L’aide internationale vue à travers un film : «Journal d’un coopérant»

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J’apprends sur le Net qu’un film intitulé « Journal d’un Coopérant » est sorti en DVD. Ne me souvenant pas d’en avoir entendu parler, je vais sur allocine.fr et je découvre qu’il n’est pas sorti en salles en France.
Je continue quand même mes recherches et j’ai trouvé des critiques qui valent la peine d’être lues…

Mais voici déjà la présentation du film réalisé par un Canadien Robert Morin qui joue en même temps le rôle du coopérant. J’aime beaucoup d’ailleurs comment ce film a été présenté, est-ce une expression typiquement québecoise ?

«Journal d’un coopérant» PREND l’affiche le 26 mars 2010.
Caméra au poing, un électronicien québécois rend compte au jour le jour de son expérience de coopérant au sein d’une ONG en Afrique noire. Bien que désillusionné par les ratés de la coopération internationale, il cherche à aider certains habitants, dont la petite-fille de sa domestique.
Date de sortie en salle: 2010-03-26
Date de sortie en DVD: 2011-02-08
Classement: 13 ans +
Genre: Drame social
Pays: Canada
Année: 2010
Durée: 91 min.
Distributeur: Atopia

Et voici la revue des critiques de la presse canadienne par mes soins

En fait, je ne vous présente que des extraits, j’aurais aimé mettre l’intégralité de ces critiques parce qu’elles sont toutes intéressantes mais en revanche, très longues. Et en ai-je le droit d’ailleurs ?

Journal d’un coopérant: abus collectifs (cyberpresse.ca)
Dans son nouveau film, il [Robert Morin] provoque une fois de plus le malaise en plongeant dans des zones d’ombres qu’on préfère habituellement éviter. Journal d’un coopérant évoque le rapport qu’entretient l’Occident avec le continent africain. Et les abus de toutes natures qui en découlent. À travers le parcours d’un homme modeste, pétri de bonnes intentions, le réalisateur de Petit Pow! Pow! Noël tisse progressivement la toile dans laquelle son personnage va se coincer. Ce ne sera ni joli ni aimable. La métaphore est d’autant plus puissante que le spectateur a parfois l’impression d’y perdre son âme lui-même.
Jean-Marc Phaneuf, à qui Morin prête courageusement ses traits, débarque en Afrique pour la première fois de sa vie à titre de coopérant. Il découvre là-bas un monde où se côtoient d’extrêmes inégalités sociales. Et où, accessoirement, les ressources naturelles sont pompées au profit des sociétés de consommation, lesquelles envoient en échange l’expertise de différentes organisations non gouvernementales afin de venir en aide aux populations dépouillées.
[…] À la dénonciation des intérêts divers de l’aide internationale et de ses ramifications s’en ajoute une autre, de nature plus intime, plus choquante encore.

La manière qu’emprunte l’auteur cinéaste pour évoquer cet aspect des choses constitue un tour de force. Subrepticement, des indices sont parsemés. Puis, la problématique est abordée frontalement en empruntant le point de vue du protagoniste. D’où l’aspect très dérangeant de la chose, que certains spectateurs rejetteront viscéralement.
[…]

Journal d’un coopérant de Robert Morin: ainsi sois-je… (cyberpresse.ca)
Attention: un thème peut en cacher un autre. Officiellement, Journal d’un coopérant pose un regard sur les ratés de la coopération internationale. Sous la gouverne de Robert Morin, le récit glisse évidemment vers autre chose…
[…] Même sans se lancer dans un quadruple axel suivi d’une triple boucle piquée, il y a une foule de choses intéressantes à dire sur ce projet unique dans les annales du cinéma québécois. À partir du 26 mars, jour de la sortie du film, toutes ces choses-là risquent pourtant d’être écartées au profit d’une discussion délicate – peut-être même douloureuse – qui, à n’en point douter, surgira au moment où le film sera révélé au grand jour.
«Je suis très content de cet effet, affirme le cinéaste. J’aime le cinéma qui dérange, qui nous confronte à nos zones d’ombre. J’aime sortir d’un film avec des points d’interrogation dans la face!
Quand on veut faire un cinéma qui questionne, on n’obtient pas toujours les réponses les plus rassurantes. Je préfère de loin poser ces questions, quitte à être mal compris, plutôt que de me vautrer dans des certitudes et faire un film plate!»

Point d’usurpation dans le titre: le film est construit comme un journal intime que Phaneuf rédige avec sa caméra au fil des jours. Bien sûr, ses idéaux sur l’aide humanitaire s’étiolent au gré des désenchantements liés aux rouages d’un système miné de l’intérieur. Morin s’est offert le luxe de solliciter l’apport du public pendant deux mois en tenant le journal de Phaneuf sur le web.
[…] Le cinéaste sait que son nouveau film suscitera bien des discussions. Il le revendique.
«Toucher le spectateur, ça ne veut pas obligatoirement dire le faire pleurer et lui donner un happy end en épilogue. Ça veut aussi dire le déranger, le bousculer, le confronter à des idées reçues. Mon travail, c’est de provoquer, de questionner.»
Telle est la force d’un cinéaste singulier qui ne filme jamais pour ne rien dire, conclura-t-on en effectuant un dernier triple lutz.

Journal d’un coopérant…un sujet chaud (canoe.ca)
Michelle Coudé-Lord
Produit par la Coop vidéo de Montréal, le film Journal d’un coopérant du scénariste et réalisateur Robert Morin nous est présenté en plein coeur d’une actualité chaude.
Est-ce que l’argent envoyé dans les pays en difficulté va au bon endroit? Le réalisateur croit que même si les intentions sont bonnes, il y a bien des choses à corriger.
[…]
C’est une fiction qui raconte l’histoire d’un gars, Jean-Marc Phaneuf, qui fut mal aimé dans sa vie et croit que la coopération pourra changer les choses, le cours de sa vie. Or, il perdra plusieurs de ses illusions qui lui restaient.

Il s’engage de bonne foi dans la coopération, croyant avoir trouvé un bon moyen d’aider, mais il verra qu’il n’est au fond qu’un pion dans une grosse machine pas nécessairement et complètement honnête. Ça traite de trahison et d’abus de pouvoir.
QU’EST-CE QUI VOUS A INSPIRÉ CETTE HISTOIRE?

J’accompagnais ma femme, Andréline Beauparlant, directrice artistique du film Un dimanche à Kigali, tourné en Afrique, et j’ai réalisé alors l’ampleur du problème de la coopération. Je voyais un pays envahi par l’aide internationale; j’ai vu ces grosses bagnoles rutilantes se promener dans les rues de la ville dévastées; ces maisons avec des piscines.
La coopération me fait penser au Klondike, à la ruée vers l’or des saloons d’autrefois, des films de cowboys. Il y a des gens qui font du bon boulot, mais comme je le montre dans mon film, je crois que la majorité de l’argent envoyé est détourné dans les poches des dirigeants de ces pays-là.
[…] QU’AIMERIEZ-VOUS QUE LES GENS RETIENNENT DU JOURNAL D’UN COOPÉRANT?
Que les choses ne sont ni noires, ni blanches. Et qu’il faut faire en sorte que l’argent qu’on donne se rende vraiment aux gens sur le terrain, aux populations. Il faut trouver de meilleurs mécanismes.

Robert Morin, Double visage (ledevoir.com)
Avec Journal d’un coopérant, Robert Morin réduit en charpie le mythe de l’aide internationale à travers un personnage à double visage qu’il incarne lui-même.
Odile Tremblay
[…] Ce film a déjà fait couler beaucoup d’encre, puisque le cinéaste avait entrepris de le diffuser en fragments sur le Web, appelant l’internaute à modifier son cours. Une première du genre. «La construction du film le permettait. Chaque jour avait son chapitre livré au fur et à mesure.» Mais l’expérience fut moins concluante que prévu. Il espérait recevoir de ses correspondants des scènes vidéo significatives à incorporer peut-être au film. «J’ai surtout reçu des messages écrits, la plupart sans grand intérêt. Les gens qui s’expriment sont plutôt conservateurs et veulent du Walt Disney. Si j’avais suivi leurs avis, j’aurais eu un happy end… Certains croyaient l’action réelle et ne voyaient pas que je tournais une fiction. Mais environ 2 % des commentaires m’ont été utiles pour mieux définir la psychologie de mon personnage.»
[…] la corruption, la violence du pays, les désillusions de tous ordres et ses doutes transformés en certitudes sur l’inefficacité du système, sans oublier ses pulsions personnelles qui le poussent vers une préadolescente, l’entraînent dans un gouffre. «J’ai utilisé l’ellipse pour les scènes de sexe. C’était plus fort. Ce que je désirais avant tout était de créer une métaphore entre l’aide internationale et le rapport aux enfants», précise Morin.
[…] Le cinéaste affirme avoir éprouvé un grand plaisir à incarner ce personnage ambigu qui passe du docteur Jekyll à monsieur Hyde. «Ce fut le plus grand rôle de ma vie et je l’ai poussé à la hauteur de mes limites.»

Dans le Journal d’un coopérant (showbizz.net)
Par Martin Gignac.
[…] «Je voulais faire autre chose qu’un cinéaste pendant une couple d’années, dit le metteur en scène, rencontré dans un restaurant montréalais qui semble émaner des années 1950. Être vraiment utile, faire quelque chose de concret. Je suis assez adroit de mes mains. En faisant des recherches, je me suis dis «bon, à qui je vais prêter mon marteau «. Je suis tombé sur un paquet de statistiques là-dessus… J’y suis allé avec ma conjointe qui a fait la conception visuelle de «Un dimanche à Kigali». J’ai pu prendre la mesure de ce que c’est sur le terrain, ces belles jeeps blanches parmi des tacots en taule. Il faut voir ces espèces de classes sociales qui existent, que les coopérants créent eux-mêmes.»
Si la région n’est jamais identifiée, c’est pour protéger des amis et des collaborateurs qui lui ont prêté main-forte. «On n’a jamais eu de permissions pour tout, raconte le créateur de «Requiem pour un beau sans-coeur». Il y a des choses qu’on a cachées.

[…] «C’est un film sur la trahison, avoue-t-il avec sourire. Il y a deux trahisons à travers du film et j’espère que le film en créera une chez le spectateur aussi. On l’haït à la fin, mais on ne le condamne pas.
[…]
«Journal d’un coopérant» regorge de thèmes sociaux, économiques, politiques et humains. Il ne fallait pas en mettre un de l’avant au détriment des autres, mais créer une unité globalisante.
[…]Pour
moi, un drame, ce n’est pas du Michael Moore. On ne dénonce pas une chose. On est dans la souffrance intérieure d’un être humain qui vit des choses. Il est aussi fragile par rapport au monde de la coopération que la petite fille l’est par rapport au monde des adultes. C’est ça l’idée du film. Je ne voulais pas faire l’Afrique clichée. Non, c’est un monsieur ordinaire. Et en grattant le bobo, la gale s’agrandit.»


Un Journal d’un coopérant à décrypter (lecinema.ca)
par Martin Gignac
Robert Morin continue à faire ce qu’il sait le mieux dans «Journal d’un coopérant», un essai dérangeant et caustique sur les maux qui affligent l’Afrique… et l’être humain. Peut-être pas aussi essentiel que ses dernières missives, mais néanmoins toujours dans une classe à part.
[…] Cette fois, un homme foncièrement bon et sympathique aux yeux du spectateur devra affronter ses démons et ses vices. Cette quête personnelle et intérieure est doublée d’un regard acidulé sur l’Afrique.
[…] il ramène tout à l’homme à travers d’éloquents exemples qui n’évitent cependant pas certains stéréotypes.
«Journal d’un coopérant» n’élargira probablement pas l’auditoire d’un des meilleurs metteurs en scène du Québec. Il satisfera toutefois ses admirateurs par sa touche authentique si loin de tout impératifs commerciaux. Une odyssée imparfaite mais néanmoins captivante qui rappelle que la nature humaine est composée de dominants et de dominés.

Amen (là, c’est moi qui le dis).

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