« Le réveil arabe apportera-t-il la paix au Moyen-Orient? » par Ghassan Michel Rubeiz #SPCG

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11 mars 2011

* Dr. Ghassan Rubeiz (grubeiz@comcast.net), journaliste américano-arabe spécialiste des questions de développement, de paix et de justice, a occupé le poste de Secrétaire pour le Moyen-Orient du Conseil Œcuménique des Eglises de Genève. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 11 mars 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Palm Beach Gardens (Floride) – Israël suit avec inquiétude la tempête qui déferle sur le monde arabe. Depuis des dizaines d’années, la paix avec l’l’Egypte est gouvernée par des accords de pure forme et non par une entente réelle entre les deux peuples. Israël craint en effet que le spectaculaire renversement du gouvernement égyptien et la contagion révolutionnaire dans la région ne sonne le glas des accords de Camp David et la fin de la paix avec l’Egypte.

Les Israéliens sont partagés quant à l’opportunité d’une paix immédiate avec le reste du monde arabe. Les sceptiques redoutent, au cas où les peuples de l’Egypte et de la Jordanie s’uniraient et rejetteraient leurs dirigeants, qu’ils ne rejettent du même coup le traité de paix avec Israël. Pour les pragmatistes, dans la mesure où Israël conserve sa position de force – supériorité militaire et prospérité économique – c’est le moment idéal pour traiter avec les Palestiniens et avec le reste des pays arabes. Ces derniers se disent que, plus le temps passe, plus le rapport de force peut évoluer, privant progressivement Israël des armes qui lui permettrait de conclure la paix à ses propres conditions.

De toute façon, une paix durable entre Israël et le monde arabe passe obligatoirement par l’intégration progressive d’Israël dans la région. Un des enseignements à tirer de cette série de révolutions, c’est que les paix morcelées qu’Israël a conclues avec des pays de son choix sont bien plus fragiles que ne le serait un traité de paix avec la région tout entière.

C’est précisément le point de vue que défend lucidement Tzipi Livni, la numéro un de l’opposition. Ecrivant récemment à J Street, organisation de citoyens américains militant pour la conclusion pacifique du conflit arabo-israélien, elle invitait instamment les dirigeants israéliens à saisir l’occasion: « Les événements spectaculaires qui ont secoué la région démontrent que le statu quo est insoutenable; Israël doit faire preuve d’initiative et de courage dans sa recherche de la paix et de la sécurité avec les Palestiniens et dans tout le Moyen-Orient ».

Mme Livni a bien raison d’inviter Israël à approfondir la paix avec les Palestiniens afin d’avancer vers une paix régionale: toute paix incomplète ne saurait être durable. Les accords de 1978 entre le président égyptien Anouar el-Sadat et le Premier Ministre israélien Menachem Begin ont bien mis fin à la guerre entre Israël et l’Egypte, mais ils ignoraient la poursuite de l’occupation des terres palestiniennes et syriennes. En concluant un accord avec les Palestiniens, Israël pourrait refermer cette plaie béante et ouvrir la porte à une paix avec le reste du monde arabe.

D’ores et déjà, les bouleversements qui secouent la région démontrent que le statu quo n’est pas tenable. Au-delà, ils pourraient aussi annoncer un nouveau départ, tant pour la dynamique israélo-palestinienne que pour la vie politique intra-palestinienne.

Sans aucun doute, le factionnalisme palestinien a bloqué les négociations de paix. La direction palestinienne a un double visage: le Hamas, qui domine Gaza, et l’Autorité palestinienne, qui représente la Cisjordanie et Jérusalem Est. Le clivage des Palestiniens est aussi de nature idéologique: le Hamas est traditionnel en matière religieuse et ambigu en matière politique, tandis que les autres Palestiniens, qui se mobilisent autour de revendications purement nationalistes, ont implicitement accepté la solution à deux Etats. Le climat politique nouveau a déjà forcé les dirigeants palestiniens à prendre des mesures positives. Pressentant une éventuelle révolte, l’Autorité palestinienne s’est empressée d’annoncer la tenue d’élections législatives avant septembre.

De plus, les nouveaux dirigeants de l’Egypte sont sans doute mieux placés que ne l’était M. Moubarak pour convaincre le Hamas de participer aux élections, de se réunir avec l’Autorité palestinienne pour contribuer à une nouvelle ronde de pourparlers de paix plus plausible. A défaut, les chefs de file traditionnels de Gaza passeront pour des réactionnaires aux yeux de la jeunesse arabe très évoluée qui est le fer de lance de ces révolutions.

Unis, les Palestiniens auront la force nécessaire pour pouvoir prendre des engagements à l’égard de la sécurité d’Israël et pour édifier un Etat à eux, moderne et indépendant. Et si l’Egypte s’affirme comme un des moteurs du changement dans un Moyen-Orient en pleine mutation, elle pourra éventuellement relancer l’Initiative de paix arabe de 2002 (API) avec beaucoup plus d’efficacité. C’est à tort que l’API – qui propose des relations complètes entre Israël et le monde arabe contre un retrait aux frontières de 1967 – est considérée comme dépassée.

Les transformations politiques spectaculaires que connaît la région doivent être prises en compte. Il existe une fenêtre d’ouverture pour étendre les accords de paix aux Palestiniens, rassurant ainsi Israël et impliquant tous les peuples arabes. Pourquoi ne pas transformer la crise en une chance pour tous?

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