« Combattre la haine par des moments de partage inattendus » par Anya Cordell* #SPCG

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Aujourd’hui, je vous propose à la lecture l’article d’Anya Cordell, publié sur le site de SPCG, à propos de combattre la haine. Et ce malgré la haine que j’éprouve, oui vous avez bien lu, à l’encontre d’Andry Rajoelina pour avoir mis le pays et le peuple Malgache dans l’état dans lequel ils sont actuellement. Personnellement, je ne vois aucun moment de partage inattendu avec lui et ses sbires…


* L’écrivaine et conférencière juive Anya Cordell, lauréate du prix Spirit of Anne Frank, est l’auteur de Race : Open & Shut Case , ouvrage qui figure sur la liste des «livres qui changent votre vie» du N’Digo Magazine et qui remet en question les suppositions autour de la notion de «race». Son article : «Where the Anti-Muslim Path Leads» a été également très applaudi. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 20 janvier 2012, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

20 janvier 2012
Chicago – Le célèbre militant et défenseur des droits civiques Martin Luther King, Jr, a dit : «Les hommes se haïssent parce qu’ils ont peur les uns des autres, ils ont peur les uns des autres parce qu’ils ne se connaissent pas, ils ne se connaissent pas parce qu’ils sont souvent séparés». En Amérique, nous rendons hommage à sa mémoire le 16 janvier. A cette occasion, nous devrions nous demander comment briser le cycle dont il parle.

En réfléchissant à cette question, je me suis rappelée de la fois où ma communauté avait été confrontée à des difficultés après l’assassinat d’un habitant noir du quartier par un blanc suprématiste. Pendant plusieurs mois, nous nous sommes retrouvés le soir de la semaine où le meurtre avait été perpétré pour faire quelques pas et discuter ensemble. Ces retrouvailles sont devenues une habitude et ont changé notre comportement. C’était notre manière à nous de réagir au traumatisme vécu par notre communauté, notre façon de soutenir la famille de la victime et de retrouver notre quartier et de recadrer nos vies, au lendemain de ce choc et de la haine qu’il avait fait surgir.

Deux ans après ce drame, les attaques du 11 septembre ont semé l’horreur et la peur à l’échelle planétaire. Partout dans le monde, on en a ressenti les répercussions. La peur s’est vite figée, engendrant clichés et suspicion générale. Des personnes innocentes ont été victimes des premières réactions de haine partout aux Etats-Unis. Depuis, les musulmans, en particulier, n’ont cessé d’être l’objet de préjugés, de pressions, de violence physique et de dénigrement, et d’autres communautés – Sikhs, Hindous, Asiatiques et Arabes chrétiens – en Amérique et ailleurs, en ont ressenti l’impact. De par mon travail, je me suis liée d’amitié avec les proches des personnes innocentes assassinées pendant cette vague de réactions violentes. Je suis extrêmement préoccupée par les voix virulentes qui, dans ce contexte d’engrenage des préjugés, sont en train de profiter de la situation, pour attirer des votes et gagner de la notoriété.

Quelles initiatives concrètes pourraient-elles modifier cette dynamique, bien trop répandue, décrite par Martin Luther King, et éliminer le racisme, la xénophobie, l’islamophobie et tous les autres préjugés ? Y-a-il quelque chose de plus efficace que le dialogue, qui lui, peut s’enliser à tout moment et aboutir à la discorde ?

Je crois que les petites promenades répétitives, initiées dans ma communauté tout comme une autre initiative de ce genre appelée «moments de partage» sont plus motivantes que les programmes qui analysent les religions ou les cultures antagonistes. Elles sont aussi plus faciles à organiser au sein des communautés, des écoles, des universités, des organisations et des entreprises. La simplicité de ces initiatives vient à bout des séparations mêmes très affirmées, et de la désinformation entre ceux de religions, d’ethnie, de milieux différents.

Des moments de partage – qui sont gratuits et peuvent se faire en famille – peuvent se dérouler aussi bien dans le salon d’une personne, que dans une salle des fêtes, dans un local appartenant à une communauté religieuse ou dans un auditoire d’école ou encore dans la cafeteria d’une entreprise. Dans les communautés, le lieu de ce genre de réunions peut être changeant et varier chaque mois. Les participants sont invités à partager de la musique, de l’art, de la poésie, des histoires qui redonnent de l’espoir et font rêver ; ils peuvent parler de ce qu’ils font ou même de faire une mise en scène pour donner de l’expression à quelque chose d’émouvant, de significatif ou d’évocateur sur le plan personnel.

Lors d’une réunion de ce type, un Américain d’origine bangladaise a régalé les participants en racontant des histoires de confrontations d’identités, et de confrontations de sous-groupes à l’intérieur de groupes. Quant il était enfant, il était le seul musulman à la peau foncée dans son école. Il avait été étonné de voir que les chrétiens et les juifs n’étaient pas simplement des «blancs» ; puis un jour il a découvert une mosquée dans son quartier, fréquentée par des musulmans bosniaques à la peau claire. Sa manière à lui de dépasser ces divisions, c’est l’humour. Ces «moments de partage» créent de surprenants portails à travers lesquels on peut apercevoir «l’autre» en tant qu’être humain égal et découvrir les possibilités de compassion et d’amitié.

Les petites promenades répétitives, à l’instar de ces moments de partage, sont différentes des marches ponctuelles ou des marches interreligieuses qui se déroulent une fois par an et qui sont devenues banales. Dans ma communauté, nous avons appris les avantages des rencontres régulières. Elles ont même fini par attirer les personnes les plus réticentes du voisinage, qui avaient hésité à franchir le seuil de quelqu’un d’autre, ou à pénétrer dans des maisons ou des lieux de cultes qui ne leur étaient pas familiers. Ceux qui n’étaient pas à la recherche de dialogues ou de rencontre et qui voulaient simplement faire de l’exercice physique, pouvaient se joindre au groupe ou le quitter à leur guise. Or du fait que ces promenades étaient régulières, des relations inattendues se sont développées.

La plupart d’entre nous avons des préjugés inavoués sur les autres. Mais, lorsque des parents marchent ensemble derrière leurs poussettes et se retrouvent à comparer leurs impressions sur l’éducation des enfants, le fait que l’une des personnes porte un voile et l’autre une kippa ne paraît plus si important. Nous pouvons même concevoir de devenir des alliés, prêts à prendre des risques pour les autres et imaginer les autres en faire autant pour nous.

Alors qu’il est difficile de lancer des mouvements ou des campagnes d’actions politiques, ces initiatives sont facilement imitées. Elles peuvent engendrer des situations intéressantes et incroyablement précieuses entre des êtres humains – l’antidote au mépris et à la destruction.

De par leur simplicités, ces initiatives présagent des idéaux dont Martin Luther King était l’illustration: aller à la rencontre les uns des autres avec une ouverture sur notre humanité commune et essentielle et reconnaître notre amour commun pour un monde dans lequel nous nous sentons valorisé et en sécurité.

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