LE FOKONOLONA, VOIE DE L’UNITE POUR LES MALGACHES

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Tel est le titre du document dont j’ai repris l’intégralité sur le site Haisoratra et dont la mise en ligne a été faite le lundi 12 février 2007 par Nary
Rubrique : Vaovao Farany / Actualités littéraires

Cette fois-ci, on ne pourra pas me reprocher d’aller chercher ailleurs ce qui existe déjà ou en tout cas existait à Madagascar et qui avait l’air de bien fonctionner en son temps. Sauf que celui qui l’a initié a été assassiné, combien de jours déjà, après son accession à la Présidence du pays…Je peux vous dire que j’étais profondément émue pendant que je procédais à la correction des caractères spéciaux qu’il fallait remplacer par les caractères adéquats…Je tiens à m’excuser par avance si ce document est déjà publié ailleurs que sur le site de haisoratra. C’est en effectuant une recherche Google sur le Fokonolona que j’ai trouvé ce document et comme il correspondait à ce que je voulais, je ne me suis pas étalée sur les autres résultats de recherche, car il y en a ! Et comme ce n’est pas moi qui parle, je vous préviens, le document est long !!! Et surtout il pourrait donc nous faire comprendre encore plus ce qui se passe actuellement. Du moins, personnellement j’ai compris certaines choses en lisant le document.

LE FOKONOLONA, VOIE DE L’UNITE POUR LES MALGACHES
Exposition organisée en commémoration de la disparition du colonel Richard Ratsimandrava, Antananarivo, Place du 19 mai 1929, du 10-28 (?) février 1976
(Traduction française de Mireille Rabenoro)

Tout se passe parfois comme si la nature conspirait à l’émergence d’une créature rare, dont la gestation peut prendre plusieurs siècles. A l’apparition de ces créatures rares, leur environnement conspire à son tour à sa destruction, car elles sont différentes des autres. Le colonel Ratsimandrava était de ces créatures.

Antananarivo, 10-28 (?) février 1976
Les problèmes de l’heure de la nation :
une économie dominée par les intérêts étrangers
une instruction orientée vers la défense de ces intérêts
une croissance économique inférieure à la croissance démographique
une mentalité individualiste peu soucieuse des intérêts nationaux
une masse paysanne condamnée à servir les intérêts d’une minorité.

LA VOIE A SUIVRE : UN CHOIX BASE SUR LE FOKONOLONA
La structuration du Fokonolona a pour finalité la rénovation. Celle-ci doit se baser sur le peuple, élément fondamental des affaires nationales, d’où la nécessité de donner au Fokonolona sa part de responsabilité dans la conduite des affaires de l’Etat.
Le choix suivant s’impose à toute personne sur le point de prendre en mains les affaires de l’Etat :
I. La mise en place d’un gouvernement se fera-t-elle dans des conditions hâtives, et est-elle seulement destinée à ramener l’ordre par la force, sans aller jusqu’à la source du mal, quitte à voir le désordre réapparaître sous peu ?
II. Ou bien s’agit-il d’élaborer et de mettre en oeuvre un système de gouvernement qui s’appuie sur l’ensemble du peuple, de manière à favoriser la solidarité et la responsabilité de tous dans l’entreprise de développement de la nation ?
A la première question, nous avons répondu ‘Non’ , a déclaré le colonel Ratsimandrava, et bien que la voie qu’implique le deuxième choix soit longue et difficile, nous estimons que la conjoncture présente offre une ultime opportunité pour la mise en place d’un gouvernement qui mette en avant les valeurs nationales. Ainsi avons-nous décidé de nous appuyer sur le Fokonolona pour asseoir le développement et la paix sociale.
L’heure est à la prise de conscience, à la prise de responsabilité. L’élan concerté que nous prendrons à travers le Fokonolona nous conduira au salut, à la promotion des intérêts de la majorité. En effet, il n’y a pas lieu d’attendre que la manne nous tombe du ciel ! Il nous faut doter le Fokonolona de capacités nouvelles. C’est ainsi que nous pourrons accéder au développement et au progrès. Le Fokonolona est donc la base, qui sera dotée du pouvoir de décision sur les questions qui le concernent. C’est le peuple lui-même qui, à travers le Fokonolona, sera responsable de la réalisation du progrès dans tous les aspects de la vie :
la préservation de son patrimoine
la sécurité
la santé
l’entretien des routes
la résolution et l’arbitrage des conflits entre résidents, et relevant du code civil
l’élaboration et la prise de décision concernant toutes les actions de développement susceptibles de promouvoir les intérêts de la nation ou de la région concernée
la constitution d’épargne
les activités économiques et commerciales
l’agriculture, l’élevage et la pêche.
C’est à travers le Fokonolona, facteur de rassemblement des Malgaches, et d’harmonisation de leurs conditions de vie, que devra être menée la lutte pour le développement de la nation.
v. aussi les décrets : 73.009 73.010 73.040 73.025
Journal Fokonolona, novembre 1974 : ‘Le Fokonolona en milieu urbain.’

RATSIMANDRAVA ET LE RESPECT DES DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE
Un concept central de la pensée et de la culture traditionnelle est résumé dans l’expression : ‘Ny fanahy no mahaolona’ (c’est son âme qui fait de l’homme une créature humaine). C’est ce concept qui a toujours poussé les Malgaches à défendre et à respecter les droits de toute personne humaine, quelle qu’elle soit. Toute personne en relation avec nous, étant dotée d’une âme, est une âme tout comme nous ; cette âme mérite le respect, et ses droits ne sauraient être bafoués impunément. C’est là un héritage de nos ancêtres. Du temps de la colonisation, nous avons respecté les étrangers, en tant que personnes humaines qui, comme nous-mêmes, seraient dotées d’une âme. Nous les avons donc respectés. En recevant ces étrangers, tous autant que nous sommes, nous les avons respectés, prenant même la peine de respecter leurs coutumes. C’est là quelque chose d’unique au monde. Lorsque nous nous rendons à l’étranger, c’est nous qui prenons la peine de nous enquérir des coutumes de nos hôtes afin de nous y conformer. Lorsque des étrangers se présentent chez nous, nous autres Malgaches prenons la peine de nous informer sur leurs coutumes, de manière à pouvoir leur faire les honneurs de notre foyer. Cette attitude, pourtant, présente des effets pervers. Du temps de la colonisation, quand les étrangers étaient tout puissants, ils croyaient que ce respect que nous leur témoignions leur était dû. En fait, ils nous ont obligés à les considérer comme supérieurs à nous-mêmes, à nous plier à leur volonté. C’est en ce sens que je disais que notre attitude présentait des effets pervers. Par la suite, cette situation a eu d’autres conséquences néfastes. La nation a recouvré son indépendance, et ce de façon non violente, ce dont nous autres militaires avons été les premiers à nous féliciter. En effet, si l’indépendance avait été obtenue par la force en 1960, c’est nous militaires qui servions alors dans l’armée française, qui aurions eu le plus de problèmes. Imaginez le dilemme auquel nous aurions été confrontés : notre devoir en tant que soldats nous aurait commandé de nous attaquer à nos compatriotes. Je suis donc convaincu que l’obtention de l’indépendance sans violence a été une bonne chose. Cependant, il y a une chose dont nous n’étions pas tout à fait conscients à l’époque : l’indépendance signifiait que l’intégralité du pouvoir de décision nous revenait désormais, que les décisions ne nous seraient plus imposées de l’extérieur par la force. Malheureusement, comme nous en avons tous été témoins, beaucoup d’entre nous, agents de l’Etat, se sont sentis comblés simplement parce qu’ils s’installaient dans le fauteuil qu’avait occupé le fonctionnaire colonial, dans les maisons et jusque dans le lit qui avaient été ceux des agents de l’administration coloniale. De ce fait, ces nouveaux fonctionnaires ont adopté toutes les attitudes des fonctionnaires coloniaux dans leurs rapports avec le peuple. Et c’est là que nous avons perdu le sens du ‘fihavanana’ malgache, qui se base sur l’idée que c’est l’âme qui fait l’être humain. Ainsi, nous avons oublié que ces gens du peuple auxquels nous avions affaire, si humbles soient-ils, jeunes ou vieux, étaient tous du même sang que nous. C’est d’eux que nous tenons le pouvoir actuellement entre nos mains. C’est pour l’avoir oublié que nous nous sommes retrouvés en difficulté, dans la désunion et la zizanie.
Morondava, 27.04.1973
L’EGALITE DE DROITS
Pourquoi faire figurer dans la Constitution ‘l’égalité de droits de tous les Malgaches’, s’il ne s’agit que d’être égaux dans la pauvreté et la misère ? Le principe est bon, mais dans la pratique il est plus ou moins occulté, de sorte que seuls sont préservés les intérêts d’une minorité de citoyens. Je suis convaincu qu’il n’y a pas d’autre alternative pour essayer de mettre véritablement le peuple sur un même pied d’égalité, de manière à ce que tous profitent équitablement du fruit de leur travail : c’est sur la base du Fokonolona, facteur d’unité et d’égalité des Malgaches, que doit être menée la lutte pour le progrès de la nation. Il y a une chose sur laquelle je voudrais attirer votre attention, à propos de l’égalité : les individus ne sont pas tous semblables. Certains sont doués pour la musique, d’autres pour le travail manuel, d’autres encore pour les activités intellectuelles. Les individus ne sont donc pas tous les mêmes. Notre objectif d’égalité consiste à permettre à chacun de progresser dans son domaine propre. Certains en effet sont compétents dans certains secteurs, d’autres ne le sont pas du tout, mais le seraient plutôt dans des secteurs différents. Voici ce qu’il nous faut trouver : comment faire pour que chacun puisse identifier le secteur qui lui convient le mieux, s’y épanouir et en tirer les moyens de sa subsistance ? Il ne s’agit surtout pas de couler tous les individus dans un même moule. La personnalité de chacun doit être respectée dans la recherche du progrès commun. En effet, s’il fallait faire en sorte que tout le monde ait les mêmes compétences basiques, ce serait insuffisant, car dans ces conditions chaque individu n’aurait plus l’opportunité de s’épanouir. Notre objectif est de favoriser l’épanouissement de chaque individu, qui suivrait alors la voie de sa personnalité propre.
Vous voulez que je censure ce que vous écrivez dans votre journal, mais moi j’ai décidé de faire régner la liberté de la presse à Madagascar. Vous pouvez donc m’insulter dix fois dans le même numéro, vous verrez que je ne vous intenterai pas le moindre procès

RATSIMANDRAVA, ECHANGE D’IDEES ET CONCERTATION
les jeunes
les femmes
les paysans
les fonctionnaires
l’armée
les journalistes
les organisations confessionnelles
le CNPD
les étrangers.
Si le pouvoir est remis entre les mains de l’armée et des techniciens, sans que ce pouvoir soit contrebalancé par la mise en place d’une assemblée représentative, le gouvernement serait déséquilibré. Les techniciens en effet ont fait leurs études à l’étranger, et non sur place ; ils sont allés dans divers pays, mais il se peut qu’ils n’aient pas eu l’occasion de voir de près les réalités nationales, de prendre connaissance des aspirations du peuple, ni de ses capacités. C’est pourquoi les représentants du peuple et les techniciens doivent toujours aller de pair, et que le gouvernement a établi dès le début le principe de la concertation. Il faut savoir tout ce qui se passe dans le pays : PERSONNE NE PEUT CONTRIBUER AU PROGRES NATIONAL EN N’UTILISANT QUE SES PROPRES COMPETENCES. Il faut écouter l’ensemble du peuple malgache. C’est ce qui justifie les échanges d’idées qui ont été menées depuis plus de deux ans. La mise en place de nouvelles structures de gouvernement a pour objet de favoriser la participation du peuple, l’expression de ses aspirations par le peuple, la collaboration du peuple avec le gouvernement. En effet, si le gouvernement devait agir à sa guise, il donnerait raison à ses détracteurs, qui affirment que le régime actuel fait de l’autoritarisme. Pourtant, ce n’est pas du tout le cas. Ce régime a reçu les pleins pouvoirs pour mettre en place la démocratie dans notre pays. C’est la raison d’être des structures de gouvernement que nous avons mises en place.

Foire d’Arivonimamo, 05.07.74
Explications données par le colonel Ratsimandrava
Certaines expressions utilisées par les politiciens provoquent la confusion ; par exemple, l’expression ‘Fanjakan’ny madinika’ (pouvoir prolétarien). L’analyse minutieuse du concept de pouvoir prolétarien fait apparaétre son caractère utopique. En tant que slogan politique, il semble clair dans l’esprit des gens, mais sa mise en œuvre est une autre histoire. Il y a nécessairement un groupe de politiciens derrière ce slogan ; c’est eux qui accèderont au pouvoir, et non chaque prolétaire. Le seul objectif réaliste est la participation de tous à la conduite des affaires nationales, par la représentation de toutes les classes sociales sans exception aux différents niveaux de l’Etat. Tout le monde peut y prendre part. C’est là le sens de la véritable démocratie, et non la confiscation de la totalité du pouvoir par certains groupes ou certaines catégories de gens.
Le slogan : ‘Oui à l’expression de la volonté du peuple ; Non aux ordres venus d’en haut’
Ce slogan est également trompeur : l’expression de la volonté du peuple a nécessairement son pendant, qui est l’ordre venu d’en haut. Il est vrai que sous l’ancien régime tout se basait exclusivement sur les ordres venus d’en haut, ce qui n’est pas bon. Cependant, l’extrême opposé, où seul serait accepté le mouvement de la base vers le sommet, ne serait pas viable non plus : dans un tel système à sens unique, la volonté du peuple s’exprimerait dans le vide, et à force de monter, elle finirait par se dissiper, telle la fumée dans l’air.

LA CONCERTATION
La concertation consiste à permettre au peuple, à la base de la société, de dire : Voici les réalités locales que nous vivons, voici comment nous envisageons de les gérer. De leur côté, les responsables aux échelons supérieurs de l’Etat expliquent : Voici pourquoi nous entendons mener telle ou telle action. Si les responsables, au niveau de l’Etat, ne savent rien de ce qui se passe à la base, ils risquent de prendre des décisions erronées, parce qu’ils ignorent tout des réalités. Par contre, s’il y a véritable concertation, c’est-à-dire que les idées des uns sont confrontées à celles des autres, là le système fonctionne bien. La communication à sens unique, que ce soit dans un sens ascendant ou descendant, n’est pas viable. Seul peut fonctionner un système à double sens.

LES COMITES ECONOMIQUES (VATOEKA)
Certains de nos compatriotes, aveuglés par le profit, ignorent l’avenir de la nation, l’avenir des générations futures, et considèrent que l’argent n’a pas d’odeur. Ils profitent de la conjoncture difficile que traverse le pays pour s’allier aux riches étrangers. C’est cela qui nous fait prendre conscience de la nécessité de chercher les solutions à nos problèmes dans la manière de placer véritablement la gestion de l’économie entre les mains du peuple. Cette voie, le gouvernement l’a tracée, en organisant le Fokonolona. Tout au long de l’année passée, nous nous sommes attachés à la mise en place des structures de l’Etat dans sa dimension globale. Certains prétendent que le Fokonolona a un rôle purement administratif, c’est-à-dire que seules les affaires administratives lui sont confiées. Les individus qui font de telles affirmations n’ont jamais pris la peine de lire les décrets relatifs au Fokonolona. J’y ai en effet stipulé que le Fokonolona doit prendre l’économie en main, et je vous l’affirme maintenant, le Fokonolona sera la base sur laquelle sera bâtie l’économie nationale. C’est dans ce cadre que sera défendu l’intérêt général. C’est dans le cadre du Fokonolona que seront répartis équitablement les produits de la terre, du sous-sol, des activités artisanales ou industrielles que nous aurons menées. A défaut de suivre cette voie, nous remplacerions les exploiteurs étrangers par une autre petite minorité ; et je crois qu’à ce moment-là, il nous serait encore plus pénible de voir des compatriotes nous exploiter, nous réduire à la misère. Quelle voie adopter pour réaliser la véritable prise en main de l’économie par le peuple ? Le décret n°10 de l’année 1973 relatif au Fokonolona stipule clairement que le Fokonolona a le pouvoir d’ériger une commission qui s’occupe des affaires économiques de son ressort. C’est cette structure, que nous avons baptisée ‘Commission Economique’ ou VATOEKA, qui servira de base au redressement de l’économie nationale.

Talatavolonondry, mars 1974
Une année s’est écoulée. Nous avons pu mettre en place les Fokontany. De même, nous avons établi les Commissions Economiques ou Vatoeka. Les avantages que nous pourrons tous en tirer sont évidents. La première action des Vatoeka, aussitôt mises en place, a été de collecter le riz. Les fokontany perçoivent X francs (venty sy kirobo) par kilogramme de riz ainsi collecté. Poursuivant sur cette lancée, les Vatoeka se sont ensuite attelées à la collecte de la vanille. Les fokontany ont perçu 20 francs par kilogramme, ce qui est un bon début. La collecte de café a également commencé, et les fokontany perçoivent X fr (loso) par kilogramme. Cependant, dès que le café aura été exporté, les Vatoeka reveront 7 francs ( ?) supplémentaires. Toutes ces sommes seront recueillies par le Trésor des fokontany. Le maire a eu entièrement raison, en déclarant tout à l’heure qu’il ne faut plus tout demander à l’Etat. En effet, les pouvoirs qui vous ont été remis ne sont pas seulement d’ordre administratif, ils vous permettent aussi de prendre directement en main le développement économique. Toutes ces sommes substantielles devraient permettre é chaque fokonolona de disposer de fonds suffisants pour les actions sociales, la construction de routes et autres projets économiques, selon ses priorités. En effet, cet argent est la propriété des fokonolona. Il leur appartient donc de décider librement de son utilisation dans la limite de leur circonscription. Antalaha, 14.0.74
Les Vatoeka ont été mises en place pour nous permettre d’aller de l’avant dans le combat pour le développement économique. En effet, l’économie est presque entièrement entre les mains des étrangers, et ce de plusieurs points de vue. Et c’est maintenant que nous allons nous efforcer par tous les moyens de libérer notre économie du joug des intérêts étrangers. Dans ce contexte d’appropriation de l’économie nationale, outre la mise en place des Vatoeka, l’organisation de foires telles que celle-ci a un rôle important à jouer. Cependant, il nous faut comprendre que les foires actuelles sont différentes de celles tenues par le passé. Il ne s’agit plus de foires décrétées par l’Etat, ni par un sous-préfet ou un gouverneur local, qui s’en servirait pour exposer des produits pris au hasard. Non, il s’agit aujourd’hui d’organiser l’économie dans toutes les régions, d’organiser l’économie sur l’ensemble du territoire national. En exposant les produits de vos fokontany respectifs, vous visez un objectif important : favoriser les échanges, entre fokontany voisins et même entre fokontany éloignés les uns des autres, afin de promouvoir le commerce. Jusqu’ici, même les fokontany voisins ne se connaissaient pas, chacun essayant de se débrouiller tout seul. Pourtant, nous n’arriverons à rien si nous ne faisons pas preuve de solidarité, d’assistance mutuelle. Je disais donc que les foires comme celle-ci doivent être mises à profit pour rapprocher les fokontany entre eux, les Vatoeka entre elles, de manière à favoriser les échanges économiques. Dans un deuxième temps, nous nous attacherons à chercher les moyens d’acheminer les produits vers les centres urbains. Lorsque nous aurons réalisé cela, je pense que l’ensemble du système fonctionnera à merveille. Je voudrais souligner, à propos des Vatoeka, que cette structure ne se situe pas en dehors du Comité du Fokontany, mais qu’elle est l’un des éléments qui coopèrent en son sein. Seulement, c’est à elle qu’a été confiée la responsabilité des affaires commerciales et économiques au sein du Fokontany. Certains croient que les Vatoeka fonctionnent séparément, et que les bénéfices leur reviennent exclusivement. Pas du tout : ces structures sont destinées à servir l’intérêt général, et à permettre justement de ne plus avoir recours aux levées de fonds, aux cotisations de toutes sortes qui étaient obligatoires chaque fois que le fokonolona organisait une activité. Nous avons étudié la question, et conclu qu’il n’y a qu’une seule solution : la prise en main du commerce, qu’il s’agisse de l’évacuation des produits ou de la distribution des produits de première nécessité. Et les bénéfices n’iront pas à telle ou telle personne, ils serviront é développer le fokontany. C’est là la fonction des Vatoeka. Tous, nous avons donc le devoir d’en surveiller le fonctionnement, de faire en sorte que ça marche.

Foire d’Arivonimamo, 05.07.74
Les commissions économiques (Vatoeka) et le vol de bétail
Le fond du problème est le suivant : certains exploitent l’idée que le vol de bétail fait partie des pratiques traditionnelles. C’est ainsi que les exportateurs et les industriels trouvent leur profit. Et c’est là que se situe le problème. Je crois que le vol de bétail continuera à prospérer tant que le fokonolona n’aura pas pris en charge le commerce du bétail et la surveillance des transactions. C’est l’insuffisance du nombre de têtes de bétail mises sur le marché qui est à l’origine de tous ces problèmes. Les Vatoeka, dans les régions orientales, commencent à jouer un rôle très important dans le commerce des produits de rente. Elles ne pourront jouer le même rôle dans les régions occidentales que si elles prennent en main la commercialisation du bétail. C’est là que réside la véritable solution de ce problème. Le reste n’est que du vent.
L’Education
Le fokonolona est partie prenante dans l’éducation, dans le cadre du développement national. Il s’agit de favoriser l’ouverture de l’esprit, de manière à nous permettre de renoncer aux diverses idées fausses qui nous empêchent d’avoir accès à ce qui devrait nous apporter des avantages. Pour réaliser le progrès, nous devons avant tout favoriser l’ouverture d’esprit de chacun, de manière à pouvoir renoncer aux idées fausses qui nous empêchent d’être réceptifs à ce qui devrait nous faire progresser Le véritable développement favorise l’épanouissement de chaque citoyen, de maniàre à lui permettre d’affirmer sa personnalité, et d’affronter sereinement les difficultés de la vie, sans jamais se décourager. Le concept de fokonolona contient tous les principes de vie propres aux Malgaches. Ces principes ont, je pense, la même valeur que ceux qui régissent les autres civilisations. C’est là que nous pouvons puiser les idées pour l’éducation de la jeunesse, ainsi que le progrès des adultes. Le problème de l’instruction telle qu’elle était dispensée jusqu’ici, c’est qu’elle visait à nous faire perdre notre identité. Tout au long de la période coloniale, les parents ont consenti de grands sacrifices pour l’instruction de leurs enfants. En fait, en leur donnant accès à l’instruction, c’est comme si les parents chassaient leurs enfants du village natal, puisqu’une fois instruits, les jeunes partaient travailler soit dans la fonction publique, soit dans les grandes compagnies. Jamais ils ne revenaient chez eux, et ils rejetaient le mode de vie qui est celui de leur région d’origine. Les diplômes obtenus par une minorité, ou la richesse accumulée par certaines catégories de personnes, ne sont que des signes superficiels de progrès. Si on considérait qu’ils suffisent à réaliser le développement national, les conditions de vie de la majorité de la population resteraient misérables : une petite minorité accaparerait tous les profits, tandis que la grande majorité continuerait à vivre indéfiniment dans la pauvreté, l’ignorance et la misère. Le progrès que nous cherchons à réaliser doit viser toutes les catégories de la population sans exception. Le fokonolona est partie prenante dans l’effort de développement national, du point de vue de l’éducation. Si nous nous considérons comme un pays en voie de développement, c’est par comparaison avec les autres pays, qui ont tout ce dont ils ont besoin. Si nous pensons que nous n’avons pas assez, c’est parce que nous voyons combien les autres sont riches. Ayant établi la comparaison, nous aspirons é devenir comme eux. La recherche des moyens de réaliser ces aspirations est au centre de nos préoccupations. C’est comme deux individus qui feraient la course à partir d’un même point de départ. L’un reste immobile au moment du départ. Il est évident que c’est celui qui avait l’avantage initial qui prendra de l’avance. Celui qui est resté immobile n’arrive pas à démarrer, et n’arrivera à rattraper l’autre qu’au prix d’un effort intense. Cependant, le premier court très vite aussi, de sorte que le second n’a aucune chance de le rattraper. C’est une situation préoccupante. Nous irions au suicide si nous cherchions à le rattraper tout de suite, car il faudrait pour cela que nous renoncions à tout ce qui fait notre identité dans l’espoir d’être comme lui. Il est vrai qu’il y a eu des actions d’alphabétisation des adultes sous l’ancien régime, mais les stratégies adoptées n’étaient pas appropriées. Voici ce qu’a expliqué sur ce point le colonel Ratsimandrava, alors ministre de l’Intérieur, au Sokoty de Bekifafa, à Fianarantsoa. Les Vatoeka ont été mises à contribution, sans attendre que des personnes diplômées soient affectées à la tâche. En effet, l’objectif était de se libérer du sentiment d’impuissance , l’essentiel était d’être prêt à prendre ses responsabilités. L’alphabétisation au sein du Vatoeka se basait donc sur les difficultés vécues. Il faut que chaque fokonolona prenne conscience des problèmes auxquels il est confronté, et c’est sur cette base que sont conçues les actions éducatives. La lutte contre l’analphabétisme implique une éducation continue, sur le long terme. Pour alphabétiser les autres membres de la communauté, il faut non des gens venus d’ailleurs, mais des personnes lettrées du même fokonolona, prêtes à se dévouer pour le faire. Dès lors qu’un individu analphabète se dit : «J’ai besoin de savoir lire, écrire et compter», c’est qu’il est décidé à apprendre.
Les paysans ne sont pas ignorants
L’alphabétisation des adultes était désignée sous le nom de «lutte contre l’ignorance». Ainsi, les paysans étaient qualifiés à tort d’ignorants. Les alphabétiseurs leur ont fait croire qu’ils étaient ignorants. De ce fait, les paysans se complairaient dans leur ignorance ! Rien de plus faux : en milieu urbain comme en milieu rural, il y a des gens qui sont analphabètes, ce qui ne les empêche pas d’être très intelligents. Il faut que, au sein du fokonolona, l’entente et la confiance mutuelle s’établissent entre les membres lettrés et les membres analphabètes de la communauté. Ce n’est pas facile, car depuis toujours une frontière, un fossé a été tracé pour séparer les lettrés des analphabètes, ceux qui ont des diplômes de ceux qui n’en ont pas. Pourtant, tous les métiers sont complémentaires, et comme dit le dicton, ceux qui ne savent pas fabriquer un panier savent fabriquer un – ? Ainsi, les parents qui ont fait l’effort de nous faire faire des études ne l’auront pas fait en vain, puisque nous mettrons les connaissances que nous avons acquises au service de la nation, ou du moins du fokonolona dont nous sommes originaires, au lieu d’en faire un usage strictement personnel. Le changement ainsi réalisé permettra de donner à chacun la place qu’il mérite dans le cadre du progrès. C’est le résultat attendu de la complémentarité, de la confiance mutuelle et de l’entraide entre membre lettrés et analphabètes de la communauté.
Les relations internationales
D’après le colonel Ratsimandrava, les Malgaches sont réputés pour leur disposition à coopérer avec tous ceux qui respectent leur souveraineté nationale et se gardent de toute ingérence dans leurs affaires intérieures. Les investisseurs peuvent également travailler en toute sérénité du moment qu’ils se conforment à la loi et au plan de développement actuellement mis en œuvre.
Ratsimandrava et la défense nationale
Certains parmi nous croient que la défense nationale consiste tout simplement à parer à une éventuelle invasion de l’ennemi par la mer. Cependant, la défense nationale, en même temps que les modes de vie actuels, est devenue beaucoup plus complexe. Ce n’est plus seulement une affaire de militaires s’affrontant dans un conflit armé ; la défense nationale touche actuellement les aspects les plus divers de notre vie quotidienne, tels que l’économie, auxquels nous ne pensons même pas.
Antsirabe, Académie Militaire, 20.11.73
De nos jours, ce ne sont plus seulement ceux qui portent l’uniforme qui sont responsables de la défense nationale, c’est aussi l’ensemble du peuple. On nous a fait croire que nous n’avions pas d’ennemis, et que nous pouvions dormir tranquilles. Pourtant, il nous faut prendre conscience de ces deux faits :
les ennemis de la souveraineté nationale de Madagascar sont partout présents ;
les ennemis de la cohésion nationale aussi. Ce sont là des faits avérés.
Les comités de vigilance du fokonolona
La protection de la participation directe du peuple à la conduite des affaires représente également un élément essentiel de la mise en place des fokonolona. Il s’agit d’aider les forces de l’ordre dans leur tâche de défense nationale. Je pense que les fokonolona auront un jour leur rôle à jouer dans la défense de nos institutions. Le problème, jusqu’ici, c’est que toutes les institutions nationales étaient structurées selon des modèles étrangers, en particulier celles de la France, de sorte qu’elles fonctionnaient à sens unique, les ordres venant toujours d’en haut. De ce fait, quand les difficultés sont apparues, il ne s’est trouvé personne pour prendre la défense de ces institutions qui nous avaient été imposées de l’extérieur. Le peuple tout entier a remis ces institutions en cause, ce qui l’a entraîné dans la rue et provoqué la chute du régime en 1972. Il est essentiel que le peuple conclue dans le cadre du fokonolona un pacte exprimant sa volonté. C’est une manière de garantir la paix sociale, car sous toutes les latitudes, les gouvernements sont constamment susceptibles de changements ; les institutions de base par contre doivent être pérennes, de manière à ne pas être ébranlées chaque fois que surviennent des évènements, tels les conflits politiques. Les bases de l’Etat au niveau de toutes les structures dépendant du fokonolona ne devraient donc pas être trop sérieusement affectées. Celles-ci ont été mises en place à des fins de protection ; en effet, s’il fallait que la nation toute entière soit ébranlée chaque fois qu’il y a crise au sommet de l’Etat, celui-ci serait vite anéanti, et je crains même que cela ne nous replonge dans une forme de colonisation, qui serait encore pire que celle que nous avons connue jusqu’ici. C’est la raison pour laquelle les fokonolona ont ainsi été mises en place.
Nous ne sommes plus dépendants d’une puissance étrangère
En étudiant le meilleur moyen de protéger la nation, on s’aperçoit que la principale menace provient du fait que l’économie est entre les mains des étrangers. Notre meilleure arme, pour la libérer, consiste à inciter le peuple à diversifier la production. En outre, une certaine culture nous a été inculquée, de sorte que nous défendions les intérêts des étrangers, ce qui nous empêchait de percevoir leurs actions maléfiques. Il y a aussi les troubles fomentés délibérément. Ce sont là des menaces auxquelles il nous faut trouver des parades. Si les étrangers s’étaient chargés de pacifier le pays, nous ne connaîtrions pas encore la situation dont nous jouissons aujourd’hui, c’est encore eux qui feraient la loi chez nous. L’un de leurs principaux objectifs, en cas de troubles, est d’intervenir lorsque la gendarmerie et l’armée sont en conflit. Du moment que c’est eux qui rétablissent l’ordre, c’est eux qui font la loi. Ils nous ont fait croire que nous n’avons pas d’ennemis. Mais nous devons être conscients d’une chose : les ennemis de la souveraineté malgache sont toujours là, les ennemis de l’unité nationale sont toujours à l’affût. C’est un fait. Et certains cherchent constamment à saper notre souveraineté et notre unité. L’action de l’ennemi est multiforme : il s’agit soit d’affaiblir les responsables de la sécurité intérieure, soit d’affaiblir le peuple par d’incessantes querelles intestines. L’ennemi suscite le mécontentement du peuple, en lui rappelant sans cesse la pauvreté dans lequel il vit. Cela est inadmissible.
La coopération
Quelles sont les différentes catégories d’ennemis ? Il y a ceux qui cherchent à saper l’unité nationale, et aussi ceux qui sabotent l’économie de diverses manières. Il y a ceux qui sèment le désordre par les cambriolages, par les attaques à main armée. A cela, une seule solution : la solidarité du fokonolona, et sa prise de conscience quant à ses responsabilités dans ce domaine. En effet, une dizaine de gendarmes, au niveau d’une sous-préfecture donnée, sont totalement impuissants en cas de troubles sérieux. Par contre, si une organisation est mise en place de sorte que le peuple puisse se mettre en relation avec la dizaine de gendarmes, une grande force naît de cette synergie, grâce à la coopération entre les autorités et le peuple, à la confiance mutuelle entre le peuple et les autorités, qu’il s’agisse des techniciens ou des militaires, et ce jusqu’au niveau du gouvernement. Il est impensable que nous perpétuions la gouvernance fondée sur l’intimidation. Si ce sont des étrangers qui viennent des bords de la Seine pour nous intimider, et repartent au bout de trois ans, c’est encore tolérable. Par contre, si ce sont nos propres compatriotes qui se livrent sur nous à des actes d’intimidation, alors il n’y a aucune issue possible pour nous. Je pense que les autorités n’inspirent la peur qu’à ceux qui ne réfléchissent pas.
Les comités de vigilance des fokonolona
Je vous fais confiance, mes frères, mes sœurs, mes aînés et mes cadets, je m’en remets à votre sagesse, aux idéaux élevés qui sont les vôtres, car c’est vous, au sein du Fokonolona, qui détenez le pouvoir au niveau de vos circonscriptions respectives.

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