« Un changement en Palestine dont personne ne parle » by Natalia Simanovsky #SPCG

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* Natalia Simanovsky est une ancienne responsable de la recherche au Macro Centre for Political Economics. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 29 avril 2011, http://www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

29 avril 2011

Tel Aviv – Les yeux du monde entier sont rivés sur les Nations Unies: au mois de septembre, les 191 membres de l’Assemblée générale voteront sur la reconnaissance d’un Etat palestinien. On s’étonne que les médias soient si discrets sur l’une des évolutions les plus marquantes de la société palestinienne au cours de ces dernières années.

Au-dessous du radar, l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP) fait progresser l’idée qu’une résistance populaire s’inspirant de méthodes non-violentes servira mieux la cause palestinienne et fera triompher l’objectif final qu’est la fin de l’occupation et la naissance de l’Etat palestinien. En Cisjordanie, l’opinion publique est en train de basculer, reconnaissant que la résistance non-violente est populaire et légitime. 

On peut faire remonter la résistance palestinienne non-violente aux années 1970 et à la première intifada. Les principes de la non-violence sont désormais profondément inscrits dans la mentalité collective des Palestiniens, comme je l’ai constaté lors de mes entretiens avec des habitants de la Palestine et avec des personnages officiels comme le Premier ministre Salam Fayyad. 

Les Palestiniens commencent à comprendre que l’établissement de la sécurité interne et de la tranquillité en Palestine est indissociable de celles des Israéliens. Sur le terrain, on comprend maintenant que c’est la pause dans les attentats contre les Israéliens de ces dernières années qui a fait avancer la cause nationale. Ce basculement des mentalités constitue sans doute la plus grande réussite de l’ANP dans son projet de construction étatique, qui envisage la création d’une Palestine indépendante et souveraine à la fin 2011.

Comment ce renversement de la politique sécuritaire s’est-il produit ? C’est que, ayant déjoué les conditions perverses imposées dans la proposition de paix soutenue par les Etats-Unis dite “feuille de route pour la paix”, selon laquelle le gouvernement palestinien devait assurer à Israël – la puissance occupante – sa propre sécurité, Salam Fayyad a astucieusement su établir un lien entre sécurité et liberté. 

Le Premier ministre a su reprendre à son compte le besoin de sécurité d’Israël pour en faire un besoin palestinien. L’idée maîtresse de ce revirement repose sur la conviction que les Palestiniens sont fondamentalement responsables de leur propre destin. Alors qu’un volet du projet de construction de l’Etat palestinien mis en place par l’ANP repose sur le renforcement de l’économie, sur la réforme de la politique de sécurité et la création d’institutions publiques transparentes et responsables, un autre volet plus important encore est voué à la transformation de la mentalité des Palestiniens de Cisjordanie, leur faisant comprendre que le choix de la violence les prive absolument de leur droit à l’autodétermination.

L’institutionnalisation de la nouvelle ligne sécuritaire dans l’Etat et dans la société s’est traduite par l’application d’une série de mesures sécuritaires en Cisjordanie, comme la formation de nouvelles forces de sécurité nationale, le démantèlement des milices illégales, l’emprisonnement de membres du Hamas pour crimes d’agression et blanchiment d’argent, et par une attention constante à la sécurité générale des citoyens palestiniens.

Démontrant l’engagement du gouvernement actuel envers la construction d’un Etat démocratique viable, l’ANP a adopté deux mesures : accorder aux organisations de la société civile un rôle accru pour collaborer à l’orientation et à la mise en œuvre des mesures de sécurité, et incorporer d’anciens militants dans l’appareil de sécurité. 

Pour certains observateurs internationaux, ces mesures seraient prises en partie aux dépens de la démocratie, puisqu’elles permettent de détenir arbitrairement les sympathisants du Hamas. Pourtant, la plupart de ces mesures ont remarquablement réussi à rétablir l’état de droit en Cisjordanie et à rendre aux Palestiniens une impression de normalité relative et un réel espoir en l’avenir. 

Le besoin de sécurité et de tranquillité des Palestiniens constitue une assurance à toute épreuve pour Israël, dans la mesure où les Palestiniens auront tout à perdre à ne pas garantir la sécurité. Selon ce principe, M. Fayyad a remanié la doctrine palestinienne en matière de sécurité en reconnaissant qu’il est indispensable de maîtriser les groupuscules et réseaux pratiquant la violence, de rétablir l’autorité de l’Etat en Cisjordanie et de mettre un terme aux attentats suicide contre des Israéliens car ils desservent en fait les intérêts palestiniens.

De leur côté, les Israéliens doivent comprendre que c’est lorsque les gens ont quelque chose à perdre qu’ils se battent pour le conserver. Il est indispensable que la société israélienne prenne conscience de la nécessité de cette évolution au sein de la société palestinienne.

Selon Ghaith al-Omari, ancien conseiller de politique étrangère du président Mahmoud Abbas, le plus gros obstacle que Salam Fayyad et Mahmoud Abbas doivent surmonter, c’est que les Palestiniens considèrent volontiers la violence contre Israël comme une activité nationaliste respectable. Ce fut peut-être le cas par le passé, mais la situation actuelle est tout autre. En constatant une fois pour toutes que la force seule n’assurera pas leur sécurité, les Israéliens considéreront peut-être avec plus de bienveillance le projet de construction d’un Etat palestinien.

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