Un Monde Libre «Se prendre pour Steve Jobs en Inde, Mettre en œuvre des stratégies de croissance en Afrique, à l’ère de la mondialisation»

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Je vous propose à la lecture aujourd’hui 3 articles publiés sur Un Monde Libre

Inde : les bureaucrates se prennent pour Steve Jobs
Swaminathan S. Anklesaria Aiyar – Le 20 octobre 2011. L’État indien a lancé une tablette low-cost appelée Aakash (« ciel ») destinée à être vendue aux élèves du secondaire pour seulement 35 dollars. Le Aakash, qui a été conçu par DataWind, une société détenue par un indo-canadien, est le résultat d’un appel d’offres de l’État concernant une tablette bon marché. Le coût de la tablette est de 46 dollars, et l’État subventionne la différence de 11 dollars. Le Ministre de l’Éducation, Kapil Sibal, clame que cela mettra l’informatique bon marché à la portée des couches populaires.
Il faut pourtant raison garder. L’Inde a lancé plusieurs initiatives ultra-bon marché, comme la voiture Nano du groupe Tata qui se vend pour moins de 3000 dollars, mais cela ne signifie pas chacune d’elle va réussir. Et cela s’avère particulièrement risqué si c’est l’État qui choisit «les gagnants et les perdants», comme dans le cas de Aakash.
Ensuite, le bon marché ne garantit pas toujours d’avoir des clients. La célèbre Tata Nano, dévoilée en 2009, a jusqu’ici déçu. Pourtant, nombreux au sein de l’État se sont émerveillés devant la fanfare entourant certains projets du secteur privé comme la Nano, et ont ainsi souhaité les reproduire dans le secteur public, poussés par la conviction que les indiens se préoccupent principalement du prix, car un tiers d’entre eux vivent avec moins de 1 dollar par jour. Mais comme tous les consommateurs, les indiens se préoccupent non pas du prix, mais de la valeur.
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Au lieu de cela, les politiques de l’État indien devraient se concentrer sur la qualité institutionnelle du pays, offrir un maximum de flexibilité aux entrepreneurs, et laisser ensuite ces derniers sur le marché trouver ce qui convient le mieux aux consommateurs. Les bureaucrates pourraient croire qu’ils savent où se loge la demande future, mais ils ne sont pas Steve Jobs.

Swaminathan Aiyar est un économiste indien, analyste au Cato Institute à Washington DC

Afrique : Stratégies d’accélération de la croissance
Oasis Kodila Tedika – Le 18 octobre 2011. Depuis plus d’une décennie, la croissance africaine semble persister. La croissance du PIB y a, il est vrai, ralenti à la suite de la crise financière internationale, passant de 4,9% en 2008 à 1,6% en 2009. Mais, elle est vite revenue à la hausse. Cette annonce positive ne devrait pas détourner l’attention des efforts considérables qu’il reste cependant à faire. Selon les projections, avec un rythme des taux de croissance proches de 10 % et une croissance démographique proche de 2 % l’an, il est envisageable que d’ici à 2050 l’Afrique ait, en moyenne, le même niveau de revenu que les derniers pays entrés dans l’Union européenne. Mais pour cela, il faut améliorer le contexte institutionnel africain.

Des taux de croissance qui réduisent la pauvreté sensiblement sont ceux qui sont soutenus. Et étant donné la gravité de la pauvreté africaine, il faut accélérer la croissance. On parle maintenant presque conventionnellement d’«accélération» lorsque, pour une année donnée, le taux de croissance par habitant sur cinq ans dépasse d’au moins 2 points celui des cinq années précédentes et s’il est égal ou supérieur à 2 %, et que, en outre, le revenu per capita est plus élevé après l’accélération que le meilleur niveau enregistré auparavant. Pour le cas africain, les économistes s’accordent à dire que ce continent reste loin de son potentiel. Ce qui, d’une certaine manière, est une bonne nouvelle.
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Comme on le sait maintenant, il n’y a pas de soutenabilité de la croissance sans une amélioration des institutions. Catherine Pattillo, Sanjeev Gupta et Kevin Carey écrivent : « En fait, l’indice de l’évaluation de la politique et des institutions nationales, de la Banque mondiale, qui apprécie de manière générale l’orientation de la politique économique, est resté stable ou s’est amélioré durant les périodes d’accélération ». Donc, autrement dit, l’Afrique ne peut guère échapper à cette loi d’airain. C’est ainsi par exemple que l’Afrique sub-saharienne devra porter une attention particulière au coût de création d’une entreprise, qui est deux fois supérieur à celui du monde en développement et sept fois supérieur à celui des PCS. La situation des PRPA est encore pire : dix fois supérieur aux PCS.
Il faut donc un tissu institutionnel permettant de dynamiser l’entrepreneuriat. L’Afrique doit impérativement améliorer le climat des affaires, mettre en place un environnement plus propice afin que les entreprises puissent s’établir et prospérer. Ce qui permettra d’encourager l’investissement privé, sans lequel la viabilité de la croissance reste discutable. Lire la suite

Made in monde : comment fonctionne la mondialisation
Le 1er septembre 2011 – A l’heure où l’idée de démondialisation devient à la mode, la lecture ou la relecture de l’ouvrage de Suzanne Berger :« Made in Monde : les nouvelles frontières de l’économie mondiale » (Seuil 2006) est sans doute utile.
Les livres sur la mondialisation sont très souvent des critiques de ce phénomène. Le public est d’ailleurs friand, surtout en France, de messages lui expliquant que « c’est la faute aux autres » : aux Chinois, aux Américains, aux Indiens… Les idées de liberté et de responsabilité individuelles ayant généralement mauvaise presse dans beaucoup de pays comme en France, pays obsédé d’ailleurs, de manière paradoxale, à la fois par l’égalité et les « petits privilèges », le réflexe anti-mondialisation en devient tout naturel. Et les groupes tels ATTAC en ont fait leur fond de commerce. Le livre de Suzanne BERGER est un ouvrage important dans ce débat car il permet justement de faire le ménage quant à plusieurs a priori sur la mondialisation.
«Renoncer à cette idée selon laquelle la mondialisation nous volerait notre liberté»
L’ouvrage repose sur une analyse « empirique » du phénomène consistant en une enquête minutieuse sur les stratégies de pas moins de 500 entreprises « mondialisées » suivies pendant 5 ans en Europe, en Amérique et en Asie. Quelles conclusions ? A l’opposé des idées à la mode, il ressort de l’analyse :
– qu’il n’existe pas une stratégie unique d’entreprise pour gagner et qui mènerait ainsi à un modèle hégémonique,
– que la course aux bas salaires est une stratégie perdante pour les entreprises,
– que mondialisation ne signifie pas forcément délocalisation systématique.
Le livre s’adresse il est vrai plutôt à un public occidental effrayé par la concurrence de « ces petits Chinois ou ces petits Indiens » chez qui on va délocaliser la production de « nos » entreprises, expliquant les limites aux délocalisations par exemple. On pourrait donc le lire d’une certaine manière comme un livre sur « les limites de la mondialisation » : « ne vous inquiétez pas peuples de l’Occident, dans la mondialisation tout n’est pas délocalisable ! Vous ne perdrez pas tous vos emplois !». S’il est vrai qu’il est possible d’en avoir cette lecture, il n’en demeure pas moins un témoignage scientifique des avantages de la mondialisation pour tout le monde. En effet, l’étude part d’une vision « fragmentée » des processus de productions, c’est-à-dire que dans la fabrication d’une paire de jeans par exemple il y a toute une série d’étapes différentes de production nécessitant des fonctions différentes. Or, mettre l’accent sur la nécessité pour les entreprises de se spécialiser dans une fonction de ce processus fragmenté parce qu’on a les compétences adéquates et de sous-traiter les autres fonctions permet de réconcilier les avantages compétitifs de toutes les régions du monde. Et l’auteur de conclure d’ailleurs son introduction en notant qu’il faut en conséquence « renoncer à cette idée selon laquelle la mondialisation nous volerait notre liberté ».
Fragmentation de la production, mondialisation et « course vers le bas ». Lire la suite

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