“11 septembre 2001: au-delà des attentats” by le Prince El Hassan bin Talal via SPCG

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* SAR le Prince El Hassan bin Talal est président et fondateur du Forum de la pensée arabe (ATF) et du forum Asie de l’Ouest Afrique du Nord (WANA). Cet article fait partie d’une série commémorant le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, écrite pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 9 septembre 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Amman – On a beaucoup écrit, tout au long de ces dix dernières années, pour tenter de trouver un sens à ce qui s’est passé le 11 septembre 2011. C’est bien difficile. L’analyse du mal n’est pas chose aisée. Pour une pensée rationnelle, le terrorisme n’a aucun sens. Ce qui paraît clair est que, pour des millions d’Américains et pour l’opinion mondiale, les événements de cette journée-là ne seront pas relégués dans l’armoire aux souvenirs, mais les accompagneront bel et bien jusqu’à la fin de leurs jours.

Cette décennie n’aura pas été heureuse. Elle n’aura pas été “américaine » non plus. Le marasme économique, les blocages sociaux, la déprime culturelle et artistique et la résignation des gens ordinaires présagent un avenir bien glauque. L’optimisme nous a déserté. Les raisons sont sans doute multiples. Mais moi qui ai grandi sur un baril de poudre, je ne peux m’empêcher de penser que cette atmosphère est due, en grande partie, à la « guerre contre la terreur », une guerre dont on n’est pas près de voir la fin

Peut-on dire que l’affrontement entre ceux qui croient détenir la vérité de part et d’autre a rapproché l’Occident et le monde musulman?

Depuis quelques années, on a souvent eu l’impression que l’incompréhension ne pouvait être plus profonde. Les minorités chrétiennes du Proche-Orient sont en proie à de nombreuses difficultés. En Occident, les communautés musulmanes sont souvent marginalisées, pour alimenter la concurrence idéologique et pour faire vendre les journaux.

Pourtant, depuis qu’en Tunisie un chef d’Etat médiocre s’est enfui de son propre pays, et qu’en Egypte un régime vieux de 30 ans a été mis à bas en 30 jours, la crainte naturelle que les humains éprouvent les uns pour les autres semble avoir cédé la place à autre chose. Le spectre de l’extrémisme religieux — car, tragiquement, il existe bien — n’est plus aussi présent. 

Les stéréotypes qui ont si longtemps représenté cette région comme irrécupérable sont aujourd’hui concurrencés par des messages d’espoir. Les Américains d’aujourd’hui ne se contentent plus de juger le Proche-Orient — ils veulent le comprendre. C’est à la fois courageux et étonnant. Et c’est exactement ce dont Al-Qaïda et ses congénères ne veulent pas. 

S’il est vrai que les Américains et les peuples du Proche-Orient sont éloignés, nos destinées sont entrelacées. Affirmer que les jeunes Jordaniens, Tunisiens, Egyptiens, Bahreinis ou Iraniens grandissent dans l’hostilité envers les Etats-Unis serait simplifier une relation complexe. Car les jeunes, en Jordanie comme dans toute la région, sont conscients de la situation de la Palestine.

Ils ont l’habitude d’être déçus, et sont passés maîtres dans l’art de pointer du doigt le fossé qui sépare les actes et les paroles. Mais ces sentiments sont souvent mêlés d’admiration — pour le cinéma et la culture américaine, pour les principes de liberté et de valeur de l’individu, pour une société d’opportunité et de méritocratie. Etat schizophrénique, sans doute, mais bien réel. Le “droit à la recherche du bonheur”, consacré par la Déclaration d’indépendance, est une formule que comprennent tous les peuples et à laquelle ils aspirent. Mais ce droit ne va pas de soi.

Au Proche-Orient, les gens ordinaires paient le prix fort pour le droit d’avoir des droits. La “rue arabe” a affronté l’appareil de sécurité de l’Etat moderne. Le résultat a le plus souvent été la répression, la violence, l’intimidation et la brutalité à outrance.

Cependant, partout où l’on pose les yeux, on voit qu’une majorité naguère réduite au silence partage à peu près les mêmes aspirations: un sentiment de dignité, de maîtrise de son destin et d’opportunité. Les soulèvements ne se sont pas déroulés au même rythme. Ils ne se termineront pas au même rythme. Ils seront à la fois révolutionnaires et évolutionnaires parce qu’ils sont porteurs de deux messages fondamentaux.

Le premier est que le Proche-Orient peut être différent. Le second est que le Proche-Orient change, rapidement. 

Dans cette région du monde, on l’a vu, accepter le passé après l’avoir surmonté n’est pas facile. Les attentats du 11 septembre 2001 constituaient une tentative lâche et calculée de créer une fracture béante entre les civilisations. Aussi démesuré et pervers qu’il fût, et malgré la vigilance de nos anges gardiens, ce plan a parfois semblé près de réussir. Il ne doit pas réussir. 

C’est l’acceptation de la différence, c’est-à-dire le refus de la peur de l’autre, que les terroristes redoutent par-dessus tout. Au lieu de lutter contre la “terreur”, nous devrions nous battre pour l’optimisme et pour l’espoir. 

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