Lundi magique d’inspiration : « Pour les fêtes, des recettes agrémentées de tolérance » par Natasha Tynes #SPCG

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Cela faisait bien longtemps que je n’ai pas été lire les articles du SPCG « des articles constructifs qui favorisent le dialogue », et voilà que je tombe sur celui-ci qui me paraît tomber bien à point pour en reparler à nouveau…La mise en gras de certains paragraphes est de mon fait…

14 décembre 2012

* Natasha Tynes, d’origine américano-jordanienne, est une professionnelle des médias installée à Washington. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 14 décembre 2012, www.commongroundnews.orgReproduction autorisée.

Washington, DC – Sur recommandation d’un ami et en vue des fêtes, j’ai acheté un nouveau livre de cuisine ( »Encore un? » me dirait mon mari). Mais cette fois-ci, c’est autre chose. Paru en octobre dernier, le livre qui s’intitule Jérusalem: un livre de cuisine a été écrit conjointement par deux chefs: l’Israélien Yotam Ottolenghi et le Palestinien Sami Tamimi.

La vraie particularité de cet ouvrage réside dans sa conception. Deux hommes originaires de la même ville – l’un de Jérusalem-Est à prédominance musulmane et l’autre de Jérusalem-Ouest dominée par les Juifs – qui ont grandi en se nourrissant d’uniques mets locaux, se sont rendus ensemble à Londres pour explorer leur propre  »ADN culinaire » et  »démêler les sensations et l’alphabet de la ville » qui ont fait d’eux  »les experts culinaires » qu’ils sont devenus.

Dans l’introduction de leur livre, les auteurs reconnaissent que des différences les séparent.  »La nourriture, cependant, semble parfois faire tomber des barrières. Vous pouvez voir les gens faire leurs achats ensemble dans les marchés d’alimentation ou manger dans les restaurants de l’autre, » soulignent-ils.

Les auteurs abordent également la question du houmous, dont l’origine est très contestée chez les Juifs et les Arabes, chaque partie en revendiquant la paternité. Dans leur livre, les deux chefs voient plutôt leur recette du houmous comme une force fédératrice et non comme une force qui divise.

 »Pour imaginer que le houmous finira au moins par rapprocher les Jérusalémites, il faut faire preuve d’un énorme acte de foi mais nous sommes heureux de le faire. »

Le livre fait découvrir au lecteur le fait que même si  »la cuisine jérusalémite » est très variée, compte tenu des différentes origines ethniques qui composent la ville (des Juifs venus des quatre coins du monde, des Palestiniens chrétiens et musulmans, des moines grecs orthodoxes, pour ne citer qu’eux), des éléments culinaires typiques peuvent être trouvés dans toute la ville.

 »Tout le monde, absolument tout le monde, coupe les concombres et les tomates en petits morceaux pour préparer une salade arabe ou une salade israélienne selon votre point de vue » précisent les chefs dans leur livre.

Alors que les efforts des Arabes et des Israéliens pour mettre leurs différences de côté se révèlent infructueux, ce livre est une bouffée d’oxygène.

Avec ses superbes photos et ses 120 recettes interculturelles allant du poisson à l’agneau et incluant même des desserts, il a touché une corde sensible chez moi en raison, principalement, d’une discussion qui s’est déroulée lors d’un atelier organisé par Search for Common Ground auquel j’ai participé le mois dernier.

Une journaliste de Jérusalem qui assistait à la réunion a mentionné que certains de ses amis lui avaient confié qu’ils refusaient de parler à des Juifs en signe de solidarité pour la cause palestinienne. Elle leur aurait répondu:  » Pourquoi donc? Je suis Palestinienne, je vis à Jérusalem et je parle aux Juifs. Pourquoi ne le feriez-vous pas? »

La triste réalité du problème est que beaucoup d’Arabes et de Palestiniens de la diaspora souscrivent à l’idée de boycotter tout ce qui est israélien ou juif, y compris les gens eux-mêmes. Ils s’imaginent que c’est une façon de résister à l’occupation et de faire passer un message.

Toutefois, je me demande si ceux qui adoptent ce raisonnement peuvent changer d’avis en entendant le témoignage d’autres Palestiniens qui communiquent quotidiennement avec les Israéliens.

Je me demande aussi si, présenté à ces personnes, ce livre pourrait changer un tant soit peu la situation, en montrant que les Palestiniens et les Israéliens peuvent non seulement coexister mais aussi créer ce magnifique ouvrage.

La première recette que j’ai réalisée à partir de ce livre est celle des boulettes à la dinde et aux courgettes agrémentés d’oignons nouveaux et de cumin et recouvertes d’une sauce à base de crème fraîche acidulée et de sumac.

Je pourrais passer des heures à décrire combien cette recette était délicieuse avec ses ingrédients frais de  »Jérusalem » mais je préfère mettre l’accent sur ce qui en a découlé.

Ma famille s’est montrée satisfaite du résultat et n’en a pas laissé une miette, y compris mon fils de 14 mois qui est très difficile à table et s’amuse à jeter la nourriture par terre.

Toutefois, la particularité de cette recette est le débat qu’elle a suscité lorsqu’elle a été servie aux invités. Dès la première bouchée, une saine discussion sur la question israélo-palestinienne, la coexistence et la tolérance, s’est engagée entre Andréa, mon amie brésilienne, et moi-même.

Non seulement ce livre propose des recettes de plats incroyables et joliment présentés mais en plus, il ouvre la voie à des débats sains. Donc, si vous cherchez une recette pour les fêtes, inutile d’aller plus loin. Comme toujours, Jérusalem est la réponse! Sahtein wi afieh!

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