«Instituteur, le plus noble des métiers au Pakistan» by Rakesh Mani #SPCG

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* Rakesh Mani est l’auteur d’un livre sur l’éducation en Inde qui va sortir prochainement. Il a participé au programme d’enseignement de Teach For India en 2009. Article abrégé, distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l’autorisation de l’auteur. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur www.dailytimes.com.pk

Source : Daily Times, 2 mars 2011. www.dailytimes.com.pk
Reproduction autorisée.

Bombay – Avec toutes les mauvaises nouvelles venant du Pakistan ces derniers temps, un événement important me redonne enfin de l’espoir et me rend à nouveau enthousiaste. Il s’agit du lancement du programme Teach For Pakistan. Il a pour objectif de permettre à la population défavorisée des villes un plus grand accès à une éducation de qualité. Ce programme consiste à recruter de jeunes Pakistanais hautement qualifiés qui enseigneraient pendant deux ans dans des écoles sans ressources des quartiers pauvres du pays. A long terme, ces «instituteurs» poursuivront leur carrière initiale et finiront sans doute par occuper des postes à haute responsabilité dans différents domaines ; ce seront des personnalités influentes qui continueront néanmoins leur soutien aux initiatives locales en matière d’éducation.

En Inde, le programme Teach for India a démarré à l’été 2009.

Il y a environ deux ans, j’ai été si impressionné par l’impact du travail des organisations éducatives auprès des couches populaires que j’ai décidé de rejoindre Teach For India à Bombay. Mais ce n’était pas si facile. En quittant mon travail de banquier à New York, j’allais m’exposer à une certaine insécurité financière et vivre la vie spartiate d’un instituteur luttant contre des problèmes sociaux et parentaux. Mais je n’étais pas seul. Les 87 autres idéalistes qui comme moi avaient rejoint ce programme, en renonçant à une carrière lucrative à l’étranger, me confortaient dans ma décision.

Ma vision du monde a changé de manière radicale depuis que j’ai vu les dures réalités de la pauvreté de mes propres yeux : l’analphabétisme, le travail des enfants, les mauvais traitements et les privations découlant du système des castes. J’ai été frappé par la contradiction de cette nation moderne mais pauvre, ouverte sur le monde et pourtant extrêmement sectaire.

En réalité, les couches les plus défavorisées de l’Inde et du Pakistan partagent la même misère. Dans les deux pays, l’éducation d’un enfant continue à dépendre, en grande partie, du milieu dans lequel il est né et des origines socio-économiques de sa famille. Si Jawaharlal Nehru et Muhammad Ali Jinnah – respectivement ancien Premier ministre de l’Inde et fondateur de l’Etat pakistanais – pouvaient revoir leurs pays, 63 ans après l’indépendance, c’est l’étendu de l’analphabétisme au sein de la population qui les consternerait le plus. Ils seraient atterrés de voir que la moitié de la population adulte (et plus de la moitié de la population des femmes) soit encore incapable de lire et écrire et dans l’impossibilité de casser le cycle de la pauvreté et de la servitude.

En Inde, 15 enfants sur 100 ne seront jamais scolarisés et sur les 85 enfants qui le seront, 50 pour cent arrêteront l’école avant la dernière année du primaire.

Les difficultés sont nombreuses et ont de multiples facettes. D’abord, l’accès à l’école est limité – surtout dans les régions rurales. Ensuite, dans les écoles existantes, la qualité de l’éducation est très médiocre et l’infrastructure épouvantable. Une enquête récente montre par exemple que seuls 55 pour cent des écoles indiennes disposent de toilettes séparées pour les filles – une des raisons essentielles pour laquelle les parents n’envoient pas leur filles à l’école. Par ailleurs, le taux d’absentéisme chez les instituteurs est très élevé ; quant aux manuels scolaires, outils de propagande pour le gouvernement, leur contenu n’est pas particulièrement adapté à la vie quotidienne des écoliers.

Ici, dans le système éducatif, c’est avant tout l’instituteur qui parle ; les élèves mémorisent et reproduisent ce qu’il dit. Mieux ils le feront, plus ils seront considérés comme de bons élèves. Mais étant donné que les enfants sont forcés de tout apprendre par cœur, ils perdent le sens critique dont ils ont besoin pour réussir dans la vie professionnelle. Ils deviennent passifs sur le plan de l’éducation et surtout plus enclins à accepter les imperfections et les injustices que la société leur fait subir.

La jeune élite qui participe à ces programmes pédagogiques a l’opportunité de fournir aux enfants les outils essentiels pour se défendre et se responsabiliser dans l’Asie de demain. Imaginez la révolution socio-économique qui pourrait se produire si la jeune génération était mieux préparée pour être dans la course aux emplois stables, pour se défendre en justice, pour faire respecter ses droits, pour profiter des avantages qu’offre la technologie et enfin pour participer intelligemment à la vie politique.

Il n’est pas indispensable d’enseigner à plein temps pour être utile, on peut aider de nombreuses façons – donner de son temps et de sa personne étant le don le plus précieux qu’on puisse faire.

Se porter volontaire pour parler de sa vie aux élèves d’une classe est un geste qui permet à ceux-ci de s’ouvrir et de changer d’état d’esprit. C’est ainsi qu’ils apprennent à mieux communiquer et à trouver de bons exemples à imiter. Même simplement, le don ou la lecture de livres faciles avec des images pleines de couleurs – dont les enfants favorisés peuvent facilement disposer – a une grande incidence.

En l’espace de mes deux petites années en tant qu’instituteur, j’ai appris bien plus de choses que je ne pourrai jamais en enseigner. J’espère que, dans les années à venir, davantage de jeunes gens d’Asie du Sud rejoindront et soutiendront les organisations qui oeuvrent dans le domaine de l’éducation, et qu’ils auront des expériences tout aussi profondes que les miennes – sur le plan de l’humilité, de la persévérance et de l’aptitude à diriger.

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