Suheir Hammad: Poems of war, peace, women, power « Ce que je ferai » « Trève groupée » #TEDWomen

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Deux très beaux poèmes que je ne peux que reproduire ici avec la transcription complète traduite en français

«Ce que je ferai»

Je ne danserai pas au son de vos tambours de guerre. Je ne prêterai ni mon âme ni mes os à vos tambours de guerre. Je ne danserai pas sur ce rythme. Je connais ce rythme. Il est sans vie. Je connais intimement cette peau sur laquelle vous tapez. Elle était en vie autrefois, on l’a chassée, volée, étirée. Je ne danserai pas sur votre appel à la guerre. Je ne sauterai, ni ne tournoierai, ni ne m’arrêterai pour vous. Je ne haïrai pas pour vousni même ne vous haïrai. Je ne tuerai pas pour vous. En particulier je ne mourrai pas pour vous.Je ne pleurerai pas les morts avec des meurtres ni des suicides. Je ne prendrai pas votre parti ni ne danserai au son des bombes parce que tout le monde danse. Tout le monde peut avoir tort. La vie est un droit qui n’est ni collatéral ni temporaire. Je n’oublierai pas d’où je viens. Je fabriquerai mon propre tambour. Je rassemblerai ceux que j’aime près de moi, et notre psalmodie dansera. Notre fredonnement se fera tambour. On ne jouera pas avec moi. Je ne prêterai pas mon nom ni mon rythme au vôtre. Je danserai et résisterai et danserai et persisterai et danserai. Mon battement de cœur sonne plus fort que la mort. Votre tambour de guerre ne sonne pas plus fort que mon souffle. Haaa.

Que se passe-t-il, gens de TED ? Que je vous entende faire du bruit.

(Applaudissements)

Une bande de pacifistes. Des aspirants pacifistes troublés. Je comprends.

Je me suis beaucoup trompée dernièrement.Comme beaucoup. Alors je n’arrivais pas à trouver quoi vous lire aujourd’hui. Je veux dire, j’ai dit que je me suis préparée. Ce que ça signifie, c’est que j’ai préparé ma tenue, (Rires) préparé mes options, essayé de trouver derrière et devant quoi je passe. La poésie fait cela. Elle vous prépare. Elle vous donne un but.

Je vais donc vous lire un poème qui vient juste d’être choisi. Mais je vais avoir besoin de vous pour rester assis pendant 10 minutes et tenir une femme qui n’est pas ici. Tenez-la maintenant avec vous. Vous n’avez pas besoin de dire son nom à haute voix, vous pouvez vous contenter de la tenir.Vous la tenez ?

Voici «Trêve groupée»

Toute histoire sainte bannie. Des livres qui ne sont pas écrits prédisent l’avenir, projettent le passé. Mais ma tête se déballe autour de ce qui semble sans limites, la violence créative de l’homme. Ce sera le fils de qui ? Quel enfant mâle périra un jour nouveau ? Les morts de nos garçons galvanisent. Nous chérissons des cadavres. Nous portons le deuil des femmes, compliqué. On bat les chiennes tous les jours.Des prophètes faits, des prophètes ignorés. Des enfances de citron salé émaillées de guerre et de dents. Toutes les couleurs coulent, aucun de nous n’est solide. Ne cherchez pas d’ombre derrière moi. Je la porte à l’intérieur. Je vis des cycles de lumière et de pénombre. Le rythme est à moitié silence. Je vois à présent, je n’ai jamais été ni l’une ni l’autre. Maladie, santé, tendre violence. Je pense à présent que je n’ai jamais été pure. Avant d’être forme, j’étais tempête, aveugle, ignorante — je le suis toujours. L’humain s’est contracté à en devenir aveugle, malin. Je n’est jamais été pure.Une fille gâtée avant d’avoir muri. Le langage ne peut me mettre en équation. Je vis exponentiellement. Tout est tout. Une femme perd 15, peut-être 20 membres de sa famille. Une femme en perd six. Une femme perd la tête. Une femme fouille les décombres. Une femme se nourrit des ordures. Une femme se tire une balle en plein visage. Une femme tire sur son mari. Une femme se harnache. Une femme donne naissance à un bébé. Une femme donne naissance à des frontières. Une femme ne croit plus que l’amour la trouvera jamais. Une femme ne l’a jamais cru. Où vont les cœurs des réfugiés ?Brisés, méprisés, placés là d’où ils ne sont pas, qu’on ne veut pas regretter. Confrontés à l’absence. Nous portons le deuil de chacun ou nous n’avons aucun sens. Ma colonne vertébrale devient spirale. Un précipice qui court vers les humains et court pour s’en éloigner. Des bombes à fragmentation qu’on laisse derrière soi. Des mines de facto. Une peine fumante. Du tabac contaminé qu’on récolte. Des bombes qu’on récolte. Des dents d’enfants qu’on récolte Des palmiers, de la fumée qu’on récolte. Des témoins, de la fumée qu’on récolte. Des résolutions, de la fumée. Un salut, de la fumée. Une rédemption, de la fumée. Respirez. N’ayez pas peur de ce qui a explosé. Si vous devez avoir peur, ayez peur de ce qui n’a pas encore explosé

Merci.

(Applaudissements)