«Moyen-Orient : Se référer à l’Indonésie» par Didin Nurul Rosidin #SPCG

Par défaut


04 mars 2011

* Didin Nuru Rosidin (dnrosydin@yahoo.com) enseigne l’histoire de la civilisation islamique au sein du département des Sciences humaines et des Arts à l’Institut d’Etat pour les études islamiques Syek Nurjati Cirebon. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 4 mars 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Cirebon (Indonésie) – Souffrant d’une radicalisation accrue et d’un certain niveau d’exclusivité religieuse qui a conduit à des attentats d’autodéfense contre certaines minorités religieuses, l’Indonésie ne représente pas toujours un modèle pour d’autres pays. Cependant, ayant connu une transition politique relativement pacifique et résolu avec succès les tensions engendrées par des disparités entre les principes de jurisprudence islamique (charia) et la démocratie constitutionnelle, l’Indonésie, est actuellement considérée comme une ressource inexploitée pour d’autres pays à majorité musulmane en transition.

Avec une population de plus de 200 millions d’habitants, l’Indonésie est le premier pays à majorité musulmane et le seul à avoir opéré une transformation politique, sociale et culturelle lors de son passage d’un régime autoritaire à un régime démocratique, à la fin des années 90. Depuis la chute du régime autoritaire de  »l’Ordre Nouveau » du président Soeharto, grâce aux protestations de masse menées par les étudiants, trois élections législatives démocratiques se sont succédées (en 1999, 2004 et 2009) en Indonésie, ce qui prouve que l’islam est compatible avec la démocratie.

Le gouvernement post-Soeharto a voté toute une série de lois et de dispositions réglementaires visant à garantir aux individus la liberté d’expression, longtemps réprimée, et le droit de créer des partis politiques, de contribuer à la liberté de la presse et de voter aux élections législatives.

Afin de tirer un enseignement de ces événements, le Centre d’Etude sur l’islam de l’université islamique d’Etat de Syarif Hidayatullah à Jakarta, en coopération avec le programme de formation des jeunes leaders d’Indonésie de l’université de Leyde aux Pays-Bas a, réuni, en début d’année, des universitaires du monde entier pour étudier l’islam indonésien d’un point de vue international. Ils se sont posés la question suivante : L’islam est-il différent en Indonésie?

La réunion, qui s’est tenue juste après l’éviction forcée de l’ancien président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, laquelle a incité des citoyens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à s’insurger contre les régimes autocratiques et les faiblesses de leurs gouvernements, ne pouvait pas mieux tomber.

Un des participants à la conférence a relevé que les groupes musulmans extrémistes devenaient de plus en plus militants, méthodiques et organisés, tandis que les musulmans traditionnels demeuraient inorganisés, faibles et réservés lorsqu’il s’agissait d’exprimer leurs opinions. Les groupes extrémistes ont exploité les opinions populaires pour exprimer leurs vues à travers des ouvrages, la radio et des médias en ligne. Toutes les occasions sont bonnes pour attirer l’attention du public, y compris les attentats terroristes.

En outre, la  »criminalisation » de la liberté religieuse par le biais de fatwas(opinions religieuses non contraignantes), décidées par le Conseil des chefs religieux musulmans d’Indonésie, et d’arrestations d’un certain nombre de penseurs libéraux menacent certains groupes libéraux et leurs activités.

L’Indonésie doit encore progresser dans ces domaines et pourrait peut-être apprendre des pays du Moyen-orient qui ont connu plus de succès face à des épreuves semblables. Néanmoins, on ne peut ignorer le succès de l’Indonésie dans la mise en oeuvre de réformes politiques ayant abouti à une plus grande liberté de la presse, à des élections démocratiques et à une association civile active.

Selon les participants à la conférence, il n’y a pas que les réformes politiques de l’Indonésie qui constituent un exemple pour les autres pays musulmans. Concernant la conscience des sexes, par exemple, Ann Kull, une participante du Centre des Etudes d’Asie du Sud et du Sud-Est de l’Université de Lund en Suède, a remarqué que l’égalité des sexes s’était généralisée en Indonésie, même au sein des groupes musulmans orthodoxes et des institutions religieuses. Dans les universités islamiques d’Etat, lesmadrasahs (écoles religieuses islamiques) ou les pesantrens (internats islamiques), les questions délicates liées à l’égalité des sexes comme le rôle de la femme dans la société, les droits liées à la reproduction et les interprétations de l’islam, ont été introduites dans le cursus, notamment, à travers, l’éducation civique.

Comparé aux Etats voisins d’Asie du Sud-Est comme la Malaisie, Singapour, la Thaïlande, les Philippines et même le Pakistan, le Bangladesh et l’Inde en Asie du Sud, l’étude d’Ann Kull «montre que les types d’éducation islamique progressiste et libérale sont bien plus nombreux en Indonésie». Si les systèmes scolaires dans les pays à majorité musulmane diffèrent considérablement les uns des autres, la manière selon laquelle les écoles indonésiennes ont introduit les questions relatives à l’égalité des sexes dans les différents programmes pourrait servir de modèle.

Et malgré ses problèmes internes, quand il s’agit de renforcer les associations civiles, l’Indonésie s’impose comme modèle pour d’autres pays aux prises avec le tumulte de la transition au sortir d’un régime autoritaire.

###

Les commentaires sont fermés.