Leçons à tirer de la culture du pluralisme religieux selon Alex Stein #SPCG

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Voici donc l’article «L’Inde: Que peut-elle enseigner à Israël?» By Alex Stein lu sur  SPCG. Et je rajouterai « à tout le monde »…

* Alex Stein (alex.stein@talk21.com) vit à Tel Aviv et est un activiste auprès des Combattants pour la Paix. Il blogue sur falsedichotomies.com. Cet article fait partie d’une série sur la globalisation et le pluralisme religieux écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews)

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 20 mai 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Tel Aviv – En juin prochain, je vais partir en Inde pour un séjour d’un an. Avec la globalisation et les changements considérables dans notre manière de concevoir les loisirs, voyager est devenue une activité pratiquée par un très grand nombre d’individus, particulièrement en Occident. Le fait d’aller en Inde pour une si longue période sera pour moi l’occasion de poser des questions et de satisfaire ma curiosité.

Je me demande en premier lieu comment mon voyage pourra influencer mon regard sur mon propre pays, Israël, et en particulier sur le conflit arabo-israélien?

Malgré des différences considérables et évidentes, il y a des points communs étonnants entre Israël et l’Inde. Les deux pays sont devenus des nations souveraines grâce à la partition opérée à la fin des années 40; auparavant, leurs territoires appartenaient à l’Empire britannique. Les deux pays ont été, de facto, des Etats à parti unique durant 30 ans avec une rivalité politique concentrée au sein du parti (fondateur de gauche) plutôt qu’entre différents partis. Dès les années 80, une droite forte, revendiquant un nationalisme religieux et issue de mouvements ayant auparavant usé de la manière forte, apparaît. Elle devient un acteur important au sein du gouvernement, comme en témoignent le Likoud en Israël et le Bharatiya Janata Party (le Parti du peuple indien) en Inde. Les deux pays ont mené plusieurs guerres contre leurs voisins pour des questions de territoires. Tous deux ont une minorité musulmane de près de 20%. Tous deux sont des Etats modernes qui reposent sur des civilisations anciennes en quête de renouvellement.

Ce qui fait défaut à Israël, néanmoins, c’est une solide culture du pluralisme, laquelle est très développée en Inde. Lors de ma première visite en Inde, durant l’été 2008, j’ai été frappé par la diversité religieuse de ce pays. J’ai fait une randonnée avec des sikhs jusqu’au lieu de pèlerinage de Hemkund; je me suis assis avec des musulmans au sanctuaire du saint soufi Nizamuddin Auliya du XIIIe siècle et j’ai marché avec des hindous à travers les célèbres temples de la ville de Khajuraho. Cette diversité caractérise le pays tout entier, qu’il s’agisse de la langue, de la nourriture et de la littérature. Bien que la majorité des Indiens soient hindous, la manière dont chaque groupe pratique sa religion est remarquablement variée et pluraliste – et tout cela dans un pays doté d’une constitution foncièrement laïque.

Certes, il y a encore de graves problèmes – violence communautaire, guerre du Cachemire, conflit avec le Pakistan, corruption et pauvreté étendue. Toutefois, nous pouvons beaucoup apprendre de l’Inde et je pense qu’elle offre un prisme particulièrement intéressant au travers duquel étudier le cas d’Israël. Elément remarquable, l’Inde est parvenue à créer une culture nationale fière et globale sans contraindre ses citoyens à faire de compromis sur leurs identités, y compris leur identité religieuse et ce, en l’absence d’une langue commune.

Israël et la Palestine peuvent en tirer des leçons. La résolution du conflit est actuellement présentée, inutilement, de manière radicale: «soit Israël, soit la Palestine», «juif ou démocratique» ou encore «soit viable soit intenable». Ce n’est pas constructif. La situation actuelle n’est pas une situation où tout est noir ou blanc. Il y a des dégradés de gris.

Par exemple, si les négociations sur le statut final ne se concentrent que sur la question stérile qui consiste à savoir comment séparer les deux peuples, l’avenir sera fait de peur et de méfiance. En revanche, si un accord aboutit suivant lequel les deux parties disposent de droits nationaux qui ne peuvent être exercés que quelque part entre le fleuve et la mer, alors l’avenir pourra peut-être se révéler plus optimiste et pluraliste. Il se pourrait qu’il y ait des modèles intéressants en Inde.

Quelle que soit la solution retenue (deux Etats, un Etat ou une fédération), il devient de plus en plus évident que la dichotomie un Etat/deux Etats est sans fondement. Le caractère unique du conflit israélo-palestinien exige de la créativité et de la souplesse et une volonté d’apprendre de l’expérience d’autres pays.

L’expérience de l’Inde montre que le pluralisme n’oblige pas l’abandon de la raison d’être d’une nation et qu’il n’y a rien à craindre en garantissant les pleins droits aux minorités. Il n’y a pas de raison que le nationalisme israélien s’affirme aux dépens du nationalisme palestinien. Il n’y a pas de raison que les Arabes israéliens ne puissent pas jouer pleinement leur rôle dans la vie de l’Etat juif. Il faut juste que nous soyons suffisamment courageux pour nous ouvrir à ces possibilités.

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