« LETTRE OUVERTE | La démocratie se cherche une nouvelle énergie…propre et renouvelable »

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De : Esther Lapointe,
Directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie

Source
http://femmesrecherchees.wordpress.com/2010/11/12/nouvelle-energie/

Collusion, corruption, absence d’éthique, manque d’efficacité, politique-spectacle… les mots ne manquent pas pour décrier nos institutions politiques et nos élus. La démocratie est terriblement malmenée, et le plus inquiétant, c’est qu’on ne se bouscule pas au portillon pour changer la donne. La désaffection politique et la désillusion citoyenne atteignent une ampleur inégalée et ce désintéressement creuse dramatiquement le fossé qui existe déjà entre la population et le pouvoir législatif. Dans un tel contexte, comment revaloriser l’engagement citoyen et l’implication politique? Que pouvons-nous faire pour donner une énergie nouvelle au geste démocratique?

Et si l’étincelle d’inspiration se trouvait dans l’avancement politique des femmes

Le chemin parcouru depuis l’obtention du droit de vote des femmes au Québec, il y a 70 ans, est absolument remarquable. Il n’y a qu’à écouter les témoignages recueillis par le magazine Châtelaine auprès de 50 femmes qui ont marqué l’évolution du Québec au fil des 50 dernières années pour se rendre compte de la force politique et sociale qu’elles détiennent. Or, malgré un parcours qui fait l’envie de bien des nations qui luttent encore pour l’égalité entre les hommes et les femmes, le pourcentage de la représentation féminine en politique et dans les hautes sphères décisionnelles est fragile. Il stagne à 30 % et la mobilisation pour arriver à la parité hommes/femmes, notamment à l’Assemblée Nationale, perdure année après année. Force est de constater que l’égalité de droit ne se traduit pas systématiquement en égalité de fait et que ce plafond de verre, si difficile à briser, reflète toute la complexité de la sous-représentation des femmes aux postes électifs.

Aborder les choses autrement

Qu’arriverait-il alors si les femmes, au lieu de suivre les règles du « old boy’s club » de la politique actuelle, s’inspiraient de leurs propres expériences, de leurs réalisations passées et de leurs désirs de changement pour introduire de nouveaux points de vue et augmenter la diversité et le pluralisme des idées dans les sphères politiques? Lors d’une récente visite au Nunavik, j’ai eu le privilège de rencontrer des femmes inuites qui m’ont marquée par leur courage et leur détermination à prendre leur place pour faire évoluer les choses dans leur communauté. La fraîcheur de leurs idées et de leur pensée politique et organisationnelle faisait plaisir à entendre.  « Les femmes sont réputées voir les choses et aborder les décisions sous des angles différents », pouvait-on lire dans un texte traitant de la participation des femmes en gouvernance, et signé de Réal Labelle et de Claude Francoeur dans La Presse du 8 mars 2010. « L’hétérogénéité dans les points de vue créée par la représentation féminine contribuerait à augmenter l’esprit critique, la synergie des expertises et la qualité des débats au CA [et en politique, pensons-nous] pour aboutir à de meilleures décisions stratégiques. » Est-ce à dire qu’un plus grand nombre de femmes engagées en politique pourrait avoir un effet positif sur la  revalorisation du rôle de nos élus? Poser la question, c’est peut-être y répondre…

Éduquer la population et les femmes en particulier à l’action citoyenne

Depuis plus de 10 ans, Groupe Femmes, Politique et Démocratie multiplie les mentorats, les publications, les colloques, les vidéos et les cours de formation pour soutenir les citoyennes et les citoyens qui souhaitent s’engager politiquement. Or, il semble que notre action porte fruit, puisque depuis 2004, nous avons accueilli dans nos diverses écoles pas moins de 250 participantes de tous les partis politiques, de tous les paliers électifs, sans égard à l’âge ou à l’origine. Et sur l’ensemble de ces participantes, 148 femmes ont été candidates aux élections municipales de novembre 2009, et 36 d’entre elles ont été élues. Un premier pas dans la bonne direction, puisque toutes ces femmes aspiraient à plus d’intégrité dans la fonction politique, à plus de qualité, de compétence et d’authenticité dans la gouvernance publique et privée.
S’engager pour faire une différence
Trop souvent perçue comme un simple exercice électoral qui consiste à déposer un bulletin de vote dans une urne, la démocratie doit prendre un nouveau souffle. Sera-t-il féminin? Peut-être. Mais une chose est certaine, c’est que nous devons encourager et faciliter la participation citoyenne parce que la santé de la vie démocratique collective dépendra toujours de la pluralité des voix et de l’abondance des idées.