«La lutte palestinienne à la croisée des chemins» by Dawoud Abu Leddeh* ainsi que d’autres articles de #SPCG : construction de la paix à travers le dialogue

Par défaut

*Dawoud Abu Leddeh, responsable de projet au Centre pour la démocratie et la non-violence à Jérusalem-Est (Center for Democracy and Non-Violence), examine le prix à payer pour l’échange de prisonniers effectué récemment entre Israël et le Hamas.
(Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011)
Dawoud Abu Leddeh est Palestinien et habite Jérusalem-Est. Il est également un des fondateurs du Watan Student Movement à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Article rédigé pour le Service de presse de Common Ground (CGNews).
Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Jérusalem-Est – L’échange de prisonniers qui a eu lieu la semaine dernière entre Israël et le Hamas a été un moment chargé d’émotion pour des milliers de Palestiniens, réunis avec les membres de leur famille après bien des années. Or, cet événement n’est pas sans présenter des inconvénients. En effet, certains observateurs estiment que la libération de prisonniers est une réussite pour le militantisme du Hamas, réussite à laquelle les efforts diplomatiques et les négociations avec Israël n’ont pas su parvenir.

L’échange de prisonniers a eu lieu quelques semaines seulement après que le Président Mahmoud Abbas ait occupé le devant de la scène, lors de la demande d’adhésion de la Palestine en tant qu’Etat membre à part entière auprès de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Si M. Abbas a décidé de se tourner vers les Nations Unies, c’est notamment parce qu’il est convaincu que la diplomatie est susceptible d’aboutir à des résultats qu’une résistance armée ne pourra jamais offrir au peuple palestinien. Le comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) est persuadé que le renouvellement d’actes de violence portera inévitablement préjudice à la cause palestinienne. La diplomatie de l’Autorité palestinienne aura-t-elle raison du militantisme du Hamas ? Aujourd’hui, la réponse dépend largement de la décision que prendra la communauté internationale en ce qui concerne la demande de reconnaissance de la Palestine par les Nations Unies.

Pour l’heure, il semble bien que les Etats-Unis aient l’intention d’opposer leur veto à la demande palestinienne auprès du Conseil de sécurité de l’ONU. Si tel est le cas, les efforts seront alors déployés auprès de l’Assemblée générale de l’ONU, en vue de l’obtention du statut d’observateur permanent. Par ailleurs, l’Autorité palestinienne a entrepris de demander son adhésion à d’autres organisations internationales, telles que l’UNESCO et l’OMC, et vise également la reconnaissance par le Parlement européen. Ces initiatives tendent à ce que, le jour du vote de l’Assemblée générale, la Palestine soit reconnue par un nombre d’organisations internationales aussi grand que possible, ce qui, à son tour, fera pression auprès des pays qui ne reconnaissent pas encore un Etat palestinien.

De nombreux dirigeants à travers le monde reprochent à la politique palestinienne d’être unilatérale. Toutefois, aucun d’eux ne propose une alternative garantissant des droits aux Palestiniens, outre les négociations restées au point mort depuis 18 ans.

A ce stade, la demande de reconnaissance d’un Etat palestinien par l’ONU marque l’échec du processus de négociation, ainsi que la décision de l’Autorité palestinienne de déplacer la bataille vers des instances supra-étatiques, ce qui donne une plus grande responsabilité à la communauté internationale. Cette dernière doit montrer aux Palestiniens que des résultats concrets sont possibles en récompensant leurs efforts diplomatiques.

Le jour de l’intervention du président Abbas devant le Conseil de sécurité de l’ONU, des milliers de Palestiniens sont descendus dans la rue, demandant la solution de deux Etats. Si un tel consensus devait être atteint, l’Etat palestinien existerait à côté d’Israël, en accord avec les frontières de 1967. Ceci représente un important compromis aux yeux du peuple palestinien. En effet, un retour aux frontières de 1967 suppose l’abandon de 78 pour cent de la Palestine historique. La communauté internationale comprendra-t-elle cet enjeu et saura-t-elle saisir une telle occasion ?

Qu’il s’agisse du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale ou d’une autre organisation internationale, le soutien de l’un ou l’autre de ces acteurs en faveur des efforts diplomatiques de la Palestine donnera les moyens d’agir à ceux qui visent une résolution pacifique au conflit, et encouragera le peuple palestinien à appuyer la solution de deux Etats.

Cette décision est cruciale, car l’échange de prisonniers a prouvé au peuple que les tactiques du Hamas peuvent porter leurs fruits. Si les Palestiniens considèrent que le chemin des négociations et les voies diplomatiques continuent d’aboutir à une impasse, ils pourraient bien cesser de croire en une approche non-violente.

La communauté internationale doit soutenir le peuple palestinien et se montrer en faveur d’un retour aux frontières de 1967. Ce faisant, elle encouragera ceux qui croient que les négociations et la diplomatie sont les moyens de résoudre des conflits et atteindre la paix.

###

Vidéo : Chrétiens, musulmans – nous sommes tous Egyptiens
Cette brève vidéo qui montre le drapeau égyptien flotter entre une église et une mosquée peu après la révolution égyptienne, est encore d’actualité aujourd’hui. Cette vidéo s’est vue attribuer la deuxième place dans le récent concours Positive Change in Action, 1001 Stories of Common Ground. Pour en savoir plus sur les efforts actuellement déployés afin de promouvoir le dialogue entre chrétiens et musulmans en Egypte, reportez-vous à l’article de Safia Aoude dans l’édition de cette semaine.

Musulmans et chrétiens : sans communication, nous n’existons pas par Safia Aoude
Suite à une conférence récente en Egypte, Safia Aoude, avocate et écrivaine, s’intéresse à comment le dialogue interreligieux et la réforme des médias, dans un pays en pleine transition, contribuent à ce que musulmans et chrétiens soient solidaires, et impliqués dans la société civile.
(Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011)
* Safia Aoude est une avocate et écrivaine établie à Copenhague. Elle poursuit actuellement un Maîtrise universitaire en journalisme à l’Université du Danemark du Sud. Elle se consacre également aux études sur l’Islam et les Balkans à l’Université de Copenhague.
Rédigé pour le Service de presse de Common Ground (CGNews).

Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Alexandrie, Egypte – «Nous avons le droit d’écrire ce que nous voulons maintenant !», annonce un des rédacteurs du journal égyptien Al-Ahram à des participants danois en visite au Caire à l’occasion d’une conférence qui s’est tenue récemment à Alexandrie sur «Le rôle des médias dans la démocratie et le changement de la société» («Media’s Role for Changing Society and Democracy»). La révolution égyptienne a sans aucun doute ouvert la porte à la liberté d’expression et à davantage de débats dans les médias égyptiens. Toutefois, le climat chaotique de la révolution a aussi entraîné des conséquences négatives. Un autre rédacteur de Al-Ahram a prévenu que les médias égyptiens se trouvaient dans un flou politique, ce qui peut parfois pousser le public égyptien vers des actes de violence sectaires et vers la transmission de fausses informations.

Grâce à cette conférence et au changement du paysage médiatique, les participants à la conférence ont pu voir clairement que les médias de masse et le dialogue entre musulmans et chrétiens étaient indispensables pendant la période de transition que traverse l’Egypte. Ils ont également soulevé l’idée que les médias étaient en mesure de promouvoir un dialogue positif. Les nouveaux outils médiatiques, tels que YouTube, Facebook et Twitter ont introduit de nouveaux agents dans la communication de masse et ont remis en question l’hégémonie de l’ «ancien» système.

Un des participants danois, Peter Fisher-Nielsen, a fait remarquer que le cadre posé par la censure de l’Etat s’était assoupli après la révolution, mais que l’absence actuelle de limites en ce qui concerne ce qui peut ou non être discuté dans les médias risquait de provoquer davantage de confrontations. C’est pourquoi un dialogue direct entre les minorités religieuses et les groupes et devenu plus important que jamais.

La conférence a rassemblé des militants musulmans et chrétiens ainsi que des dirigeants ; elle a servi de plateforme de discussion sur les médias religieux et sur la constante révolution qui a lieu en Egypte. La conférence, fruit de l’Organisation évangélique copte d’Egypte pour les services sociaux (CEOSS – Egyptian Coptic Evangelical Organization for Social Services) et de l’organisation chrétienne danoise Danmission, a été dirigée par le Forum pour le dialogue interculturel (Forum for Intercultural Dialogue) la première semaine d’octobre.

Les participants à cette discussion interculturelle étaient égyptiens et danois : des musulmans du Danemark, représentant une minorité de musulmans dans un pays chrétien, et des chrétiens d’Egypte, représentant une minorité de chrétiens dans un pays musulman. Ils se sont rencontrés dans le but de discuter sur leurs expériences et de partager leur espoir en l’avenir.

Le dialogue a principalement porté sur les médias du point de vue des organisations religieuses, à savoir le rôle qu’ils ont joué dans le processus de démocratisation en Egypte, et ce que signifient pour le climat politique en Egypte une presse libre et l’utilisation de nouveaux outils médiatiques tels que YouTube et Facebook.

Les délégués de cette conférence ont été des témoins directs des problèmes de sectarisme et de la manière dont ils ont été transmis par les médias, lors des violences sur la place Tahrir entre les manifestants coptes et l’armée égyptienne.

Malgré la situation actuelle, l’espoir persiste pour les médias égyptiens et pour la société civile. Lors de la conférence, les coptes et les musulmans ont échangé sur leurs efforts récents en vue de combattre les préjugés sectaires grâce à la coopération : des musulmans qui protègent des églises ; la voix commune de chrétiens et de musulmans dans les médias en faveur de l’unification et la prospérité du pays. Un exemple récent est la déclaration conjointe de cinq dirigeants coptes et de sept dirigeants de Gamaa Islamiya – ancien groupe d’activistes musulmans – qui empressent la jeunesse à la fois musulmane et chrétienne d’écouter la voix de la raison et de respecter la religion. Des questions d’une grande importance et parfois des sujets délicats ont été abordés entre les délégués dans un respect mutuel des points de vue de chacun.

La conférence a permis de montrer qu’un débat ouvert et civique entre divers groupes était non seulement possible, mais déjà en place.

«Le danger de la révolution égyptienne n’est pas la diversité religieuse. Nous sommes tous des Egyptiens, mais certains groupes d’intérêt ne s’en rendent pas compte, et c’est là le vrai danger. Notre mission est de permettre aux gens de continuer à communiquer.» C’est ce qu’un militant copte a affirmé lors d’une conversation avec la délégation danoise, au cours d’une visite des pyramides de Gizeh.

Les participants ont mis fin à la conférence en déclarant ensemble l’importance du dialogue et de la liberté des médias : «Nous ne pouvons pas laisser la peur et les préjugés dicter nos vies», affirme Samira Luca, chargée du dialogue à l’Organisation copte évangélique pour les services sociaux, une organisation importante qui aide les communautés les plus démunies en matière de développement économique, de sécurité sociale et d’éducation. «Déployer des efforts continus en faveur du dialogue et d’une coexistence pacifique n’est pas seulement notre travail, c’est notre mission.»

A propos de son peuple, un autre délégué égyptien s’est exclamé, lors d’un atelier dans le cadre de la conférence : «sans communication, nous n’existons pas !» Cette déclaration souligne le cœur des problèmes de la révolution égyptienne, et l’essence de la coexistence future entre musulmans et chrétiens dans le pays.

###

Droit des femmes : de nouveaux sommets atteints par Shazia Kamal
La rédactrice en chef adjointe d’Altmuslima.com Shazia Kamal présente trois outils que des militants pour le droit des femmes utilisent avec succès et de façon relativement innovatrice afin de provoquer des changements positifs dans le monde arabe. (Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 28 0ctobre 2011)

Les femmes du Printemps arabe: leurs préoccupations sont celles de tout un chacun par Natana J. Delong-Bas
Les femmes font partie intégrante du Printemps arabe – et les considérer comme une catégorie à part lorsqu’on examine les conséquences d’un Moyen-Orient en transition amoindrit leur rôle, déclare Natana J.Delong-Bas, auteur et rédactrice en chef de The [Oxford] Encyclopedia of Islam and women (L’encyclopédie de l’Islam et des femmes [Presses universitaires d’Oxford]). (Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011)

Maroc: Des réformes sans changement de régime? par Moha Ennaji
Moha Ennaji, professeur d’Etudes culturelles et de genre à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah, examine les nombreux changements politiques en cours au Maroc et explique pourquoi, contrairement à d’autres pays dans la région, les manifestants ne réclament pas un changement de régime. (Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 28 octobre 2011)

Les commentaires sont fermés.