Parler à ma place : «La vraie révolution ne peut venir que des femmes. C’est la bataille du XXIème siècle» « Marie » selon Marek Halter – Evene.fr

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Pour changer le monde à ma façon, je cherchais un compromis entre l’Altermondialisme (Nicanor Perlas) et Un Monde Libre (Emmanuel Martin), initiés par des hommes. Et je tombe pile poil sur cette interview de Marek Halter.

A vrai dire, ce n’est pas vraiment un hasard, c’est dans mes archives que j’ai cherché, pas sur le Net cette fois-ci.
Car sur mon blog précédent, j’ai déjà eu l’occasion de «parler» de lui :
Moi, Femme, j’aimerais beaucoup être contée par Marek Halter – Accueil
24 déc. 2009
Voici les deux postulats littéraires et philosophiques de Marek Halter. Dans ses romans, ces héroïnes sans suffisance – Sarah, Tsippora, Lilah, Bethsabée, Marie et enfin Makéda – sécularisent la Bible, incarnent la diversité humaine et agrémentent la création littéraire.
Lost In My Dream: La vigilance par la colère : INTERVIEW DE MAREK …
30 oct. 2009
En revanche, je vous propose d’en savoir un peu plus sur l’essai de Marek Halter «Je me suis réveillé en colère», édité par les Editions Laffont et publié en Novembre 2007. Un livre à la fois qui «date» et en même intemporel

OK, c’est toujours un homme – Marek Halter – qui le dit mais n’est-ce pas la meilleure façon de dire que j’ai raison puisque ce n’est pas moi qui le dis ? Ha Ha Ha !

A partir du moment où l’autre, qui veut ma mort, accepte de me parler, il ne peut plus me tuer.

Ces propos ont été extraits de l’interview de Marek Halter lors de la sortie de son livre «Marie» dans «Paroles de paix» recueillies par Thomas Yadan et publiées sur evene.fr en octobre 2006.

NB : A l’attention d’EVENE, j’ai repris l’intégralité de l’interview dans ce billet et j’en assume entièrement la responsabilité. Merci avec un grand sourire😉😉😉

Réécrire l’histoire des monothéismes en la féminisant, tel est le dessein de l’auteur de la mémoire d’Abraham. Ainsi, après le Pentateuque, Marek Halter enrichit les Evangiles et l’Histoire avec son dernier Livre ‘Marie’. Loin de restreindre son héroïne à un statut de mère de Jésus, il raconte une femme révoltée, pragmatique et cultivée. L’occasion, dans un entretien, d’interpréter le passé afin d’éclairer l’avenir.

Après Sarah, Tsippora et Lilah, vous évoquez Marie dans votre dernier livre. Pourquoi insister sur une Bible au féminin ?

La vraie révolution attendue ne peut venir que des femmes. Aujourd’hui, le seul groupe humain qui reste marginalisé et qui représente plus de la moitié de l’humanité, c’est la femme. Dans de trop nombreux pays, elle n’a même pas le droit au visage puisqu’elle est cachée. Si ces femmes, à l’intérieur de leurs propres sociétés, arrivent à se libérer, à s’affirmer, le monde va changer, s’émanciper. Je pense que c’est la bataille du XXIe siècle. Et comme ce siècle est marqué par le retour de la religion, il faut commencer par là. Je ne suis pas comme certains agnostiques qui rentrent en guerre contre les religions. Je respecte ceux qui ont la foi. Après, tout dépend de ce qu’ils en font.
Vous semblez négliger la misogynie évidente des textes bibliques. N’y a-t-il pas alors une contradiction entre votre vision progressiste et la réalité brutale des Ecritures ?

A partir du moment où nous avons une idée exacte de l’environnement, les personnages bibliques prennent une importance considérable. Imaginez à l’époque, pouvoir affirmer comme Marie : “Je n’ai pas de maris et je suis enceinte.” Quel courage il faut avoir ! Ce n’est pas une question de foi. Si Marie est lapidée, il n’y a plus de Jésus. Je me suis rendu compte, en travaillant sur l’histoire de cette région, que les femmes jouaient un rôle très important. Elles se réunissaient, s’instruisaient dans des cercles d’études, savaient au moins deux langues – l’hébreux et l’araméen et souvent aussi le grec – et intervenaient. Or, les Evangiles et les Actes sont rédigés un siècle plus tard. Le premier est Saint Paul, 50 ou 60 ans après la mort de Jésus. Entre temps, les choses changent, considérablement à cause de ce Saint Paul. Il est pour le célibat et pense que la femme représente une tentation permanente et empêche l’homme d’atteindre Dieu. Il dit d’ailleurs : “Je vous conseille le célibat mais si vous ne pouvez pas tenir, si la tentation est trop grande, prenez en une et gardez-la.” D’où la monogamie dans l’église et le refus du divorce. Saint Augustin, trois siècles plus tard, introduit une notion faussant toute réflexion sur le rôle de la femme : “le péché originel”. Sur la femme pèse la faute irréversible de Eve : avoir mordu la pomme interdite. A partir de là, tous les textes religieux sont purgés de l’idée féminine ou transformés négativement.

Quel est le rôle de Marie dans l’histoire du christianisme ?

Marie fait l’essentiel dans l’histoire du christianisme. Elle prend des décisions rapides. La Judée est occupée par les Romains et les juifs sont écrasés. Elle, au départ, se trouve du coté de la résistance, en Galilée. Ensuite elle comprend qu’il faut un vrai libérateur, non pas national, face à un ennemi (l’Empire romain) établit partout, mais universel. Elle a alors une idée géniale, très freudienne. Si elle donne naissance à un enfant sans père, celui-ci n’aura pas à se libérer de l’autorité du père, processus logique de tout enfant. Elle devient autre chose qu’une mère porteuse. Mais elle se rend compte qu’à l’âge de trente ans, son fils n’a encore rien fait. Jean, son cousin, révolutionne la région et lui n’entreprend rien de concret. En fait, elle l’oblige à se révéler. Donc, elle fait deux choses fondamentales à travers la pensée juive de l’époque et pour l’avènement du christianisme : elle donne naissance à Jésus et le transforme en Christ. La fin du livre peut être discutée. Je donne une version de la mort du Christ qui est relativement différente de celle qui se trouve dans les Evangiles. Mais je n’enlève en rien à la grandeur de Jésus. Le faire mourir comme Moïse, c’est extraordinaire. On ne sait pas où Moise est enterré, pourtant, c’est le plus grand législateur de l’histoire de l’humanité.
Votre Marie est singulière, elle semble (dé)mythologisée ?

J’ai pris Marie avant Marie. Or, dans les Evangiles, Marie apparaît exclusivement comme la mère de celui qui va intéresser le christianisme. J’ai découvert une chose importante, c’est l’idée de recensement dans l’Empire romain. Ce recensement correspond à la naissance du Christ. Les Romains vont transformer les noms des juifs : Miryem devient Marie, Joshua devient Jésus, etc. On sait, depuis Freud, que changer de nom, c’est changer de destin. En changeant de nom, on commence une histoire, ce qui se produit avec Jésus. Mon livre se termine là, au changement de nom et juste avant la naissance de Jésus.

Vous paraissez réhabiliter Barabbas. Avec vous, il devient un résistant romanesque et héroïque contre l’occupation.
La différence entre l’ancien et le nouveau testament est que le premier est avant tout un livre d’histoire. Comment une tribu nomade devient un peuple, puis conquiert un territoire se transformant en royaume, tel est le contenu du Pentateuque. Pour les Evangiles, l’histoire racontée s’étend sur à peine 35 ans. Le nouveau testament est plutôt l’apologie d’un homme qui apporte un nouveau message, celui de Dieu. Il n’y a donc pas de place pour décrire les personnages. Et, pour prouver que Jésus était le messie qu’ils attendaient, les évangélistes ont introduit des personnages inconnus : Barabbas, Nicodème, Joseph d’Arimathie, etc. J’ai ainsi entrepris une enquête policière sur ces personnages à qui je donne un destin, une histoire.

Cette vision engendre donc une modification de ce qui oppose, dans les évangiles, Barabbas, considéré comme le mal, à Jésus, le bien absolu ?

Il y a des analogies entre Jésus et Barabbas. Le prénom est le même, Joshua. Barabbas, en araméen, veut dire “le fils du père”. Et Jésus se dit “le fils du père”. Mais, Barabbas était un des chefs de la résistance. Du coup, on comprend mieux la réaction de la foule face aux deux personnages. L’un veut nous libérer par la parole, l’autre par la révolte armée. C’est un peu choisir entre un Gandhi et un Jean Moulin. Pour préférer le premier, il faut avoir une culture un peu plus grande. La résistance non violente implique beaucoup de recul et de Raison.

C’est aussi l’opposition de l’action effective contre le messianisme des esséniens. Quels types de révoltes auriez-vous choisi ?
Je ne sais pas ce que j’aurais fait à l’époque. Je me serais certainement placé entre Jésus et Barabbas, entre la résistance et l’idéalisme christique. Je suis un homme de la parole, comme Jésus l’était. Il parle à ceux à qui on ne parle pas : les ennemis. Quand on m’a proposé de rencontrer Arafat, j’ai été le voir. Un jour, on m’a demandé si j’aurais accepté de parler avec Hitler. J’ai répondu que oui, sauf qu’il aurait certainement refusé préférant me voir sous forme d’une savonnette. A partir du moment où l’autre, qui veut ma mort, accepte de me parler, il ne peut plus me tuer.

Les livres religieux ont-ils quelque chose à dire à nos sociétés modernes ?

Même si je ne le croyais pas, ce sont des livres qui vont jouer un rôle de plus en plus important. Les hommes sont fragiles. Nous avons besoin de l’espoir que transmet le Livre face à l’angoisse de la mortalité et de l’existence. Des philosophes ont essayé d’inventer des espoirs collectifs laïques comme le socialisme, le marxisme, le libéralisme, etc. Mais à chaque fois, ces idéologies se sont terminées par un échec.  Comme les réponses laïques à nos angoisses ne marchent pas, on retourne aux réponses religieuses. Ce n’est pas par hasard que Malraux a dit : “Le siècle sera religieux ou ne sera pas.”

Pensez-vous que le conflit au Proche-Orient est un problème exclusivement religieux ?
Je pense que le problème religieux est un obstacle au Proche-Orient. On aurait du faire beaucoup plus d’efforts à l’époque d’Arafat. Il représentait une revendication nationale laïque, il a même évolué puisqu’il a accepté de parler avec des juifs comme moi, alors qu’avant il aurait refusé. A partir du moment où il vous accepte, même en vous en insultant, il est obligé de prendre en considération votre existence, vos droits aussi. Ainsi, il finit par reconnaître l’existence de l’Etat d’Israël. Avec l’arrivée du Hamas, un parti religieux, cette ouverture s’éteint. Pour eux, l’islam peut accepter des minorités, les protéger, mais il ne peut pas admettre sur son territoire, un autre état avec une autre religion. L’introduction de la religion est un énorme obstacle. Ce n’est pas un hasard si cette région a connu de nombreuses guerres.

Depuis le temps que vous militez pour une paix qui ne vient pas, vous ne perdez jamais espoir ?

Parfois oui ! Il y des moments de désespoir. Le tragique de notre vie est qu’elle est courte. Ce qui se passe au Proche-Orient va être résumé dans les manuels scolaires en un seul paragraphe. Or, ce paragraphe représente la vie d’un homme. Quand je pense à cela, je me dis qu’il ne sert à rien de s’énerver, qu’il faut continuer. De toute manière, on n’a pas d’alternative. Il faut trouver un compromis en passant par le dialogue. Israël doit être fort car de nombreux voisins refusent de reconnaître la légitimité de son existence, cas unique au niveau international. Mais les armes ne résoudront pas son problème. Il faut parler, tendre la main, dialoguer, c’est la seule issue.

Même avec les Iraniens ?
J’ai dit que j’étais prêt à aller discuter avec le Président iranien, mais il ne veut pas me voir. Il sait que s’il avait accepté de me rencontrer, pour écouter ce que j’avais à lui dire, il serait rentré dans un autre circuit : celui de la parole. Sauf que lui, il veut ma mort.
Propos recueillis par Thomas Yadan pour Evene.fr – Octobre 2006

Marie de Marek Halter [Littérature française XXIè]
Editeur : Robert Laffont
Publication : 9/10/2006
Résumé du livre
Miryem a une douzaine d’années lorsqu’un soir elle cache et sauve Barabbas qui provoque sans cesse le sanguinaire Hérode. Marek Halter revisite le plus grand mythe du monde chrétien. Il dévoile la part inconnue de Marie : la jeune fille avant la mère.
Voir la critique du livre ‘Marie’

Présentation du livre par la Fnac (via evene.fr)

  1. Hé bonjour Walid !

    En voilà un homme qui est d’accord avec moi alors be my guest GRAND SOURIRE🙂

    bonne journée à toi

    PZ

    PS : j’attends l’avis de femmes ??? enfin c’est comme voulvoul🙂

  2. PZ

    Interview très intéressante. Je partage son constat : « la vraie révolution ne peut venir que des femmes ».J’aime bien le portrait qu’il dresse de Marie. Je sens que je vais m’en servir (large sourire).

    Thanks.

    Walid