«Les étudiants du Moyen-Orient apprennent que l’histoire peut rassembler» by Ruth Eglash via @CGNews #SPCG

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*Ruth Eglash est un grand reporter au journal The Jerusalem Post. L’an dernier, elle est devenue la première lauréate du prix du reportage interculturel des Nations Unies grâce à l’histoire qu’elle a co-écrite avec un journaliste jordanien. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNEws).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 19 août 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Amman – Quelques minutes après m’être jointe au groupe de lycéens jordaniens et maltais à qui l’on enseignait combien il est important de préserver le patrimoine culturel pour les générations à venir, je me suis rendue compte que si les récits historiques servaient souvent à intensifier les conflits, l’histoire au sens général du terme avait, en revanche, la faculté de rassembler les peuples.

Les lycéens participaient au programme de l’Union européenne Euromed Héritage 4, ELIACH (Approche des liens éducatifs avec le patrimoine culturel), un projet assez récent qui, l’an dernier, a fait appel à des adolescents issus de différents pays méditerranéens pour leur inculquer l’amour universel des sites historiques – quel que soit leur emplacement.

La rencontre jordano-maltaise a eu lieu, le mois dernier, au Royaume hachémite. Quelques-uns des défenseurs de l’environnement, archéologues, architectes historiens et autres spécialistes de la région méditerranéenne les plus réputés ont enseigné aux lycéens les techniques de préservation et de conservation.

Le programme a été conçu par Madame Anna Lobovikov-Katz, maître de conférences et chercheuse à Technion – Institut de technologie d’Israël. J’ai, pour ma part, été dépêchée pour observer et décrire les objectifs dudit programme.

Cependant, compte tenu du conflit arabo-israélien actuel et conscients du pouvoir grandissant du mouvement anti-normalisation jordanien, les organisateurs craignaient que le simple fait de faire état de l’engagement d’Israël puisse avoir un impact négatif sur le programme et porter atteinte à son objectif principal: rassembler les peuples pour protéger les sites du patrimoine culturel afin que les prochaines générations en profitent.

Naturellement, les Israéliens prenant la direction du projet, l’information n’a pas tardé à être connue des élèves. Toutefois, à la grande surprise de tous, la présence d’Israël n’a, semble-t-il, pas empêché le succès final de l’atelier.

Au terme des quatre jours d’atelier, les réactions de ces jeunes de 15/16 ans m’ont vraiment réconfortée. Ils ont vite compris que l’amour commun de l’histoire peut facilement transgresser les frontières et unir les peuples, quelles que soient les tensions politiques.

 »Lorsque les participants [jordaniens] se sont rendus compte que les Israéliens étaient associés au projet, ils n’ont pas saisi la raison pour laquelle ils devaient être là, » m’a confié un des facilitateurs jordaniens durant le voyage.  »Je leur ai expliqué que le patrimoine culturel n’est pas une question politique et qu’il revêt la même importance pour tout le monde. »

 »Le but est de développer chez les élèves un sens de la propriété commune afin qu’ils se sentent plus responsables de prendre soin de l’histoire et de la culture qui les entourent, »a expliqué Christophe Graz, chargé par l’UE de surveiller l’évolution et la mise en oeuvre du projet.

M. Graz a admis, cependant, qu’il n’avait pas été facile de rallier tous les pays à ce projet. En effet, la participation d’Israël était, pour certains pays, un sujet politiquement sensible. Pour finir, tous ceux qui se sont engagés ont compris que les questions relatives à la préservation de l’histoire devaient transcender les frontières et le conflit.

 »Ce programme offre une occasion unique d’encourager le dialogue interculturel entre les participants dans le domaine de la protection du patrimoine culturel, » a souligné Ana Lobovikov-Katz, dont les collègues sont d’éminents spécialistes des universités d’Athènes, d’Anvers, de Venise et de Malte.

Lors des discussions avec les lycéens, en particulier avec ceux originaires de Jordanie, j’ai compris à quelle vitesse ce concept pouvait vite devenir réalité si les jeunes apprenaient à apprécier l’histoire pour l’amour de l’histoire et non pas simplement pour renforcer le récit de leur propre nation.

Une des élèves maltaises, Martina Bugelli, âgée de 17 ans, a fait remarquer de façon émouvante que l’  »histoire n’appartient pas à un pays en particulier ».  »Il s’agit du patrimoine mondial et je pense que tout le monde devrait apprendre comment vivaient les générations passées » a t-elle précisé.

Martina Bugelli, qui a aussi visité le patrimoine culturel le plus célèbre de Jordanie, Pétra, la cité nabatéenne vieille de 2000 ans, a ajouté:  »C’est un lieu unique et irremplaçable qui nous appartient à tous, à l’ensemble de l’humanité et nous devons essayer de le préserver et de le protéger aussi longtemps que possible. »

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