«Aujourd’hui, ma voix a compté : mon voyage express au Caire» by Hoda Osman #SPCG

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* La journaliste Hoda Osman travaille à New York. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 25 mars 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Le Caire – A l’approche de l’aéroport, je ne me tenais plus d’impatience. Je souriais béatement. J’en étais sûre maintenant : j’avais eu raison de décider, au dernier moment, de prendre l’avion de New York au Caire pour venir participer au référendum constitutionnel.

Je sortis de l’avion en toute hâte. Les bureaux de vote avaient ouvert tôt le matin même. Les Egyptiens pouvaient enfin goûter à la démocratie.

Pendant les 30 ans que dura le pouvoir d’Hosni Moubarak, la participation aux élections était pitoyable. Des affiches proclamant “Oui, Moubarak” fleurissaient dans toutes les villes à mesure que le jour du scrutin approchait. Tout était truqué. Le lendemain du vote les gros titres proclamaient le plus souvent : “Moubarak : oui à 99 %”.

Les gens ne voyaient pas l’utilité d’aller voter, ça se comprend. Mais les choses ont changé.

La révolution du 25 janvier a fait beaucoup plus que de renverser le régime. Elle a donné le pouvoir politique au peuple. Les citoyens se sont intéressés à la politique, comme en témoigne l’augmentation du tirage des journaux et de l’audimat des émissions politiques. Selon “Revolution 2.0”, rapport publié par l’entreprise technologique égyptienne Techno Wireless, le recours à l’internet pour trouver l’information et discuter des problèmes du moment sur les sites sociaux a doublé.

Le gouvernement intérimaire du Conseil militaire suprême proposait six amendements constitutionnels, dont l’un limite l’exercice de la présidence à deux mandats de quatre ans. Moubarak était resté 30 ans à la tête du pays, ses mandats pouvant être renouvelés indéfiniment. Mais, deux jours avant le référendum, nous n’avions plus de doute : nous n’allions pas rater ça ! En quelques heures, nous avions réservé nos billets d’avion, casé les enfants, fait les valises et pris le chemin de l’aéroport.

Il faisait grand soleil au Caire. Sur la route de l’aéroport, je me rappelai la première fois que j’avais voté, à l’élection présidentielle américaine de 2008. A l’époque, une impression puissante, que je n’avais jamais éprouvée, m’avait envahie. Avec nostalgie, je comprenais aussi que les Egyptiens étaient privés de ce sentiment.

Voter engendre l’accoutumance. Depuis ma première participation je n’ai pas raté un seul scrutin, ni dans ma ville ni dans mon état. J’y vais toujours avec mes deux enfants de 4 et 6 ans en remorque, pour qu’ils puissent apprécier et profiter de ce que je n‘ai jamais eu.

Une Egypte démocratique : quel rêve impensable ! Pourtant, deux ans après avoir utilisé mon premier bulletin de vote, je me rendais effectivement dans un bureau de vote cairote pour y déposer mon premier bulletin égyptien. L’émotion m’a saisie à la gorge lorsque j’ai vu les longues files d’attente. Jeunes et vieux, hommes et femmes, riches et pauvres, faisaient la queue sur plus d’un kilomètre pour accomplir leur devoir électoral, la plupart d’entre eux pour la première fois. Sur un électorat potentiel de 45 millions de personnes, 18 millions sont allés voter.

Les gens qui faisaient la queue avec nous étaient aux anges. Un lien fort nous unissait tous, indépendamment de nos opinions.

Les Frères Musulmans et les membres du parti de l’ancien président, le Parti démocratique national (NDP), tenaient pour le “oui”. D’autres, surtout des gens de gauche, étaient en faveur du “non”, car des élections législatives rapprochées auraient avantagé les Frères et le NDP, puisque les nouveaux partis n’auraient pas le temps de s’organiser.

Nous avions décidé de voter “non”. En nous rapprochant de l’escalier qui conduit à la salle de vote au premier étage, nous croisions ceux qui revenaient de la salle de vote, arborant un grand sourire et brandissant leur doigt teinté de rose, celui qui garantit que personne ne votera plus d’une fois.

Maintenant, c’était à moi. En descendant l’escalier après avoir mis mon bulletin dans l’urne, je brandis bien haut mon doigt rose et me mis à crier : “Enfin, notre voix compte!” Les gens se sont mis à crier : “Oui, notre voix compte!”

Nos voix comptent. Les résultats sont sortis. 77 pour cent des Egyptiens ont voté oui, mais, pendant une journée entière, ces mêmes Egyptiens n’ont pas connu le résultat. Ne pas connaître le résultat à l’avance, quel luxe, c’est magique!

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