#CIVICUS : L’Afrique est-elle contaminée par le “printemps arabe”? par David Kode* #SPCG

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Cet article a été extrait de l’édition du 16 décembre  du Service de Presse Common Ground sur lequel vous pourrez retrouver les articles suivants :
Le gouvernement d’entente nationale sera-t-il en mesure d’établir la paix au Yémen? par Abubakr Al-Shamahi
La société civile afghane demande la paix par Lisa Schirch
La règle de droit: une priorité post-printemps arabe par Nasser Al-Sarami
Moyen-Orient: l’attention portée aux autres peut-elle contribuer à rapprocher? par Aviad Haramati et Nancy Harazduk

*David Kode est analyste politique à CIVICUS (Alliance Mondiale pour la Participation Citoyenne). Article rédigé pour le Service de presse de Common Ground (CGNews).

Source : Service de presse de Common Ground (CGNews), 16 décembre 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Johannesburg- Le réveil arabe, avec ses soulèvements exaltants et ses élections historiques (les plus récentes ayant eu lieu en Tunisie et en Egypte), a été suivi par les citoyens d’autres pays africains et perçu comme un modèle permettant d’induire le changement. Pour l’instant il est à l’origine d’une demande publique de réformes similaires dans divers pays africains, tels que le Sénégal, le Malawi, l’Ouganda et le Swaziland.

En même temps, à travers tout le continent africain, les gouvernements sont de plus en plus inquiets de l’influence que la révolution nord-africaine pourrait avoir sur leur propre pays. Au lendemain des soulèvements tunisiens et égyptiens, par exemple, le gouvernement du Zimbabwe a arrêté environ 45 activistes et les a, dans un premier temps, accusés de trahison pour le simple fait d’avoir regardé des vidéos relatant les révoltes en Egypte et pour avoir discuté des implications découlant de ces événements pour les Africains. Des exemples semblables ont été rapportés au Malawi, au Gabon, en Ouganda et dans d’autres pays d’Afrique.

On peut en tirer une leçon claire : peu importe le niveau de répression exercé par un régime, ce dernier peut être renversé par des citoyens motivés.

Une autre leçon offerte à l’Afrique par les soulèvements arabes est que des gens d’origines politiques ou religieuses différentes peuvent se rassembler autour d’une cause commune : demander des réformes essentielles. Les nouveaux dirigeants peuvent répliquer une telle collaboration au niveau national, en créant des gouvernements qui incluent des citoyens provenant de sphères différentes, de façon à améliorer la collaboration, la responsabilisation et la façon dont les futurs leaders seront élus.

Alors que le Zimbabwe se rapproche de ses prochaines élections, on risque d’observer des vagues d’actes répressifs perpétrés contre la société civile, les partisans des droits humains et tous ceux en faveur de l’opposition. Mes ces élections représentent également une opportunité, pour les citoyens, de décider, au moyen des urnes plutôt que par des manifestations de rues violentes, qui doit diriger le pays. Des élections libres, équitables et transparentes doivent fournir une alternative à la violence et une transition en douceur vers un nouveau système politique.

Ce qui ressort très clairement des soulèvements en Lybie, en Egypte et en Tunisie est que la fin des leaders perçus jusqu’alors comme inattaquables, offre des opportunités et des défis uniques. Les opportunités sont évidentes dans les nouveaux espaces démocratiques, après des décennies de travail fourni par la société civile dans des environnements restrictifs dans lesquels les élections, si toutefois organisées, n’étaient qu’une façade permettant de légitimer le pouvoir en place. Les défis incluent : la reconstruction des infrastructures détruites au cours des révoltes, l’amélioration des conditions sociales et économiques et la prévention de l’afflux d’acteurs indésirables dans ces nouveaux espaces politiques, ce dernier point incluant les militaires et tous ceux ayant des agendas cachés.

Comme on a pu le constater au cours du «printemps arabe», les média sociaux et la prise de conscience collective que des réformes démocratiques et sociales devaient maintenant vraiment avoir lieu, offrent des opportunités évidentes de collaborations gouvernement-citoyens.

Cependant, alors que les changements ont lieu, il faut se garder de répliquer les expériences passées de l’Afrique. Nous ne devons pas oublier les nouveaux dirigeants qui ont remplacé d’anciens gouvernements et qui très vite ont oublié les mises en garde de leurs camarades et ne sont maintenant pas différents des régimes qu’ils avaient alors renversés.

Avec le bénéfice du recul, il est maintenant temps pour nous d’essayer des modèles de gouvernance complètement différents. Ceci implique l’autonomisation des citoyens et une nouvelle charge de responsabilités pour eux, en utilisant un modèle dans lequel les gouvernements et la société civile agissent en partenaires, chacun devant rendre des comptes à l’autre. Après tout, ce qui était louable durant la lutte égyptienne était que, au milieu du désordre de la révolution, la sécurité et quelques services de base ont continué à être fournis aux citoyens par d’autres citoyens.

Le «printemps arabe» a clairement mis en évidence le besoin de changement de paradigme avec comme nouvelles données un pouvoir décentralisé et des citoyens autorisés à participer activement à leur destin.

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