Lundi magique d’inspiration : Réapprendre à désobéir de nos jours

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D’Etienne de la Boétie (1530-1563) à Jean-Marie Muller en passant par Henri David Thoreau (1817-1862), sans oublier le Manifeste des Désobéissants, voici des extraits dont certains paragraphes ont été mis en gras de mon fait. Au risque de me répéter…

Colloque sur la désobéissance civile

[…] Si on veut chercher le fondement philosophique de la désobéissance civile et de la non-coopération, il faut remonter aux écrits d’Etienne de la Boétie (1530-1563). Ce grand ami de Montaigne rédige en 1548, le « Discours de la servitude volontaire ». Cet essai développe l’idée que la nature de l’homme est d’être libre et s’il est esclave c’est volontairement. L’homme est complice de la servitude qu’il subit puisque le tyran tire son pouvoir et sa force de ceux-là même qu’il domine. L’esclavage du peuple ne tient pas à la force du tyran mais à sa propre démission. La paresse, la coutume, les habitudes endorment la raison et la vigilance. Le pouvoir du tyran existe parce que le peuple obéit à ses ordres, pour défaire le tyran il faut refuser de le servir. La Boétie , cet étudiant en droit de 23 ans, a l’intuition que le peuple, sans utiliser la violence, peut faire tomber un pouvoir absolu en lui retirant son soutien.  » Soyez résolus de ne servir plus et vous serez libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même, fondre en bas et se rompre. »

Ce texte nous incite en notre âme et conscience à ne pas cautionner des orientations prises en notre nom et à désobéir à des lois injustices. Il s’agit de préférer la légitimité à la légalité […]

Il [Henri David Thoreau] déclare que le premier devoir d’un homme envers son Etat lorsque les intérêts de celui-ci sont en conflit avec sa conscience est de lui résister.

« Désobéissance civile ». Dans ce livre qu’il fait connaître en faisant des conférences, il théorise le droit de l’individu à refuser de coopérer avec un système qui ne convient pas à sa conscience. Ce livre est devenu une référence, Tolstoï le découvrit en 1894 grâce à un journal anglais et Gandhi le lu bien plus tard en prison en Afrique du Sud.

Dans son essai, Thoreau place le citoyen en face de sa conscience et en face de son gouvernement et se demande auquel des deux il doit la plus grande fidélité. Voici sa réponse: « La seule obligation qui m’incombe est de faire en tout temps ce que j’estime juste ». Thoreau admettait qu’il devait être mis en prison pour son action mais il insistait sur le fait que son refus de payer l’impôt était l’acte d’un bon citoyen servant son gouvernement avec conscience. « Si la machine gouvernementale veut faire de vous l’instrument de l’injustice envers notre prochain, enfreignez la loi » disait-il. La désobéissance civile était pour lui avant tout un acte individuel, une attitude personnelle qui découle d’un choix éthique. Il ne se préoccupait pas d’organiser une action collective, néanmoins il reconnaît que si d’autres citoyens posaient le même acte, ensemble ils pourraient élever une protestation efficace même en étant une minorité. Comparant le gouvernement à une machine, il souhaitait montrer comment une faible minorité par le refus de payer l’impôt pouvait détraquer le mécanisme de cette machine. Ce serait, disait-il une révolution pacifique. En stimulant le courage des hommes et des femmes et en leur montrant qu’ils peuvent agir selon leur conscience, la conception de Henri-David Thoreau sur la désobéissance civile a crée le fondement de la résistance non-violente à l’injustice.

Le Manifeste des Désobéissants

«Une minorité est sans pouvoir tant qu’elle se conforme à la majorité ; ce n’est même pas alors une minorité ; mais elle est irrésistible lorsqu’elle fait obstruction de tout son poids. […]
Si un millier d’hommes devaient s’abstenir de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une initiative aussi violente et sanglante que celle qui consisterait à les payer et à permettre ainsi à l’État de commettre des violences et de verser du sang innocent. C’est là, en fait, la définition d’une révolution pacifique, si tant est que pareille chose soit possible.» Extrait du livre de Thoreau

On nous rebat les oreilles pour nous préparer au bon geste citoyen en allant voter. J’estime que (et je n’engage que moi dans les propos qui suivent) la désobéissance civile est un geste bien plus citoyen et politique que celui de glisser un bulletin dans une urne et de s’en remettre ainsi à des personnages.
Ils sont certes élus démocratiquement, mais dès qu’ils sont assis sur le siège du pouvoir ils s’empressent d’édulcorer, voire d’oublier totalement leurs promesses préélectorales.
Les exemples ne manquent pas. À moins d’être frappé d’amnésie, ils affluent nombreux : le logement, l’immigration, le chômage (épouvantail brandi pour grignoter le Code du travail et remettre des chaînes aux chevilles des salariés), l’écologie (celle drapée dans une mode «verte», mais ne remettant pas en question la course à la consommation de tout et tout de suite), etc.
Comment est-il possible de continuer à croire qu’un gouvernement osera aller à l’encontre d’une politique capitaliste, installée depuis des décennies ? Où le résultat d’exploitation de cette politique n’est autre que celui des bénéfices, quitte à inscrire dans le compte pertes et profits des cadavres, des morts-vivants (ces victimes peuvent avoir une appellation non contrôlée : les dégâts collatéraux). Bénéfices, évidemment répartis entre les différentes classes dirigeantes, mais certainement pas pour le bien-être de la population.
Pour ma part, la désobéissance civile doit redevenir (car elle ne sort pas du chapeau de quelques énergumènes utopistes, mais a déjà été mise en pratique, et l’est de nos jours par un petit nombre de militants dans des réseaux) un contrepoids à cette politique pernicieuse, qui n’hésite pas à s’entourer de moyens militaro-policiers pour asseoir ses pouvoirs. Certaines personnes, individuellement, l’appliquent également dans leur quotidien, par des actes simples et concrets.
Cette force, individuelle ou groupusculaire, gagnerait en efficacité si, à des moments opportuns, elle était réunie et participative. C’est pourquoi, il est important de se rassembler et de prendre part à des actes de désobéissance

De l’impératif de désobéir (au 21ème siècle) selon Jean-Marie Muller

La notion de désobéissance civile connaît aujourd’hui un regain d’intérêt qui n’exclut pas toujours les approximations. Les noms de Thoreau, de Gandhi, de Martin Luther King, étroitement liés à son histoire, font désormais partie de la culture générale. Mais on ne sait pas toujours que l’idée d’une obéissance conditionnelle à l’État et à ses lois émerge, sous la plume d’un John Locke, dès le XVIIe siècle ; que la désobéissance civile fut, à l’exemple des universitaires norvégiens en 1942, un des modes de résistance à l’occupation nazie ; qu’en Pologne notamment, c’est une authentique campagne de désobéissance civile qui précipita l’effondrement du régime communiste… De Tolstoï à John Rawls, de la «marche du sel» en Inde aux «faucheurs volontaires» en France, ce concept s’est sans cesse enrichi sur les plans philosophiques et stratégiques.
En un dialogue fertile avec les textes fondateurs et les grandes campagnes historiques,
Jean-Marie Muller explique tous les ressorts de la désobéissance civile, et nous montre ce qu’elle est avant tout : un impératif personnel d’éprouver la légitimité de la loi ; et le cas échéant, la faculté de rompre avec son cadre rassurant. Jean-Marie Muller en homme de terrain, montre que, loin d’affaiblir la démocratie, la désobéissance civile est de nature à en restaurer le sens et à la renforcer. Contre l’inertie des institutions, l’autisme des professionnels de la politique, la prolifération des lois et leur usage électoraliste, les pratiques policières et judiciaires abusives, elle constitue pour les citoyens, une arme redoutable en même temps que l’occasion de reprendre enfin leur voix dans le débat démocratique.

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