Parler à ma place : «Qui veut la peau du micro-crédit ?»

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Voilà le titre du dernier billet – en date du 15 mars – d’Arnaud Poissonnier posté sur le blog de youphil, concernant la microfinance. Une analyse très intéressante à lire…
Il se trouve que sur le Service de Presse Common Ground, une note – datée du 25 mars – parle également de ce qui est arrivé au «père» du micro-crédit alors je les ai rassemblés dans ce billet-ci, par ordre chronologique.
A l’attention de Monsieur Arnaud Poissonnier, je me suis permise de mettre l’intégralité de votre article.

«Note au Bangladesh : Pourquoi changer une équipe qui gagne?» By Eliot Daley
* Eliot Daley est un journaliste basé à Princeton, dans le New Jersey, qui s’intéresse particulièrement à la microfinance. Les lecteurs peuvent envoyer leurs commentaires sur www.eliotdaley.com. Article écrit pour le service de presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 25 mars 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Princeton (New Jersey) – Demandez à n’importe quel Américain ce qu’il pense du Bangladesh et il y a des chances pour qu’il vous réponde : c’est un pays arriéré, en proie aux inondations, à la sécheresse, à la surpopulation et à la pauvreté; et/ou, c’est un endroit privilégié où l’innovation sociale, symbolisée par la révolution du micro-crédit de Mohammed Yunus, soutenue par des donateurs, le gouvernement et les pauvres eux-mêmes, a attiré l’attention du monde entier. La Grameen Bank, créée par Mohammed Yunus, a permis à 8 millions de femmes pauvres au Bangladesh d’emprunter de très petites sommes d’argent pour lancer des entreprises à domicile et travailler afin de sortir leurs familles de la pauvreté.

Malheureusement, le gouvernement de la banque centrale du Bangladesh – qui régule la Grameen Bank – a donné l’ordre au conseil d’administration de la Grameen Bank de renvoyer, sans plus tarder, Muhammad Yunus, le fondateur et directeur général de la banque. Il a été fait appel de cette ingérence devant les tribunaux qui vont très prochainement statuer. La société civile internationale a récemment fait entendre son point de vue sur la question et ceux, dans le pays, qui sont soucieux de soutenir le mouvement pourront peut-être convaincre le gouvernement bangladais de revoir sa position en agissant maintenant auprès de ses membres, dans la mesure où l’opinion mondiale a de l’importance à leurs yeux.

Une Grameen bank indépendante dirigée par Mohammed Yunus vaut sans nul doute la peine d’être sauvée. Mohammed Yunus et la Grameen Bank, qu’il a fondée, se sont vu attribuer le prix Nobel de la Paix en 2006. Un nombre incalculable de personnes ont souhaité adopter ce modèle dans d’autres pays, y compris aux Etats-Unis. Les clients de la Grameen, parfaits exemples d’entreprises privées en marche – des femmes qui ont commencé avec, en tout et pour tout, un petit emprunt – possèdent maintenant 75% des actions de l’institution et 96,5% du capital d’apport de la banque. Partout dans le monde, des gens ont voulu reproduire le succès de cette entreprise et, aujourd’hui, plus de 125 millions d’emprunteurs montrent que les plus pauvres d’entre nous sont non seulement solvables mais aussi capables de faire preuve d’un remarquable esprit d’entreprise.

L’ordre de la banque centrale du Bangladesh témoigne d’une volonté brutale et déroutante de faire annuler la décision prise par le conseil d’administration de la Grameen (qui se compose de neuf femmes clientes et actionnaires et de trois représentants du gouvernement), il y a plus de dix ans, d’échapper aux dispositions prévues concernant l’âge de la retraite pour que M. Yunus, âgé de 70 ans aujourd’hui, puisse demeurer le directeur général de la banque. L’ingérence dictatoriale de la banque centrale va totalement à l’encontre de la position du gouvernement qui insiste depuis tant d’années pour que les banques fonctionnent comme des institutions privées indépendantes, renonçant à son droit de propriété, sans parler du fait qu’il a toléré pendant dix ans la présence de M. Yunus à la tête de la banque et ce, bien qu’il eût dépassé l’âge de la retraite fixé à 60 ans.

La Grameen Bank profite au monde entier. Elle se trouve peut-être au Bangladesh mais c’est un symbole mondial qui sert un objectif mondial. On peut affirmer que plus de 125 millions d’emprunteurs de microcrédits dans le monde ont accès aux services financiers selon le modèle et les normes fixées par la Grameen Bank qui a servi de catalyseur à la microfinance au niveau mondial. Lorsque M. Yunus a reçu le prix Nobel de la Paix, le comité suédois du Nobel a déclaré: «… une paix durable ne pouvait être obtenue sans qu’une partie importante de la population trouve les moyens de sortir de la pauvreté. Le microcrédit est l’un de ces moyens. Le développement de la base permet aussi de servir la démocratie et les droits de l’homme.»

La Grameen Bank doit son génie et son essence à son total engagement auprès de ses emprunteurs et de personne d’autre. L’ingérence gouvernementale risque seulement de perturber l’engagement croisé des emprunteurs à l’égard de la banque ; un engagement attesté par le remarquable taux de remboursement des prêts, le fait que le capital de la banque leur appartient, les quelque USD 800 millions de dépôt à la banque (soit les deux tiers du total des biens de la Grameen Bank) et la gestion très efficace du conseil d’administration et de sa mission. Le Bangladesh a jusqu’ici pris la bonne décision en protégeant l’indépendance de ses banques. Cela dépasserait l’entendement s’il devait violer cette règle au détriment de la banque la plus indépendante.

Mohammed Yunus a écrit : «Le mouvement du microcrédit qui se développe tout autour pour l’argent et avec de l’argent, ne porte étrangement pas sur l’argent. Il s’agit d’aider les personnes à atteindre tout leur potentiel. Il ne s’agit pas de capital en numéraire, il s’agit de capital humain. L’argent est plutôt un moyen qui libère les rêves et aide même les plus pauvres et les plus défavorisés sur cette planète à atteindre dignité et respect et à donner un sens à leur vie.»

Demandons instamment au gouvernement du Bangladesh de continuer à respecter, comme il l’a fait depuis si longtemps, l’indépendance de la Grameen Bank. Des démarches auprès du Premier ministre bangladais, sheikh Hasina, et des ambassadeurs du Bangladesh auprès des pays étrangers et des Nations unies pourraient permettre de rétablir l’indépendance de la Grameen Bank et l’extraordinaire leadership de M.Yunus.

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Qui veut la peau du microcrédit?
Contributeur Arnaud Poissonnier | 15/03/2011
La crise de la microfinance en Inde et le renvoi du « père du microcrédit » Muhammad Yunus de la direction de la Grameen Bank jettent à tort le discrédit sur une pratique qui permet de lutter contre la pauvreté, analyse Arnaud Poissonnier, cofondateur de Babyloan.
http://www.youphil.com/fr/article/03629-microfinance-yunus-crise?ypcli=ano
Depuis quelques semaines, la microfinance occupe à nouveau les devants de la scène. L’éviction du Professeur Yunus de la tête de la Grameen Bank et plus largement les messages très négatifs véhiculés sur ce secteur menacent une fois de plus ce bel outil de développement. La microfinance est-elle réellement menacée ou condamnée comme l’annoncent certains? Retour sur les derniers événements.
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, a donc été évincé, mardi 1er mars, de la direction générale de la Grameen Bank, qu’il a fondée et qu’il dirige depuis 1983. La Haute Cour de Dacca a entériné une décision prise la semaine précédente par la Banque centrale du pays, et contestée par le professeur devant la Cour Suprême du Bangladesh.
Que reproche la Banque centrale à Muhammad Yunus? De s’être maintenu depuis 2000 à la direction de la Grameen Bank au-delà de la limite légale de 60 ans, avec l’accord de son conseil d’administration, y compris des trois représentants de l’Etat, sans que cette décision ait été formellement validée par la Banque centrale. Un limogeage… avec dix ans de retard! Cette éviction ne fait donc que confirmer l’atmosphère de règlement de compte politique qui règne sur cette affaire.
Un enjeu au coeur de cette bataille: l’indépendance de la Grameen Bank
Depuis l’annonce de son renvoi, le prix Nobel de la paix a contre-attaqué en dénonçant « une situation tout à fait absurde » indiquant que « le gouvernement veut aujourd’hui prendre le contrôle du conseil d’administration de la Grameen Bank pour qu’elle soit complètement à sa disposition ».
L’enjeu de cette bataille politique? L’indépendance de la Grameen Bank, que le gouvernement du Bangladesh assimile à une entité du secteur public alors que plus de 95% de son capital est détenu par les quelque 8 millions de femmes pauvres emprunteuses et que l’Etat ne détient que 25% des sièges à son conseil d’administration.
Les mouvements et déclarations de soutien à Yunus se multiplient de par le monde: les femmes bénéficiaires du microcrédit et actionnaires de la Grameen Bank, l’ensemble des acteurs du secteur mais aussi des personnalités comme Hilary Clinton, Maria Nowak, présidente de l’Adie, Martin Hirsch, Michel Camdessus, etc. Les Français sont d’ailleurs invités à venir manifester leur soutien au prix Nobel ce mercredi 16 mars au Trocadéro.
Les dérives de la microfinance, un marronnier journalistique
Quelques semaines après le scandale de SKS en Inde (à ce sujet vous pouvez lire mon article sur les dérives de la microfinance indienne), cette affaire fait ressurgir les polémiques liées à la microfinance, aujourd’hui triste marronnier médiatique, comme en témoigne ce sujet consacré au à la microfinance indienne diffusé au JT de 20H00, le 9 mars sur TF1.
Rien ne va plus au pays du micro-crédit
Après avoir été encensée, peut être avec excès, la microfinance devient une abomination qui asservirait les pauvres, au lieu de contribuer à leur rendre dignité et de mettre à leur disposition des moyens d’entreprendre. Il n’est plus question que de méthodes de recouvrement inacceptables, d’introduction en bourse, de taux usuraires, de surendettement, voire de suicides…
La microfinance, une poule aux oeufs d’or?
Mais les dérives et les conséquences d’une partie de la microfinance trop mercantile, dont les medias font désormais leurs choux gras, ne sont pas représentatives de l’ensemble des acteurs de la microfinance.
C’est dans ce contexte que de très dangereux raccourcis médiatiques ne cessent de se multiplier; le limogeage du professeur Yunus est présenté comme une conséquence de la crise du secteur alors qu’il ne s’agit que d’un règlement de compte politique, les 15.000 suicides de fermiers dans la région de l’Andhra Pradesh sont mis en relation avec le surendettement, dont le microcrédit porterait la responsabilité, alors qu’il y avait malheureusement tout autant de suicides ruraux quand le microcrédit n’existait pas sur place, la microfinance est présentée comme « une poule aux œufs d’or » alors que 80% des 10.000 Institutions de microfinance (IMF) dans le monde sont en perte,  la microfinance conduirait à l’appauvrissement de 75% de ses bénéficiaires alors qu’aucun spécialiste sérieux du secteur n’a jamais défendu une telle affirmation.
Les taux à 26% (taux moyen dans le monde et en baisse constante) qui ne seraient qu’usure alors que les vrais usuriers du coin dont personne ne parle facturent sans scrupules 300%, eux! Et pourquoi les JT ne font-ils pas de reportages sur ces « Loan Sharks »? (surnom local des usuriers)? Sans doute parce qu’ils ne feront pas la Une, comme Muhammad Yunus!
Présentées comme des généralités sorties de leur contexte, ces « news » sont bien souvent de pures contre-vérités, divulguées par certains par méconnaissance du secteur ou par esprit de racolage…
Des experts délaissés
Isabelle Guérin, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement qui fût l’une des premières à dénoncer les dérives du secteur, analyse pour le journal La Croix: « certains disent qu’il y a trop d’argent dans le secteur. Il n’y en a pas trop, mais il est concentré dans des institutions très médiatisées, alors que des établissements plus modestes œuvrent véritablement pour le bien être des gens. A côté de la microfinance commerciale et ses dérives, existent des acteurs, à l’expertise remarquable, qui sont actuellement délaissés. »
Que l’on ne se méprenne pas, le propos n’est pas ici d’éluder ou de nier les débats et les questions qui dérangent, et il est bon que les médias sensibilisent les acteurs du secteur et le public sur ces dérives. Le fait que l’on parle à nouveau d’impact social plus que de retour sur investissement en est une conséquence et c’est une bonne nouvelle.
Nous nous sommes d’ailleurs fait à plusieurs reprises l’écho de ces débats dans ces mêmes colonnes. Il est par contre extrêmement dangereux que certains de ces medias présentent ces dérives comme si elles étaient inhérentes à la microfinance elle-même.
Apprentis sorciers
Il en va de même de certains apprentis sorciers d’Etat qui, par pure démagogie, tentent de reprendre la main pour tout régenter. Ils mettent bien souvent – mais en ont-ils conscience – gravement en danger l’ensemble du secteur lui faisant courir un risque systémique d’assèchement de ses ressources. Faut-il rappeler que 160 millions de personnes par le monde vivent du développement de leur activité d’autosubsistance elle-même financée par le microcrédit?
Nos visites régulières sur le terrain confortent les informations qui nous remontent de tous les spécialistes du secteur; il est une grande majorité de pays et de zones où les bénéficiaires de microcrédit ne sont nullement concernés par ces dérives, mais ceux-là ne semblent pas avoir les faveurs des médias. C’est bien triste.
Il est donc plus que jamais essentiel que la communauté des acteurs de la microfinance se mobilise pour défendre sans relâche la microfinance sociale et le microcrédit responsable tout en poussant à son amendement dans les zones troublées. Le microcrédit reste sans conteste et quoi qu’on en dise, l’un des plus beaux outils d’expression de la dignité humaine.

Il faut sauver la microfinance
Melting pot YOUPHIL | 01/12/2010
Neuf grands pontes de l’économie lancent un appel pour aider la microfinance, affectée par la crise indienne.
Suicides à répétition, pression des emprunteurs, taux d’intérêt élevés… La crise de la microfinance en Inde jette l’opprobre sur l’ensemble de ce secteur de l’économie solidaire. Neuf professeurs d’économie indiens, français ou américains, exerçant dans les universités les plus prestigieuses, lancent un appel pour sauver la microfinance.
Certains ont fait, à tort, le parallèle entre cette crise et celle des subprimes”, expliquent-ils dans cette tribune publiée dans le journal Le Monde“La microfinance répond à un besoin essentiel: la mise à disposition de services financiers à des clients à bas revenus”, rappellent les signataires de l’appel, parmi lesquels la célèbre économiste du développement Esther Duflo. A moyen terme, les auteurs préconisent une meilleure réglementation de la microfinance.
Lire le reste de l’article sur le site du Monde.

Microfinance indienne: les raisons d’une dérive
La course au rendement commercial doit cesser, explique Arnaud Poissonnier, cofondateur du site de microcrédit en ligne Babyloan.
Contributeur Arnaud Poissonnier | 03/12/2010

ANALYSE La microfinance haïtienne au bord du gouffre
Fragilisé à la suite du tremblement de terre, le microcrédit constitue pourtant un outil indispensable à la reconstruction de l’île.
Contributeur Arnaud Poissonnier | 09/07/2010

BILLET D’HUMEUR Ma semaine avec Muhammad Yunus
Le prix Nobel de la paix était venu défendre le business social à Paris début février. Arnaud Poissonnier, fondateur du site de microcrédit en ligne Babyloan, l’a suivi. Journal de bord.
Contributeur Arnaud Poissonnier | 09/02/2010

CINÉMA Avec le film « 8 », les « cinéphilanthropes » crèvent l’écran
Wim Wenders, Jan Kounen et six autres cinéastes de renom ont réalisé des courts-métrages sur les Objectifs du millénaire pour le développement.

| 04/02/2010 Contributeur Arnaud Poissonnier

DÉBAT La microfinance en eaux troubles
Contributeur Arnaud Poissonnier | 07/12/2009
Alors que pointent ici et là des critiques contre le microcrédit, le fondateur de la plateforme de microfinance BabyLoan tappe du poing sur la table.

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