Joyeuses Pâques : « Jérusalem ou le partage du passé » by Yonathan Mizrachi* #SPCG

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« Who controls the past, controls the future; who controls the present, controls the past. » (George Orwell, 1984)

Telle est la citation que je lis sur le site  «Archaeology in Jerusalem : Past and Present» après avoir lu le billet Jérusalem ou le partage du passé publié sur SPCG et dont je mets l’intégralité sur mon blog comme à mon habitude.

Jérusalem ou le partage du passé par Yonathan Mizrachi*

*Yonathan Mizrachi est archéologue et membre de l’organisation Emek Shaveh (www.alt-arch.org), qui s’efforce d’établir un lien entre l’archéologie et le conflit israélo-palestinien. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 22 avril 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

22 avril 2011

Jérusalem – Le village palestinien de Silwan, dans la partie orientale de Jérusalem, se trouve à une centaine de mètres du Mont du Temple /Dôme du Rocher. C’est là que vivent 40 000 Palestiniens et près de 400 colons juifs. Le village comprend aussi un grand site archéologique qui a pour nom la «Cité de David».

Ces derniers mois, il y a eu une escalade de la violence entre colons, résidents palestiniens, activistes israéliens et policiers. A plusieurs reprises, constructions et barrières à l’intérieur du site archéologique ont été réduites en cendres. L’accès à certaines parties du site est désormais fermé aux visiteurs le vendredi, jour particulièrement propice aux affrontements.

Il pourrait sembler improbable que les objets anciens soient sujets de discorde et pourtant les deux parties se servent des vestiges du passé pour légitimer leurs revendications de souveraineté sur Jérusalem. Silwan, occupé par Israël en 1967, est sans aucun une des zones les plus sensible de Jérusalem. De plus, le fait que le site de la Cité de David soit administré conjointement par les autorités israéliennes et une organisation de colons juifs a placé ses vestiges archéologiques au centre de l’affrontement national actuel.

Jérusalem est une ville complexe, tant d’un point de vue politique que d’un point de vue archéologique. La Cité de David renferme des objets qui datent de la fondation de Jérusalem pendant le royaume de Judée, que la Bible nous a fait connaître, mais aussi des objets appartenant à bien d’autres périodes. Parmi ces vestiges, il y a les murs de la cité qui remontent au XVIIIe siècle avant J.-C. et un quartier résidentiel de la période abbasside (qui date du VIIIe siècle) pour ne citer que ceux-là.

Malgré la diversité des cultures et des traditions dans cette région, l’histoire centrale racontée aux visiteurs du site archéologique de la Cité de David est l’aspect de l’histoire de Jérusalem qui parle avant tout aux juifs. Sont omises les histoires concernant les objets trouvés sur le site qui témoignent de l’existence d’autres cultures et religions, dont certains sont particulièrement importants pour les résidents palestiniens.

Malheureusement, les résidents palestiniens qui ont toujours été fiers de vivre dans l’un des endroits où Jérusalem a vu le jour ont été exclus de l’histoire. C’est d’autant plus déplorable que Jérusalem est considérée comme une ville sacrée pour toutes les religions abrahamiques.

Face à cette réalité, un groupe d’archéologues et d’activistes sociaux israéliens ont créé Emek Shaveh, une organisation non gouvernementale qui se consacre à promouvoir l’idée que le passé appartient à tout le monde – quels que soient les liens religieux ou nationaux.

Tout objet archéologique raconte une histoire complexe qui est indépendante des traditions et des croyances contemporaines. Ecouter les commentaires et ce qu’ils nous racontent sur l’histoire de Jérusalem pourrait enrichir notre culture actuelle et promouvoir la tolérance et le pluralisme. Les richesses culturelles des sites archéologiques sont inséparables de la richesse culturelle de la terre et appartiennent à toutes les communautés, à tous les peuples et à toutes les religions qui partagent cette terre.

Bien qu’intéressée par les cultures du passé, l’archéologie s’exerce au présent. Selon nous, les autorités chargées d’entreprendre des recherches sur le passé, en particulier les archéologues et l’autorité archéologique d’Israël, peuvent et doivent inclure dans leurs fouilles les résidents qui vivent à l’intérieur du site et autour de celui-ci, partager avec eux les résultats de leurs recherches et se comporter de manière à montrer de la considération pour le patrimoine et la culture de la communauté locale.

En outre, un site comme la Cité de David devrait être géré par les autorités officielles israéliennes en coopération avec les résidents locaux, et non par une organisation de colons qui a des intérêts politiques. La dépolitisation du site archéologique permettrait aux résidents de considérer l’archéologie non pas comme un instrument servant à les priver de leurs droits mais plutôt comme une ressource pour leur bien-être économique et culturel.

Par ailleurs, nous estimons que des voies de communication et de coopération entre archéologues et résidents locaux renforceraient le lien entre les résidents, leur quartier et leur histoire et constitueraient la meilleure manière de sauvegarder et de préserver les vestiges du passé dans l’intérêt de l’ensemble des communautés.

Pour préserver le patrimoine de Jérusalem, toutes les parties doivent rendre les antiquités accessibles à tous et se rappeler qu’à côté de leur propre patrimoine il y a celui des autres qui ne revêt pas moins d’importance. Reconnaître cela est important pour les résidents palestiniens de Silwan, la société israélienne et toute personne souhaitant un avenir meilleur aux parties en conflit.

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