Mon samedi culturel : «L’exposition du British Museum offre aux visiteurs l’occasion de découvrir le pèlerinage des musulmans» par Shelina Zahra Janmohamed* #SPCG

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Je n’ai jamais été à Londres, l’occasion ne s’est pas présentée jusqu’ici, mais en voilà une toute trouvée !!! Qui plus est, le British Museum est en accès libre, c’est-à-dire gratuit, d’après ce que je sais. Corrigez-moi si je me trompe… 

27 janvier 2012 

*Shelina Zahra Janmohamed est l’auteur de Love in a Headscarf   et blogue sur http://www.spirit21.co.uk/
Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 27 janvier 2012, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Londres – Qaisra Khan et moi-même nous trouvons dans la salle de lecture circulaire du très renommé British Museum de Londres. Autour de nous, des gens sont occupés à installer des objets historiques du monde musulman ayant un rapport avec le hadj, le pèlerinage à la Mecque – une obligation religieuse essentielle pour tout musulman adulte.

Qaisra Khan est l’un des conservateurs de l’exposition intitulée  »Hadj: Voyage au coeur de l’Islam » qui ouvrira ses portes le 26 janvier prochain au British Museum. Elle est manifestement toute excitée que cette exposition novatrice puisse, de manière indirecte, faire découvrir le pèlerinage à des non-musulmans. Des reliques méticuleusement rassemblées, issues de collections publiques et privées du Royaume-Uni, d’Arabie saoudite et d’autres régions du monde, y sont exposées. Parmi les pièces prêtées par l’Arabie saoudite, figure un seetanah, une étoffe brodée fendue en son milieu pour permettre d’entrer dans la Kaaba. Les rouges et bleus qui entourent la calligraphie arabe cousue soulignent la richesse du texte coranique qui orne l’étoffe.

L’exposition offre l’occasion de découvrir le pèlerinage à travers des expériences à la fois contemporaines et historiques. Mon regard est attiré par une carte originale indiquant les itinéraires possibles du chemin de fer du Hedjaz qui avait été planifié par le dignitaire ottoman Haji Mukhtar Bey durant son propre hadj.

De l’autre côté du hall se trouve représenté un groupe de personnes aux couleurs vives, presque caricaturales. Parmi elles, un pèlerin au bord d’un plan sablonneux entouré d’un bleu intense. C’est un tableau qui provient de l’Egypte du Sud où, pendant des centaines d’années, des membres des petits villages peignaient le départ des pèlerins.

Qaisra Khan affirme que lorsqu’il est question d’islam,  »on n’entend parler que de ‘sharia‘. Or, c’est l’une des rares occasions où il n’en est pas question – cette exposition porte juste sur ce que c’est que d’être musulman. » Qaisra Khan souhaite que les visiteurs puissent en faire l’expérience.

C’est un sentiment profond qui appelle à une plus grande réflexion: Quel effet cela fait de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre et de découvrir le monde sous un autre angle?

Le hadj est l’exemple type d’événement qui permet de créer des liens avec d’autres personnes en partageant un lieu et son temps avec celles-ci. Ce n’est pas le plus important de tous les pèlerinages mais il réunit sans aucun doute le groupe de participants le plus varié – l’an dernier, il a rassemblé des personnes de plus de 180 nationalités.

Parmi les objets historiques présentés dans le cadre de cette exposition figure une peinture de Shiraz (dans l’Iran de l’époque moderne) du XVème siècle représentant une foule à l’intérieur du haram ou sanctuaire sacré, à la Mecque. L’artiste a représenté une marée humaine avec des couleurs de peau allant du noir au blanc en passant par toutes les nuances de tons intermédiaires.

De l’autre côté du hall se trouve une photographie de 2009 montrant les pèlerins d’aujourd’hui dans le désert d’Arafat où ils se rendent en signe de pardon. Une fois de plus, les visages montrent des hommes dans leur quête commune de pardon, vêtus du même simple vêtement blanc, toutes différences extérieures effacées. Les nouveaux pèlerins ne peuvent qu’apprendre à connaître ceux qui sont originaires de pays et cultures différents et, à leur tour, être changés par l’accomplissement de leur humanité commune.

L’exposition sur le hadj organisée par le British Museum tente de recréer cette expérience intense et de la faire partager à un large public.

Partager un lieu et son temps avec d’autres est crucial pour le développement de l’empathie et fait naître une volonté instinctive d’aider les autres. L’événement que constitue le hadj est une expérience mémorable mais créer de l’empathie intervient aussi au quotidien. Nous autres, êtres humains, pouvons créer ce type d’empathie en soutenant les autres dans ce qu’ils estiment être important.

J’ai observé ce phénomène à la mosquée de Londres qui s’est arrangée pour que sa congrégation assiste à la messe de minuit à l’occasion de Noël afin de créer des liens avec les membres de la communauté chrétienne locale. J’ai également vu, lorsque je vivais et travaillais à Bahreïn, des musulmans sunnites montrer leur soutien aux musulmans chiites et faire preuve de compréhension à l’égard à l’heure où ceux-ci célébraient Ashura, une journée de deuil traditionnelle. C’est ainsi que les sunnites apportaient de la nourriture à leurs amis chiites afin que ces derniers soient libérés de toutes tâches ménagères en un jour si important pour eux.

Partager des expériences est essentiel pour créer des liens d’émotions et de soutien. Bien que cette exposition soit une aventure historique et culturelle, qui plus est plaisamment apolitique, elle offre au visiteur – musulman ou non-musulman – l’occasion de se mettre dans la peau d’un autre durant quelques instants. Une chance qui, dans notre monde aux fâcheuses divisions, dont on doit toujours se féliciter.

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