« Les musulmanes britanniques s’attaquent de front aux stéréotypes » by Shelina Zahra Janmohamed * (SPCG)

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*Shelina Zahra Janmohamed est l’auteure de Love in a Headscarf (L’amour dans un foulard) et blogue sur www.spirit21.co.uk. Elle a été désignée comme l’une des cent plus influentes musulmanes du Royaume-Uni. Article rédigé pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 27 novembre 2010,www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Londres – S’il vous arrive d’aborder le sujet des musulmanes britanniques, on ne vous en voudra pas de penser que nous menons une existence unidimensionnelle: le niqab (voile couvrant le visage) et rien que le niqab. L’image des longues capes noires enveloppantes et des regards mélancoliques vient à l’esprit et fait partie du discours qui consiste à définir les musulmanes uniquement par leur tenue vestimentaire.

D’un autre côté, en citant celles qui ont une position très en vue, on risque de donner une vision  »d’un optimisme effréné » des progrès accomplis par les musulmanes britanniques. Le mois dernier, par exemple, la Baronne Sayeeda Warsi, présidente du Parti conservateur et, sans doute, l’une des personnes les plus puissantes du pays, est apparue dans la presse – non pas parce qu’elle est musulmane mais parce qu’elle a défendu les coupes budgétaires décidées par le gouvernement. Deux autres femmes, membres du  »cabinet fantôme » du Parti travailliste, le parti d’opposition, et l’une des présentatrices de The Xtra Factor, l’émission jumelle de X Factor mondialement connue, ont aussi fait la une des médias.

C’est une bonne chose de voir le visage de musulmanes faire partie du tissu national, non pas à cause de l’étiquette  »musulmane » mais du fait de leurs talents et de ce qu’elles apportent. Cependant, cette dichotomie entre des personnes opprimées et cachées et des personnes émancipées et publiques est aussi simplificatrice qu’inexacte.

La vie de la majorité des musulmanes au Royaume-Uni n’est pas déterminée par leur décision de porter ou non le voile, pas plus qu’elle ne brille aux niveaux les plus élevés de la politique et du spectacle. Tout comme pour la plupart des autres femmes, leurs préoccupations portent sur des questions ordinaires de la vie courante comme l’éducation, l’emploi, la santé et la famille. Cependant, il est inquiétant de noter qu’elles rencontrent plus d’obstacles.

Prenons l’arène du travail. Selon un rapport de 2010 rédigé par la Commission britannique pour l’égalité et les droits de l’homme, seulement 24% des musulmanes au Royaume-Uni ont un emploi. Ceux qui connaissent peu l’islam et les musulmans sont prompts à affirmer que ce chiffre est dû à la prétendue  »oppression » des femmes par leurs familles.

Toutefois, un rapport de 2008 rédigé par la Young Foundation sur la deuxième génération de musulmanes conclut que ces  »points de vue répandus sur les attitudes et obstacles sont trompeurs – la majorité des femmes se voient soutenues par leurs familles dans leur décision de travailler » et il précise que  »certains des problèmes qui affectent les musulmanes britanniques, à savoir la discrimination sexuelle, l’inflexibilité à leur égard et le manque de garderies, affectent toutes les femmes. Néanmoins, les musulmanes britanniques doivent également faire face à d’autres problèmes dont la discrimination basée sur la tenue vestimentaire et la religion. »

Les musulmanes britanniques, pourtant, s’attaquent de front à ce problème. Nous avons une génération de femmes politiques, de chefs communautaires, de femmes d’affaires et d’écrivains de confession musulmane, comme moi. Nous travaillons toutes très dur pour changer le cours des choses et créer de nouvelles images, histoires et cultures. Notre démarche brisera l’impasse des jugements stéréotypés trop réducteurs que nous portons sur les musulmanes et leur offrira la liberté et l’occasion de définir qui elles sont, selon leurs propres termes.

Nous devons agir dans ce sens en créant une vision partagée d’un avenir meilleur.

Prenez mon propre cas. J’ai créé mon blog, Spirit 21, il y a cinq ans pour permettre aux musulmanes britanniques de s’exprimer. La BBC l’a mentionné comme l’un des blogs musulmans les plus influents du Royaume-Uni. Toute la presse en parle et je suis invitée à être l’une des voix des femmes musulmanes dans les médias nationaux et internationaux. C’est ainsi que l’on m’a nommée l’une des cent plus influentes musulmanes du Royaume-Uni.

Quant à mon livre, Love in a Headscarf (L’amour dans un foulard), qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui grandit en musulmane britannique à la recherche de l’amour, il est traduit dans le monde entier et se trouve à la deuxième place sur la liste des bestsellers en Inde.

Considérons aussi le cas de Jobeda Ali qui a créé un cinéforum où sont présentés des films du monde entier représentant des musulmanes ou encore le site web de Shaista Gohir Big Sister(www.bigsister.org.uk), apportant aux jeunes filles musulmanes des modèles de femmes musulmanes issues de tous les milieux professionnels.

Sarah Joseph, une Britannique convertie à l’islam, a lancé emel, sans doute le premier magazine sur papier glacé portant sur le mode de vie des musulmans. Et Roohi Hasan, rédactrice à la télévision, fait partie de l’équipe qui a créé Channel 5 news, l’un des programmes de nouvelles les plus populaires au Royaume-Uni. Pendant ce temps, Maleiha Malik, avocate et professeur de droit dans la prestigieuse université de King’s College à Londres, se concentre sur le droit contre la discrimination, la protection des minorités et la théorie féministe.

Avec des musulmanes aussi brillantes, innovatrices et motivées, au carrefour de tant de disciplines, nous devons continuer de penser que les stéréotypes réducteurs tomberont dans l’oubli et que la richesse des talents qu’offrent les musulmanes sera reconnue et exploitée.

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