« A Call to Heal » : Un plaidoyer musical pour les relations américano-irakiennes par James English* (SPCG)

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*James English est conseiller international à l’Université chrétienne du Texas, à Fort Worth. Pour de plus amples informations, veuillez vous rendre sur le site www.BaghdadRain.com et www.RahimAlhaj.com. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).
Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 12 novembre 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Forth Worth (Texas) – L’Irak fait de nouveau la une de l’actualité, à cause de l’horrible attaque contre une église catholique de Bagdad qui a fait 58 morts. Voici encore un événement qui vient creuser davantage le fossé américano-irakien, renforçant, à mon avis, l’idée que ces deux pays doivent avoir plus l’opportunité d’échanger ou d’interagir.

L’été 2005, alors que le bruit assourdissant des obus et des vitres volant en éclats retentissait partout en Irak, j’ai décroché mes guitares des murs de ma maison – j’habitais alors à Charlottesville, en Virginie – et je les ai vendues pour pouvoir faire un CD à propos de blessures et de guérison. Une fois cet argent épuisé, j’ai utilisé pratiquement toute mon épargne vieillesse ainsi que la subvention obtenue de l’administration Bush pour terminer le CD, qui est finalement sorti en automne 2008.

En 2005, la guerre s’éternisait. Consterné par la direction que prenait notre pays au Moyen-Orient, j’ai décidé d’agir à ma façon, d’agir d’une manière positive.

Mon initiative allait s’appeler «A Call to Heal» (une invitation à guérir), un album enregistré avec Rahim AlHaj, musicien irakien nominé aux Grammy Awards, ainsi qu’une brochette des meilleurs musiciens de Charlottesville. Ce groupe musical s’est fait connaître sous le nom de The Bagdad Rain Project et notre album a été offert à des centaines d’exemplaires à des organisations non gouvernementales et à des associations à but non lucratif travaillant de près ou de loin avec le Moyen-Orient. Ce CD était pour nous une façon de dire «merci» à ceux qui oeuvrent pour la paix dans cette région du monde, tout en leur montrant un exemple concret d’un Américain et d’un Irakien surmontant la fracture culturelle pour travailler ensemble d’une manière positive et constructive.

Au départ, je voulais travailler avec autant de musiciens irakiens que possible mais je me suis vite rendu compte qu’ils n’étaient pas très nombreux aux Etats-Unis. Puis je suis tombé sur un article, dans le journal local, parlant de Rahim AlHaj, joueur
d’oud (instrument qui ressemble à une guitare), maître en la matière. Je lui ai écrit à propos d’une éventuelle collaboration et quelques semaines plus tard, nous nous sommes rencontrés dans un petit studio d’enregistrement. Depuis, nous sommes amis.

Comme beaucoup d’exilés, Rahim AlHaj a une histoire incroyable : prodige de la musique, il a étudié à l’Institut musical de Bagdad. Son maître était le musicien légendaire Munir Bashir. Incarcéré comme prisonnier politique sous le régime de Saddam Hussein, Rahim AlHaj fuit l’Irak lors de la première guerre du Golfe, mais les gardes irakiens l’obligent à abandonner son oud à la frontière jordanienne.

Le musicien réussit finalement à obtenir l’asile politique aux Etats-Unis et s’installe à Albuquerque dans l’état du Nouveau-Mexique, qui lui rappelle sa terre natale. Il retourne en Irak en 2004, pour revoir sa famille et ses amis et s’attriste de voir la violence sectaire grandissante et les infrastructures en ruines.

Ce qui l’inquiète le plus, ce sont les enfants. Alors qu’il traverse le pays de long en large, il demande aux jeunes qu’il rencontre de lui parler de leurs rêves pour l’avenir. Or tous lui répondent à chaque fois qu’ils n’ont plus de rêves. L’idée d’un pays où les enfants n’ont plus aucun rêve m’a fait réfléchir plus profondément à l’impact psychologique de la guerre, et cela m’a inspiré deux des chansons principales de l’album : «When I Leave This Place» (Quand je quitterai cet endroit) et «The War In My Head» (La guerre dans ma tête).

Les civils et les soldats qui ont vécu cette guerre vont devoir vivre avec les images et les émotions qui s’y associent pour le restant de leur vie. Ils ne pourront jamais vraiment quitter cet endroit, même lorsque les hostilités auront cessé.

Après l’élaboration de cet album, j’ai voulu mettre mon intérêt pour le Moyen-Orient au service du monde universitaire. Maintenant, je travaille à l’Université chrétienne du Texas, à Fort Worth, en tant que conseiller international. Je dirige en ce moment un travail de recherche sur l’histoire du Moyen-Orient pour des étudiants de deuxième cycle. Malgré la violence qui sévit continuellement à Bagdad, j’ai prévu d’aller en Irak, pour la première fois, dans le courant de l’été 2011.

Le fait d’aller sur place complètera pour moi le voyage que j’ai entamé il y a cinq ans, dans l’espoir de créer une passerelle entre les Américains et les Irakiens. Il est temps pour moi d’emprunter la passerelle.

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