« 2011 dans le monde arabe : un changement dans lequel on peut croire » par le Prince El Hassan bin Talal de Jordanie #SPCG

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In Edition du 23 décembre 2011

* Son Altesse royale le Prince El Hassan bin Talal est le président et le fondateur de l’Arab Thought Forum et du West Asia North Africa Forum.
Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 23 décembre 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Amman (Jordanie) – Nous arrivons à la fin d’une année significative sur le plan régional et mondial. De multiples mouvements d’ »éveils » ont changé le contexte stratégique, social et politique de la zone que j’appelle «Asie de l’Est et Afrique du Nord» (appelée plus communément Moyen-Orient et Afrique du Nord).

Dans l’ensemble, de profondes tensions dans l’économie mondiale –pas uniquement limitées aux pays occidentaux – ont montré que nous vivons dans une ère fortement mondialisée, dans laquelle l’opportunité, l’égalité, l’équité et la mobilité sociale semblent avoir été compromises à outrance. Les déficits budgétaires dans de nombreux pays à travers le monde ont créé et accentué un déficit de confiance et de dignité humaine aussi bien en Occident que dans la zone Asie de l’Est et Afrique du Nord. C’est ce qui a engendré le mouvement Occupy à Londres et aux Etats-Unis, et le mouvement des «Indignés» en Espagne – tous deux influencés par l’éveil arabe, avec lequel ils partagent des revendications communes.

Ce que nous sommes en train de voir est peut-être la naissance d’un nouveau discours mondial dans la zone Asie de l’Est et Afrique du Nord. Ce discours se résume essentiellement à ceci : l’être humain est «trop important pour sombrer . En 2012, il faudra néanmoins plus de précisions : aucune des manifestations, qu’il s’agisse de la Place Tahrir au Caire, de Wall Street à New York ou ailleurs, n’ont été codifiées intellectuellement ou politiquement. En revanche le concept de sécurité humaine a été justifié par les événements sur le terrain : une masse critique, composée d’une majorité autrefois silencieuse a fait surface.

Mais le phénomène du tweeting – qui est si étroitement associé aux soulèvements récents – ne peut pas remplacer la réflexion, et la passion ne peut pas remplacer la discipline. 

Nous sommes devenu une région aux accents multiples ; des décennies de division et de règles nous ont rendus incapables de parler d’une seule et même voix. A cause de cela, ceux qui sont extérieurs à notre région, parlent trop souvent à notre place.

Il est temps de développer de nouveaux discours – et un plus grand sens de l’unité. Il y a une année, le 1er janvier 2011, 21 personnes trouvaient la mort lors d’une attaque d’une église copte à Alexandrie, 25 jours plus tard, musulmans et chrétiens priaient ensemble sur la Place Tahrir. Cela n’a pas duré longtemps – les tensions sectaires ont refait surface en Egypte, à Bahreïn et dans l’ensemble de la région. Cela laisse tout de même supposer que les frictions qui semblent si souvent déchirer cette région sont en fin de compte bien plus fragiles qu’elles ne paraissent. 

Le monde arabe est souvent décrit comme un endroit où l’on se bat contre tout, notamment contre le progrès. Or au cours de ces derniers mois, ce sont bien les hommes et les femmes de cette région qui ont montré le chemin de la lutte pour ce qui a été décrit comme les droits universels à la justice, à la transparence, à la responsabilité, le droit d’avoir une carrière et une famille et le droit des Palestiniens à devenir des citoyens dans leur propre territoire indépendant. On a remodelé, remis en question et on s’est battu lourdement à travers un large éventail d’arènes pour l’avenir de la région Asie de l’Est et Afrique du Nord. Cet avenir demeure incertain et ses contours sont opaques – mais ses braises restent ardentes.

Notre région nécessite une déclaration des droits qui interdise toutes formes de discrimination, tout en soulignant les responsabilités. Il faut la participation de ce j’appelle les communautés de «la troisième sphère» – organisations civiques, gouvernement et secteur privé – pour engendrer des modèles sérieux de cohésion et d’inclusion sociales. Nous avons besoin d’investir dans la recherche et le développement – et soutenir non seulement les entreprises naissantes mais aussi les personnes instruites. 

En 1987, je faisais partie d’une commission qui présenta devant l’Assemblée générale de l’ONU un rapport prônant un «nouvel ordre humanitaire». Le rapport intitulé «Winning the Human Race» (Jeu de mot voulant dire gagner la compétition humaine ou la race humaine) arguait que la croissance économique et la sécurité nationale dépendaient essentiellement du bien- être des individus et des communautés. 

La conclusion qui peut être tirée de ces 12 derniers mois semble concorder avec les découvertes de ce rapport vieux de 24 ans. Dans un sens, le rapport comme la conclusion suggèrent que le vrai «changement dans lequel on peut croire» n’émane non pas des gouvernements, des armées ou des institutions – mais de chaque être humain. 

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