Liza Donnelly: Le pouvoir des dessins humouristiques « for change » #TED Talk 2010

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Evidemment, c’est celle-ci ma préférée, pour l’humour exprimé par une femme…Non, je ne suis pas féministe🙂

Transcription traduite en français

J’avais peur de devenir une femme. Non pas que j’aie peur maintenant, mais j’ai appris à faire semblant. J’ai appris à être flexible. En fait, j’ai développé des outils intéressants pour m’aider à surmonter cette peur. Laissez-moi vous expliquer.Dans les années 1950 et 1960, quand j’étais petite, les petites filles étaient censées être aimables, sérieuses belles, douces, et tendres.Nous étions censées correspondre à des rôles qui étaient plutôt flous. Ce que nous étions censées faire n’était vraiment pas très clair.

(Rires)

Nous étions entourées de beaucoup de modèles.Nous avions nos mères, nos tantes, nos cousines, nos sœurs, et, bien sûr, les médias omniprésents qui nous bombardaient d’images et de formules, nous disant comment nous tenir.Mais ma mère était différente. Elle était mère au foyer, mais elle et moi ne sortions pas pour faire des trucs de filles ensemble. Et elle ne m’achetait pas de tenues roses. À la place, elle savait ce dont j’avais besoin, et elle m’a acheté une bande dessinée. Et je l’ai dévoré. Je dessinais, et je dessinais, et puisque je savais que l’humour était toléré dans ma famille, je pouvais dessiner, faire ce que je voulais, sans avoir à me représenter, sans avoir à parler — j’étais très timide — et j’obtenais tout de même l’approbation. J’étais lancée en tant que dessinatrice. Quand nous sommes enfants, nous ne savons pas toujours — nous savons qu’il y a des règles, mais nous ne savons pas toujours — nous ne les suivons pas bien, même si nous sommes imprégnés à la naissance de ces choses-là, et on nous dit quelle est la couleur la plus importante au monde. On nous dit dans quel moule nous sommes censés être. (Rires) On nous dit comment nous habiller –(Rires) — et comment nous coiffer — (Rires) et comment nous conduire.

Les règles dont je parle sont constamment contrôlées par la culture. Nous sommes corrigés.Et les premiers policiers sont en fait des femmes, parce que nous faisons perdurer la tradition. Nous la transmettons de génération en génération. Non seulement, nous avons toujours cette vague idée que l’on attend quelque chose de nous. Mais en plus d’avoir toutes ces règles, elles n’arrêtent pas de changer. (Rires) Nous ne savons pas ce qui se passe la plupart du temps, ce qui nous met dans une position très difficile.

(Rires)

Mais si vous n’aimez pas ces règles, et c’est le cas de beaucoup de femmes — moi je ne les aimais pas, et c’est toujours le cas, même si je suis ces règles la plupart du temps, sans en être consciente — quoi de mieux que de les changer avec humour ? L’humour repose sur les traditions sociales. Il s’empare de nos acquis, et il les déforme. Il s’empare des codes de conduite et de l’étiquette, et il les rend imprévisibles, et c’est ce qui provoque le rire. Maintenant que se passe-t-il si vous associez les femmes avec l’humour ? Je pense que vous pouvez obtenir le changement.Parce que les femmes, ce sont les fondations, et nous connaissons si bien les traditions, que nous pouvons apporter une voix différente aux débats.

J’ai commencé à dessiner au milieu d’un grand chaos. J’ai grandi pas loin d’ici, à Washington D.C., pendant le mouvement des droits civiques, les assassinats, les audiences du Watergate et le mouvement féministe. Et je pense que je dessinais pour essayer de comprendre ce qui se passait. Et ensuite ma famille aussi a connu le chaos. Et j’ai dessiné pour essayer de rassembler ma famille — (Rires) — pour essayer de rassembler ma famille avec le rire. Ça n’a pas marché. Mes parents ont divorcé, et ma sœur a été arrêtée. Mais j’ai trouvé ma place. J’ai découvert que je n’avais pas à porter des talons hauts, je n’avais pas à m’habiller en rose, et je pouvais me sentir à ma place.

Quand j’étais un peu plus âgée, quand j’avais la vingtaine, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes dans la bande dessinée. Et je me suis dit : « Eh bien, peut-être que je peux briser le petit mur de glace de la bande dessinée. » Et c’est ce que j’ai fait ; je suis devenue dessinatrice.Ensuite, arrivée à la quarantaine, j’ai pensé : « Eh bien, pourquoi ne pas faire quelque chose ? J’ai toujours aimé les dessins politiques, donc pourquoi ne ferais-je pas quelque chose avec mes dessins pour faire réfléchir les gens sur les règles stupides que nous suivons, tout en les faisant rire ? »

Mais mon point de vue est particulièrement –(Rires) — mon point de vue est particulièrement américain. Je n’y peux rien. Je vis ici. Même si j’ai beaucoup voyagé, je pense toujours comme une américaine. Mais je crois que les règles dont je parle sont universelles, bien sûr — que chaque culture a ses propres codes de conduite, des tenues et des traditions différentes, et chaque femme doit faire face aux mêmes choses que nous ici aux États-Unis. Par conséquent, nous avons — les femmes, parce que nous sommes le socle, nous connaissons la tradition — nous avons une influence immense.

Récemment, mon travail a consisté à m’associer avec des dessinateurs internationaux, ce que j’apprécie beaucoup. Et cela m’a donné une meilleure appréciation du pouvoir des dessins pour aborder la vérité, pour aborder les problèmes rapidement et succinctement. Et cela peut non seulement atteindre le lecteur par l’esprit, mais également par le cœur. Mon travail m’a aussi permis de m’associer à des femmes dessinatrices à travers le monde — venant de pays tels que l’Arabie Saoudite, l’Iran, la Turquie,l’Argentine, la France — et nous nous sommes assises ensemble et nous avons ri et nous avons parlé et partagé nos difficultés. Ces femmes travaillent si durement pour se faire entendre dans des circonstances très difficiles. Mais je me sens privilégiée de pouvoir travailler avec elles.

Et nous parlons de la façon dont les femmes ont de si fortes perceptions, à cause de notre position fragile et de notre rôle de gardiennes de la tradition, et c’est ainsi que nous pouvons avoir le fort potentiel d’être des agents du changement. Et je pense, je crois vraiment, que nous changeons cette affaire un rire à la fois.

Merci.

(Applaudissements)