«Sémites, unissez-vous! Vous n’avez rien à perdre, si ce n’est votre combat» by Roi Ben-Yehuda and Aziz Abu Sarah #SPCG #PeaceNow #SFCG

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* Roi Ben-Yehuda est étudiant de troisième cycle à l’université de Columbia et à l’université George Mason.
Aziz Abu Sarah est le co-directeur exécutif du Centre des religions du monde, de la diplomatie et de la résolution des conflits à l’université George Mason et le lauréat du prix Eliav-Sartawi pour le journalisme de l’organisation Search for Common Ground. Il blogue sur azizabusarah.wordpress.com. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 12 août 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Jérusalem – Le 15 juillet dernier, un fragment de l’histoire s’est écrit à Jérusalem. Près de trois mille Juifs et Arabes ont défilé ensemble, de la porte de Jaffa de la Vieille ville jusqu’au quartier de Sheikh Jarrah dans Jérusalem-est pour réclamer l’indépendance, la liberté et la dignité de la Palestine. La manifestation était organisée par le Comité de solidarité de Sheikh Jarrah et les dirigeants des comités palestiniens de Jérusalem-est.

Nous, Israélien de Tel-Aviv et Palestinien résidant à Jérusalem, étions parmi les manifestants. Nous ne sommes pas passés inaperçus et avons fait entendre nos voix.

De multiples raisons ont motivé notre démarche. Premièrement, nous estimons qu’une alliance entre les activistes israéliens et palestiniens est une condition indispensable à la transformation du conflit. Il faut nous écarter de la vision  »Israéliens contre Palestiniens » et tendre vers  »Ceux qui sont pour une solution contre ceux qui sont pour le conflit ». Peu importe que vous soyez juifs, musulmans ou chrétiens. Ce qui importe, c’est ce que vous défendez.

Deuxièmement, nous voulions voir à quoi ressemble l’espoir israélo-palestinien en 2011. Tant de gens en Israël-Palestine semblent ne plus avoir l’espoir de voir un échange constructif entre les deux communautés. Il est facile d’être entraîné dans une telle impuissance. Nous, nous voulons faire partie de ceux qui pensent pouvoir changer quelque chose.

Troisièmement, nous avons tous les deux pensé qu’une manifestation commune pour la paix et la justice à Jérusalem nous permettrait de prier avec nos pieds, pour reprendre les mots du rabbin Abraham Joshua Heschel.

Enfin, même si la marche était bien organisée pour l’indépendance de la Palestine, la loi anti-démocratique adoptée récemment en Israël (à savoir, la loi contre le boycott qui déclare illégaux les appels au boycott contre l’Etat d’Israël, y compris les colonies en Cisjordanie) nous a donné une raison supplémentaire de vouloir participer à cette initiative et de crier:  »Pas en notre nom! ».

Quant à la manifestation à proprement parler, bien des points étaient encourageants. Les Palestiniens qui sont venus ont joué un rôle de leadership dans l’organisation de la manifestation; ils n’étaient pas simplement des suiveurs, comme ils l’ont été lors d’événements passés principalement dirigés par des activistes israéliens.

Les participants brandissaient des pancartes sur lesquelles nous pouvions lire:  »Bibi, reconnais la Palestine’‘ et  »les frontières de [19]67- un Etat palestinien à côté d’un Etat juif ». Ils ont scandé en hébreu, en arabe et en anglais des slogans pour dire:  »De Cheikh Jarrah à Bil’in, la Palestine sera libérée » et  »les Juifs et les Arabes refusent d’être ennemis ».

Le nombre de d’environ trois mille manifestants peut sembler peu important, surtout par rapport aux grandes manifestations organisées par Peace Now. Toutefois, si l’on tient compte du fait que Jérusalem est une ville politiquement très à droite et qu’il y faisait extrêmement chaud ce jour-là, voir quelques milliers de Juifs et de Palestiniens se serrer les coudes, unis, pour réclamer la liberté et la dignité du peuple palestinien, fut un spectacle étonnant.

Bien sûr, tout n’était pas parfait. Il y avait bien plus de Juifs que de Palestiniens. Peut-être est-ce dû au fait que beaucoup de Palestiniens ne sautent pas de joie à l’idée de partager Jérusalem (et de se retrouver sous le contrôle de l’Autorité palestinienne) ou ont abandonné la solution des deux Etats? Mais d’autres raisons peuvent être invoquées: des niveaux de confiance entre activistes juifs et palestiniens qui oscillent; l’interdiction palestinienne de travailler avec des activistes israéliens et la peur de représailles de la part des autorités israéliennes.

Autre difficulté qui s’est posée à nous en tant que pacificateurs: les  »sujets de discussion » pendant la manifestation. Un des slogans les plus visibles,  »Seul un peuple libre est en mesure de négocier », en est un exemple. Il s’agit d’une déclaration faite par l’ancien président d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, qui, prise dans le contexte israélo-palestinien, suggère que tant qu’Israël restera une force d’occupation, il ne pourra y avoir de négociation entre les deux parties.

Si, de part et d’autre, nous partageons cette position, l’idée selon laquelle une partie est libre et l’autre emprisonnée nous paraît en effet problématique. Des années de terrorisme et d’occupation ont fait des Israéliens les esclaves passionnés d’un intraitable conflit. Par ailleurs, les Palestiniens ne sont pas que des prisonniers passifs dans une prison israélienne; ils sont aussi des agents actifs ayant leur mot à dire sur leur propre destin. Nous devons nous rappeler que c’est l’influence et non la liberté qui importe dans les négociations. Bien que le conflit israélo-palestinien soit asymétrique et favorise Israël, les Palestiniens – qui, en fin de compte, détiennent la clé de la légitimité israélienne – sont loin d’être sans influence, comme le montre si bien la décision des dirigeants d’obtenir des Nations Unies, en septembre prochain, la reconnaissance de l’Etat palestinien.

A la fin de la marche, alors que les manifestants commençaient à se disperser, nous nous sommes tous deux demandé s’il s’agissait du début d’un nouveau chapitre de la coopération judéo-arabe. Naturellement, la réponse dépend de la direction vers laquelle les deux communautés vont tendre. Une chose est sûre: si un réel mouvement pour la paix devait se développer sur cette terre, ce devra être à travers l’unité sémite. En cela, le 15 juillet dernier constitue un bon début.

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