive]
http://thecaucus.blogs.nytimes.com/2009/04/18/aprils-poli-book-best-seller-listhfo/ [archive]
Dambisa Moyo dans le collimateur des partisans de l’aide au développement [archive]

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